Banniere Yvan Morin
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1. De l’écart géopoliticoéconomique de puissance à la fantaisie cruelle

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Pour pouvoir mieux parler de géopolitique, il convient d’insister non plus tant sur les puissances, voire la multipolarisation s’ensuivant, que sur les écarts de puissance. S’en dégagent des lignes hiérarchisantes cherchant à s’instaurer depuis les tensions interimpérialistes en cours (ainsi dites multipolaires) jusqu’en de moindres puissances incitées à s’y aligner. Cet alignement est d’autant complexe qu’est en cause depuis la plus haute Antiquité ce lieu de passage à l’interface tricontinentale (d’Afrique en Europe et en Asie) qu’est la Palestine, nom donné par les Philistins avant que les Hébreux s’y imposent, en soient exilés et réduits en Perse aux seuls Juifs avant de pouvoir y revenir, puis en soient chassés par les Romains (d’où leur diaspora) et n’y reviennent que depuis la toute fin du XIXe siècle et surtout au XXe siècle, mais non sans que cette Palestine, entre-temps arabisée, s’en trouve prise et pourfende selon tout un entre-deux au fur et à mesure que se ré-israélisant. Sur cet arrière-fond, l’un des exemples les plus marquants de ce problématique alignement hiérarchiquement ordonné réside en les Accords d’Abraham dont le gendre de Donald Trump s’est assuré lors de son 1er mandat présidentiel en contactant maints pays arabes, surtout pas ensemble, mais l’un après l’autre pour les y faire adhérer et instaurer une vaste régulation de leurs relations d’autant avec Israël qu’avec les États-Unis s’en faisant l’instigateur, mais sans parvenir à y faire adhérer l’Arabie Saoudite, le Qatar, etc., qui ne veulent y procéder que de leur propre chef et s’il y a reconnaissance d’un État palestinien arabe (pour ne pas s’exposer à un coût politique prohibitif auprès de leur population). Trump rêve d’une fin de sa guerre en Iran avec parachèvement de tels Accords. Or, la terreur vicarialement instaurée par Israël à Gaza, en y finançant et instrumentalisant le Hamas contre le Fatah et contre toute solution à deux États, a reflué de Gaza via ce même Hamas attaquant Israël à l’automne 2023 avec pour objectif de faire dérailler ces Accords. Et rappeler le plus large « axe de la résistance » (de l’Iran à tous ses proxys, dont le Hamas) à l’existence de l’État d’Israël, lequel ne résiste plus à son tour à toute coexistence avec quelque État palestinien arabe que pris avec un Hamas par lequel il ne parvient plus à instrumentaliser la terreur qu’à l’apercevoir refluer sur lui-même à sa source. D’autant que c’est un kibboutz proconciliation avec la Palestine arabe qui a subi le massacre et la prise d’otages et dont le gouvernement Netanyahu ne se soucie pas tant de la cause promue que de la défense israélienne prise en défaut sous sa gouvernance et ne pensant qu’à faire du Hamas (qu’il a pourtant financé, ainsi que ses tunnels où les otages sont emmenés, comme le lui reproche le père de l’un d’eux) le prétexte autant d’un massacre fort étendu de la population de Gaza que d’exactions accrues en Cisjordanie. Sans parler de toutes les violations et des viols fort violents et avilissants documentés avoir été perpétrés de part et d’autre, par terrorisme mutuel inassouvissable dont la soif toujours plus inextinguible d’anéantir se complaît à s’acharner sur des prisonniers pour un tant soit peu s’étancher, faute d’y parvenir à grande échelle. Si l’attaque étatsunienne aiguillonnée par Israël (incapable de la mener à lui seul) sur l’Iran en juin 2025 n’a été qu’une ballade, cela ne vaut plus aucunement lors de la nouvelle attaque depuis février 2026. Tous les pays arabes « accordés » s’en trouvent pris entre-deux, à savoir entre leur normalisation avec l’Iran en 2023 (par-delà celle leur ayant été instillée par les États-Unis avec Israël) et ce qui vient d’en être bousillé par cette attaque israélo-étatsunienne qui les impliquent et les rend très vulnérables bien malgré eux. La ligne hiérarchisante menant des États-Unis aiguillonnés par Israël aux pays arabes bascule d’autant que l’Iran parvient à résister et que, en arrière-fond, son lien avec la Russie et la Chine, loin de se briser comme recherché, est au contraire renforcé, même si l’Iran semble seul, mais en apparence, car sans leur soutien, il ne pourrait sans doute pas parvenir à résister autant. Plus bénéfices marginaux majeurs: les États-Unis se détournent et réacheminent leur armement de la guerre russo-ukrainienne et de divers lieux d’attache dans le Pacifique vers le Moyen-Orient. Du même souffle, Donald Trump insulte l’Europe et surtout l’OTAN (dont occulter qu’il s’agit d’une entente défensive, mais véritable, nullement prétextée pour au contraire agresser, comme depuis un certain ministère de la défense converti en de la guerre aux États-Unis). Les deux ne s’impliquent pas autant qu’il le veut en sa guerre au Moyen-Orient, alors qu’il est en train d’empirer leur situation face à la guerre russo-ukrainienne, en particulier en levant les sanctions contre le pétrole russe, au moins le temps du blocus dans le détroit d’Ormuz affectant 20% du pétrole mondial, sans parler de ses visées sur le Groenland (et le Canada).

Les tensions interimpérialistes (entre États-Unis, Russie et Chine) jaillissent autant du sein que hors du CPS de l’ONU à même le monde, tant les écarts de puissances constituent autant de lignes hiérarchisantes, mais peuvent être fort pénibles pour les moindres puissances s’y inscrivant et se retrouvant dans de tels entre-deux. Le droit s’est fait accroire international, mais est pourtant d’emblée plutôt fort interétatisé, a fortiori si par des États se refusant mutuellement l’existence et y entraînant les nations en cause (souvent bien malgré elles et leurs mœurs se vivant en deçà du juridique légaliste, a fortiori théocratisé, à la source de droits pourtant censés s’y accorder et non en être laminés). Se constitue le cocktail explosif moyen-oriental, surtout que s’y révèle que l’Iran n’a de proxys que l’étant lui-même de la Russie et la Chine, comme Israël et les pays arabes « accordés » le sont des États-Unis. Ces grands impérialismes s’y font la guerre plus ou moins indirectement, mais non sans que leur entrechoc se fasse ressentir à l’échelle non seulement régionale, mais mondiale. Même Israël avait autrefois adopté cette politique de la périphérie, à l’époque de Ben Gourion, alors que l’Iran était son allié face à tous les pays arabes plus immédiatement environnants lui ayant alors été hostiles, avant que tout s’inverse, surtout depuis lesdits Accords d’Abraham qui, faut-il le rappeler, ont coïncidé avec le saccage par Trump de l’entente qu’Obama avait réussi à conclure avec l’Iran. Cesdits Accords sont indissociables de cette fort conjointe discorde, comme le fruit attendu l’est du ver qui a été implanté et y serpente et qui tant le contre que ne l’en fait plus paraître que défendu, dès leur conjointe et même origine, en étant d’autant frustrée. D’accord/discord au fruit attendu/défendu, le divin se fond en l’humain et éclaire jusqu’au si biblique Paradis terrestre cru être détenu, mais perdu. Autant l’Israël de Sharon et Netanyahu que les États-Unis trumpiens, surtout si occultant le fait d’avoir supplanté l’essor démocratique de Mossadegh au profit de la dictature du Shah qui a virée en celle des mollahs et dont resurgit leur refoulé venant les hanter, ont semé le germe de leur guerre avec l’Iran et tous ses proxys, plus Russie et Chine en arrière-fond. Quand dire est du même coup faire le contraire de ce qui est dit au point de s’en contredire, à savoir de n’accorder (de façon si tronquée que partielle et partiale) que discorder (par le conjoint refoulé susceptible de faire retour)! Or, toute pensée ne s’instaure qu’avec quelque mouvement fait ontohénologie, donc selon quelque tension de l’étant unant s’exhaussant en l’être un d’où se forge tout sens de soi par lequel se mesurer, lors de toute mesure, à ce qu’elle compare par le même et l’autre, tels que transparaissant en l’occurrence comme accorder et discorder1. Elle ne peut les dichotomiser et parvenir à les trancher au point de les présumer comme des termes mutuellement exclusifs qu’en s’y trouvant au contraire toujours plus nouée bien malgré elle au gré du refoulé qu’elle instaure entre eux et dont le retour vient l’en hanter. Surtout, est-ce que parler et a fortiori s’adonner aux joutes verbales inhérentes à la géopolitique sont valides, au sens littéral d’interlocuteurs s’assurant de parler de ce dont il est censé être question et a fortiori de s’apercevoir ne pouvoir rien en mesurer que pour autant que s’y mesurant vraiment, et fidèles, en s’assurant que tout un chacun mesure avec la même approche la même chose ainsi validée pour vérifier si parvenir au même résultat ? L’exigence de validité et seulement de là, de fidélité est la même qu’en science, mais elle se révèle si humaine (jamais individuelle que d’emblée sociale, voire sociopolitique, et ce, de locutrice en interlocutrice) qu’affecter toute pensée, jusqu’à la plus scientifique. Dont comparer l’accord se concevant inclure autant l’accord que le désaccord, selon une compréhensive vue d’ensemble un tant soit peu apte à faire la part des choses et instaurer une juste force du droit, et l’accord ne se concevant qu’en excluant le désaccord et a fortiori si étant mais s’occultant soi-même à la source des deux et forçant et exacerbant cette dichotomie de termes mutuellement exclusifs faite celle de tout locuteur plus isolément considéré et présumé s’imposer en la faisant s’imposer les uns aux autres, tant toute compréhension s’annihile, sinon se présume ne plus valoir qu’à rebours et toujours déjà infléchie depuis son expansive extension2. Urgence mondiale face à la liberté d’expression qui, dans le cas de la presse, ne serait bonne que pour 1% de la population mondiale, selon Reporters sans frontières en 2026, ce qui se conjugue et advient avec l’érosion du droit dit international et plutôt de fait interétatique, donc de la force du droit, au profit du droit de la seule force. Autrement dit, il n’y a aucunement seulement opposition entre force et droit, mais tension de leur articulation en deux sens inverses, soit par droit de la force se portant au sublime en force du droit (ne perdurant que selon ce qui perdure de ce sublime), soit présomptive sublimation idéaliste totale peinant autant à dénouer son propre processus pensant qu’à recouvrir et a fortiori au contraire découvrir et en recouvrer ce qui s’en érode en sous-main en régressant et s’en laminant en sens inverse. Qui s’aperçoit de la liberté de communiquer, à savoir d’instaurer l’interlocutoire se mettant concrètement et compréhensivement en forme entre et jusqu’en tout un chacun, plus que seulement d’informer, s’en abstrayant et se diffusant par puissance d’émettre, surtout si non plus tant pour s’ajuster (et faire cheminer la compréhension des enjeux, donc le sens) que pour faire s’y brancher tout récepteur3, selon la seule mise en scène de l’actualité (et de la seule actualité incessamment changeante, ponctuelle et circonstancielle) s’en faisant haut-parleur des messages officiels à retransmettre tels quels pour conforter leur realpolitik d’autant plus dichotomiquement schizophrène que paranoïant quelque retour de leur refoulé venant hanter ?

Se révèle en quoi la civilisation des mœurs n’est souvent qu’un vernis de surface sur un tout autre tréfonds qui est si perdurant qu’éventuellement résurgent: plus ladite force du droit reflue en et au profit du seul sous-jacent droit des (plus ou moins) forts se confrontant et s’imposant ainsi de force (selon des écarts plus ou moins asymétriques de puissance) entre eux, plus ce processus s’accentue et risque tant de se nouer en leur propre pensée que de ne plus que s’enliser et varier à leur fantaisie. Du moins dans le cas de Donald Trump, à la tête des États-Unis s’en dénommant Fantasyland, selon Andersen. S’y aperçoit cette distinction cruciale: si la fantaisie est une imagination productrice individuelle, une société entière, les États-Unis comme Fantasyland, n’est hyperindividualiste qu’en s’y donnant une telle image d’elle-même, de fait une telle capacité représentationnelle de mise en scène d’elle-même où l’image donnée du réel, comme en l’inconscient fantasme freudien du réel se donnant pour le réel, est censée réifier jusqu’au réel à faire s’y conformer et s’y plier. Rien ne serait plus magnifique que le désir (généré par le sensible, entre et de l’affectif à l’empirique, dès qu’investissant l’imaginaire) qui, s’il ne se fait aussitôt réel, du moins est pris pour le réel, tout le temps qu’il faut pour l’énoncer et l’y faire tel. Si le rêve ne se fait cauchemar en se réalisant, car il n’y a de fantaisie que comportant ses affections, à savoir désirer ce dont jouir et craindre ce dont être affligé et endolori. Leur tension devient d’autant paradoxale que le désir (de ce dont jouir) peut s’entraver de lui-même et s’en nouer paradoxalement au gré de ce qui se fait par ailleurs crainte (de ce qui afflige) qui ne l’en fait douter qu’en étant, du fait même d’« être ce qu’elle est », redoutée, ce qui, tout en étant fort singulier, impulse et conditionne jusqu’à toute émergence de tout ego pensant cartésien qui, une fois émergé et si inconscient soit-il d’en être alimenté incessamment, se présume d’emblée « être ce qu’il est » et instaurer la Modernité. Ces ficiniennes affections de la fantaisie sont cernées en leur tension paradoxale dans Du débat entre Ficin et Pic à Rabelais et permettent d’interroger ladite raison moderne selon que sa pensée soit s’en éveille et s’aperçoit émerger à elle-même, soit tant y sombre que ne s’y aperçoit guère en être si peu inconsciemment opérante que s’en présume, noue et contredit, dont l’accord désiré n’étant que, si refoulée soit-elle, résurgente discorde, d’autant crainte que n’en faisant douter qu’en étant elle-même redoutée. Paradoxal et ambigu « désir craintif » constitutif de la fantaisie. Peut en surgir le mécanisme victimaire mis au jour par René Girard, car son paradoxe tend à se projeter et se vicarialiser en tiers à bouc-émissariser. Le défaut de l’approche girardienne est de ne pas s’apercevoir de son sous-jacent substrat imaginaire affectivement chargé et de n’en retenir que le seul déploiement cognitif en surnageant et ne pouvant donc plus en être qu’inconsciemment pulsé (sans davantage s’apercevoir d’impulsions s’en convertir en pulsions s’en rassemblant et se mettant à constituer Ça perdurant au fond de soi, au sens nietzschéo-freudien), comme déjà chez Descartes au ressort d’une Modernité ignare de tout son sous-jacent apport renaissant et humaniste de Ficin à Rabelais. Or, Girard inspire Thiel et par là, Vance, à la vice-présidence adjointe à la présidence de Donald Trump en qui s’exacerbent pourtant les États-Unis faits Fantasyland.

Ces ficiniennes affections de la fantaisie, avant d’être révélées ainsi paradoxalement tendues entre elles, voire s’en externaliser, ont été mises au jour dans De l’humain à l’humaniste dans le monde, en signalant ce que Dôle a déjà entrevu dès 1996: ledit « rêve américain » peut d’autant se faire Le cauchemar américain que la cruauté, issue de l’écart de puissance, et en quête de se gérer par bouc émissaire à bombarder impunément, peut éventuellement se retourner et leur en donner l’expérience4, mais non sans l’en faire s’exacerber, se ressaisir et s’imposer encore plus unilatéralement, au point de réélire Donald Trump, intimidateur notoire qui privilégie la terreur comme mode de gouvernance tyrannique éhontée et pour qui tout est fantaisiste affaire personnelle s’imposant jusqu’aux affaires publiques.

– Problématique genèse structurale inhérente à une géopolitique métamorphique sise sur une telle fantaisie protéiforme

Machiavel a déjà établi que contrôler la peur des gens était maîtriser leur âme, mais il fallait préciser que ce l’était, en leur âme, de leur fantaisie (par laquelle susciter et littéralement leur faire imaginer cette crainte de ce qui peut affliger) depuis la seule sienne propre d’où l’en désirer comme ce dont jouir et s’en repaître au point d’infléchir jusqu’à toute capacité de pensée, d’abord de libre pensée et de sa libre expression, dès quelque joute verbale politique (d’exécutive à législative et enfin, juridique), a fortiori médiatique ou tout simplement civile, dont charcuter les circonscriptions pour en prédéterminer tout vote électoral à sa seule propre faveur et faire accroire que subsiste, même si uniquement de façade, quelque démocratie, alors que virant pourtant toujours plus en autocratie. On y aperçoit la façon dont un régime politique ne change qu’en s’intériorisant tel (fût-ce de force) en tout un chacun à même la réalité la plus géophysique (territorialement taillée sur mesure et à sa fantaisie en les circonscriptions électorales pour les faire s’y conformer).

Il faut se rappeler les divers régimes politiques et leur transformation structurale l’un en l’autre. Platon en a déjà établi une diversité logique (aristocratie, timocratie, oligarchie, démocratie, tyrannie) dans sa République (Livres VII-VIII). Aristote a magnifié leur dichotomisante distinction selon celle entre arts libéraux (nobles) et arts serviles (Politique VIII, 2). Et Polybe a tenté d’établir leur anacyclose qu’est leur éventuel devenir sociohistorique faisant jouer et varier en tous cette dichotomie, si logiquement diverse soit-elle: monarchie (pouvoir d’un seul sur tous), tyrannie (pouvoir d’un seul, mais si absolu que sans respect des lois), aristocratie (pouvoir d’un petit nombre de chefs), ploutocratie (pouvoir oligarchique de la richesse), démocratie (pouvoir du peuple mais à l’époque, des seuls si nobles citoyens par distinction des esclaves), ochlocratie (pouvoir de la foule)… revenant à la monarchie, voire à la tyrannie, fût-ce via une aristocratie électoraliste à implanter pour d’autant s’en trouver soutenue que la doubler d’une ploutocratie l’étayant à son tour,


1 Certains se sont sans doute déjà aperçus qu’il s’agit des cinq genres de Platon. Cependant, ils sont d’emblée ficinisés, à travers mes publications de 2022-2026, pour être enfin ici géopolitisés, certes, mais d’emblée aptes à être repérés et ajustés à la géophysique, surtout quant à la réforme de l’ONU s’en trouvant ici questionnée.

2 Rappelons que l’humain se conçoit comprendre la vie comprenant la physique, même si son extension se déploie en sens inverse, du plus au moins extensif, de la physique à la vie, dont l’humaine. Les deux conceptions tout aussi inverses entre accord/désaccord s’y inscrivent et font ressortir d’emblée en quoi l’humain n’en est jamais individuel (et locuteur) que d’emblée social (et interlocuteur). Du cœur jaillissent accord/désaccord et ce, jusqu’au ressort de se fier/défier au ressort de la trame sociale s’en tissant ou non selon qu’il y a confiance ou non. Le cœur n’est pompe sanguine qu’avec autorégulation nerveuse autonome depuis le système limbique dit émotif et sous-jacent au néocortex seul d’emblée plus cognitif, y compris et dès la conversion de quelque foi en quelque croyance et a fortiori religion, elle-même d’attention scrupuleuse à rassemblement. A fortiori politique.
Un syntagme paradigmatique est celui de l’Iran, dont, en son cœur, la population est prise dans l’entre-deux faisant tenir ensemble ce que les deux termes en cause tendent à faire se dichotomiser et s’imposer unilatéralement l’un à l’autre de façon si totalement polarisée que schizophrène, à savoir entre l’opposition à un régime (des mollahs aux Gardiens de la Révolution) censée être un soutien à une agression impérialiste (israélo-étatsunienne) et l’opposition à une telle agression tout aussi présumée en sens inverse être un soutien à un tel régime. Bref, la quête de souveraineté dans l’entre-deux ne tend à s’estomper que si les deux tyrannies inverses se l’entre-déchirent pour s’y imposer l’une plutôt que l’autre.
Surtout, il s’agit d’un cumul superposant ces deux mêmes tyrannies s’étant déjà imposées l’une à la suite de l’autre, de l’entrave à la démocratie de Mossadegh en 1953, au profit de la tyrannie du Shah alors imposée par les États-Unis avec appui d’Israël, à l’avènement de la théocratie islamique qui s’y est substituée avant de s’y révéler tout aussi tyrannique.
Bien noter le fait de la séquence faisant tant se superposer que s’intriquer au point de s’en générer ce qui émerge et résulte en la géopolitique structure actuelle et n’est aucunement seulement un rapport de force doublement tyrannique, mais se cultive et s’intériorise tel.

3 Cette inversion du rapport entre émetteur et réception est cruciale. Couffignal, dans La cybernétique, précise que l’émetteur s’ajuste au récepteur lors de la transmission de sémantique (comme en la relation pédagogique, par exemple) et exige tout au contraire du récepteur de s’y brancher lors de la transmission énergétique (à la façon du grille-pain à la prise de courant), ce qui devient très problématique lorsque celle-ci se fait accroire transmission d’information, et ne l’est pourtant que de façade et n’est tout au contraire qu’appel à la résonnance affective d’autant imaginairement investie que fort énergétiquement chargée au ressort d’un recrutement idéologique, ce qu’accélère les plateformes numériques par tout propos y devenant viral, donc créant et massifiant des individus pourtant tous isolés et au mieux juxtaposés plus ou moins à distance les uns aux autres et ne s’en collectivisant jamais que tels, comme en une sorte d’onde les agrégeant au fur et à mesure que se propageant. Surtout si l’on sait que les propos les plus problématiques, voire carrément faux, s’y propagent six fois plus vite que les véridiques.

4 « L’une des raisons ayant motivé ma fuite des États-Unis était mon refus de payer des impôts au gouvernement américain. La moitié du budget du gouvernement fédéral est destinée au ministère de la Défense (de la prétendue défense; défense contre qui, me suis-je toujours demandé, les paysans vietnamiens? les Somaliens?). Chaque habitant des États-Unis paie en moyenne 1150$ par année pour le budget du Pentagone, qui était de 286,6 milliards en 1992. Un pacifiste ne doit pas donner un sou aux manœuvres belliqueuses de la nation la plus impérialiste de l’histoire. Cette attitude que j’ai adoptée est conséquente à ma lecture de Thoreau et à la tradition de désobéissance civile dont il est le fondateur » (1996, 36). Ce livre de 1996 privilégiait la seconde hypothèse suivante, surtout que sa première hypothèse ne vaut plus depuis les attentats terroristes du World Trade Centre le 11 septembre 2001: « Le massacre anonyme de civils est devenu une spécialité des États-Unis. À ma connaissance, c’est le seul pays qui s’y livre d’une manière assez régulière depuis cinquante ans. Deux hypothèses pourraient expliquer l’insensibilité des Américains à l’égard de leurs victimes à l’étranger. Selon la première, les Américains sont incapables d’imaginer l’horreur de mourir sous un bombardement aérien pour la simple raison qu’ils n’ont jamais vécu une expérience pareille chez eux. La deuxième hypothèse renvoie au thème principal du présent livre: la destruction garantie des peuples non élus est une manière sinistre de confirmer sa propre appartenance au peuple élu » (1996, 67). Dans cette filière vient s’inscrire le sionisme chrétien étatsunien d’autant assoiffé d’une Grande Amérique du Nord centrée sur les États-Unis au point de chercher à s’avaler tout l’hémisphère occidental et d’en départager ainsi le monde que d’un Jésus d’abord juif et à étendre à l’État du Grand Israël via lequel les Juifs se feraient chrétiens.


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