Le constitutionnaliste André Binette a publié La Constitution, Critique du projet caquiste, Ce que serait une bonne constitution autonomiste, dans L’Autr’journal, n° 441, novembre 2025, p. 10. Sa critique soulève trois problèmes à en rectifier afin 1) d’affirmer clairement la souveraineté du peuple québécois dans son État au point d’en faire émaner les pouvoirs publics (comme ce l’est depuis 1974 en Suède, qui est aussi une monarchie constitutionnelle comme le Canada), 2) de renforcer l’autonomie du Québec dans le cadre du Canada en remettant en question les aspects les plus inacceptables du statu quo constitutionnel canadien en vue d’y favoriser la survie et l’épanouissement du peuple québécois en réclamant une compétence exclusive sur l’immigration, la langue, la culture et les moyens de télédiffusion et de communication publics, avec des points d’impôts correspondant et enfin, 3) de devenir digne d’être considérée en reprenant la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones (DNUDPA) de 2007, surtout qu’elle est déjà reprise par le parlement d’Ottawa et l’Assemblée législative de la Colombie-Britannique et que le droit international y étant énoncé en est un à l’autodétermination interne, mais en exclut toute remise en question de l’intégrité territoriale, en l’occurrence du Québec. André Binette annonce aussi qu’il va soumettre des commentaires plus élaborés à l’Assemblée nationale dans les prochaines semaines. Depuis lors, il a écrit qu’il vaut mieux l’abandonner, car une absence de Constitution québécoise vaudrait mieux qu’une mauvaise, puis il a repris en d’autres termes la question autonomiste. Il rappelle l’élection fédérale référendaire de 1927 qui a permis de refuser l’intrusion britannique dans la démocratie canadienne et qui l’a incitée à considérer le Canada et d’autres de ses colonies comme des égaux, d’où le Statut de Westminster de 1931 lui octroyant son autonomie. Restait à rapatrier ladite Constitution, ce que Trudeau père a fait en 1982, sans et contre le Québec. Surtout si un parti souverainiste est porté au pouvoir lors de la prochaine élection à l’automne 2026, André Binette propose de se défaire d’abord pleinement des derniers relents monarchiques avant tout référendum menant le Québec à faire (comme Trudeau) son propre rapatriement unilatéral de la Constitution et de faire ainsi en sorte que ce soit le problème non plus du Québec, mais du Canada éliminer les1 pouvoirs du lieutenant-gouverneur (dont sa signature sur les projets de loi et les décrets) et empêcher toute réactivation fédérale des pouvoirs royaux visant à contrer en particulier l’Alberta et le Québec, refuser de reconnaître la validité de jugements défavorables des tribunaux sur cette question et enfin, retirer la masse royale de l’Assemblée nationale (exprimant aussi un pouvoir royal). Bref, il faut « être désormais plus proactifs et contester les bases illégitimes du système constitutionnel canadien dès le lendemain des élections. »2 Si le Québec cherche à se défaire autant de la royauté que de la religion et à relancer à sa façon la laïcité instaurée en France, ce serait donc par une révolution tranquille 2.0 effectuant avec plus de douceur ce que la Révolution française n’a fait en décapitant son roi en 1789 qu’au prix de sombrer par la suite dans la terreur, avant Napoléon, puis sa République se refondant incessamment par maintes versions successives. Rappelons la fantaisie panurgienne rafistolant la tête d’Épistémon revenant d’un autre monde d’où rappeler avec son savoir, ses racines ancestrales. C’est autre chose que la fantaisie subreptice trudeauiste (en voie d’être carneyiste) et ça adonne bien, car la devise du Québec est « je me souviens ». Y insiste la conclusion du livre Du débat entre Ficin et Pic à Rabelais. La Renaissance philosophique, d’italienne à française.
Toutefois, en la proposition initiale de Binette, manque la sociohistoricisante articulation entre ses deux premiers points par le contexte qui en révèle le sens et d’où pouvoir mieux envisager le troisième. Le problème de fond est la nouvelle forme colonialiste qui s’inscrit en l’histoire issue de la Conquête du Canada laurentien (cœur de la Nouvelle-France), de la révolte des Patriotes et du fait que l’émergence du Canada de l’AANB sous Macdonald (conservateur) ait viré en Rapatriement unilatéral de la Constitution avec clause annexe (annexant le social à l’individuel rendu purement individualiste en tout humain) et dérogatoire au ressort de l’appui conditionnel du ROC (Rest Of Canada) fort anglais sans et contre le Québec fort français, en un Canada trudeauiste (libéral), voire carneyiste (se réintégrant en le libéral jusqu’au conservateur).
Cette contextualisation éclaire la définition du Canada trudeauiste:
« Guillaume Rousseau le définit « favorable au bilinguisme symétrique, au multiculturalisme, aux droits individuels, à un État central et un pouvoir judiciaire forts, mais défavorables à un droit de veto constitutionnel pour le Québec et à une réforme constitutionnelle qui lui donnerait plus d’autonomie ». Reste à le contextualiser pour en cerner le sens: massacre du rapport Laurendeau-Dunton déniant tout biculturalisme au bilinguisme et donc toute sociogenèse culturelle aux langues officielles, en français, au profit d’ »official languages » anglicisants dont les faire de symétriques décalques, rapatriement unilatéral de la Constitution sans et contre le Québec et selon des droits humains si individuels qu’individualistes et jamais sociaux qu’en clause annexe et dérogatoire, biais de l’équilibre des pouvoirs (exécutif-législatif-judiciaire) fait ingénierie sociale, dès lors sociétale au gré de sa gestion la surdéterminant, culture si asociale et anhistorique qu’inapte à s’intégrer l’ethnoracial. D’où multiculturalisme multiethnoracialisant et droit hyperpolitisé se déniant être tel. Et butant sur la « folie de politiser la politique monétaire », dit Carney face à Trump qui, lui aussi, exige un alignement sans condition (dépendance accrue) ou sanctionne. »3
Bref, la sociohistoricisante contextualisation révélant le sens du Canada trudeauiste, en voie d’être carneyiste, en sa teneur colonisatrice, correspond aussi étonnamment aux articulations à intégrer entre les trois points par lesquels André Binette propose de rectifier le projet caquiste de Constitution du Québec, tout en révélant surtout l’exigence d’un dialogue à établir et éclairer en vue d’un plus large consensus l’en rendant viable. Elle exige de s’interroger sur ce qu’est le peuple, en l’occurrence québécois, si tout un chacun y est reconnu humain, à savoir jamais individuel que d’emblée social, là où il est autrement d’autant tronqué de sa teneur sociale pour ne plus la faire figurer qu’en clause annexe et dérogatoire en la Constitution canadienne trudeauiste où la confiner et d’où elle tend à se faire manipuler, par ingénierie sociopolitique colonisatrice s’opérant depuis des droits et libertés si individuels qu’individualistes. Sans parler de la forte propension fédérale de chercher à faire tronquer, non plus seulement l’humain à même le peuple en cause, mais jusqu’à cette clause dérogatoire auprès de la Cour suprême à risque d’en être connivente, comme elle l’a été autrefois, par son juge en chef Bora Laskin 4, à l’époque du rapatriement unilatéral de cette Constitution sans et contre le Québec. Tronquer deux fois plutôt qu’une rend abyssal l’anéantissement visé : faire disparaître, si ce n’est la clause dérogatoire, du moins y occulter ce qui y fait disparaître le social déconnecté de l’individu chez tout humain du peuple en cause et donc, de son identité nationale. Une sociohistoricisante contextualisation de la démarche mise en œuvre par un projet de Constitution québécoise autonomiste permet de cerner la problématique en cause: comment une Constitution québécoise autonomiste peut-elle s’inscrire en une telle Constitution canadienne, sans s’interroger sur un tel cercle doublement tronquant tendant à tout en vicier en son principe et à la plier à son colonialisme assimilateur ? Le tout s’inscrit en une plus large « Forge du sens de soi en contraste de son dépérissement »5 qui s’est instaurée depuis la Renaissance et qui fait ressortir le processus évolutif dont émerge depuis lors incessamment, jusqu’à pouvoir en être éventuellement non plus tant présomptive qu’aperceptive, l’identité, en l’occurrence nationale. Les devenirs constitutionnels plus spécifiques, à l’interface du Canada et du Québec, s’y inscrivent, s’en éclairent encore davantage et semblent révéler que tout son enjeu juridique spécifique covarie avec et au gré de son propre devenir sociopolitique sous-jacent.
De ce point de vue plus spécifique, divers points sont à considérer. Par exemple, la révolte des Patriotes (1837-1838) ne s’est butée sur le Canada-Uni durhamien, visant à parachever la Conquête par l’éradication du français en 1840, qu’en menant au contraire à son rétablissement en 1842 sous Lafontaine avec Baldwin par une gouvernance binationale responsable enfin reconnue (1848), ce qui mène à Cartier et Macdonald au ressort de la forge du Canada de l’AANB en 1867, avant de se trudeauiser une centaine d’années plus tard et depuis lors jusqu’en le XXIe siècle :
« Plus subtil que Durham, Sydenham et Metcalfe, Elgin, gouverneur général du Canada-Uni (1847-1854), a compris que les gauche/droite, Partis libéral/conservateur, se forgeraient et diviseraient, non seulement au Haut-Canada, mais au Bas-Canada, en renonçant à forcer la dénationalisation des Canadiens, alors identiquement Français, et en fusionnant la question nationale (binationale, de LaFontaine et Baldwin en le gouvernement responsable établi jusque sous Macdonald en l’AANB) à la question politico-juridique. De Macdonald (conservateur) aux Trudeau (libéraux), tout s’inverse, de la politique (bi)nationale centralisée au politico-juridique étatiquement centralisateur et antinationaliste (pour autrui, à savoir pour le Québec, et ce, depuis le ROC PWASP), en cachant son propre nationalisme impérialiste cherchant à faire équivaloir le seul capitalisme avec la démocratie dite libérale qui l’exacerbe, en noyautant et abâtardissant le social en tout humain au profit du seul individuel s’agglutinant tel. »6
De fait, l’arrière-fond durhamien ne cesse de courir sous la façade elginienne démocratique et parlementaire et de mener au double refoulement généralisé du fait français dans le seul Québec (et par les enclosures, dites cantons, au sein même du Québec) et des « Indiens » dans les Réserves, surtout depuis, sous Macdonald, l’affaire Louis Riel. Sous Laurier, libéral et pourtant issu du Québec, via son ministre de l’immigration, Clifton, directement issu du gouvernement Greenway du Manitoba, radicalise le schisme canadien entre anglais hors Québec et français au seul Québec, par l’essor de l’éradication du français dans l’éducation scolaire (du Manitoba à l’Alberta et Saskatchewan jusqu’au fameux Règlement XVII faisant se constituer un explicite Ontario français pour y résister) et surtout, par la persistance de l’entrave au peuplement au sein du Québec par les enclosures (dit système des cantons) permettant de subordonner toute la colonisation de nouvelles terres agricoles aux compagnies forestières monopolisant le droit de coupe du bois au détriment des colons sur leurs propres terres et en faisant une main-d’œuvre bon marché en même temps que constituant l’interface avec les grands marchés urbains. Enfin, la tendance fédérale à la centralisation autant politique (Commission Rowell-Sirois) que culturelle (Commission Massey) culmine en le massacre trudeauiste du Rapport Laurendeau-Dunton pour le tronquer de son biculturalisme au profit du seul bilinguisme officiel par lequel s’impose les « official languages », en anglais, et dont les « langues officielles », en français véhiculant une dimension sociale par la notion de langue, ne sont qu’un décalque, ce qui se poursuit et radicalise par le Rapatriement unilatéral de la Constitution sans et contre le Québec par des droits et libertés si individuels qu’individualistes avec droits sociaux (ou même seulement collectifs) en clause annexe et dérogatoire, au gré d’un multiculturalisme dont la culture n’est plus sociale et apte à s’intégrer l’ethnoraciale, mais s’y réduit et s’en fait manipuler. Par exemple, lors de l’accélération d’une immigration ainsi multiethnoraciale au moment du Référendum de 1995 (puis en faisant accroire par la suite, surtout via les malencontreuses paroles de Jacques Parizeau, que le Québec s’en prendrait au contraire aux ethnies déjà sur place, alors qu’il s’agit plutôt de l’incapacité en laquelle il est mis par le fédéral de pouvoir se les intégrer socialement) ou encore l’accusation par l’animatrice anglophone à travers le chef du Bloc québécois, lors du dernier débat des chefs incluant Justin Trudeau, en projetant sur tout le Québec d’en être raciste. Le Canada trudeauiste, par la culture constamment tronquée du social pour l’empêcher de s’intégrer et pour tout au contraire le faire se réduire à l’ethnoracial, bascule incessamment d’ethnoracisme en ethnoracialisme, à savoir en qui monopolise avec l’ethnoracisation la capacité de pouvoir attribuer et accuser d’ethnoracisme, le tout s’enreligiosant à l’encontre de toute laïcité, par liberté de religion censée supplanter toute liberté de conscience, à savoir de conscience immédiate en situation en conscience de soi, seule pensante, d’où monopoliser aussi la liberté (ainsi rendue de part en part ethnoracialiste et enreligiosée telle) d’expression. Le déséquilibre trudeauiste des pouvoirs noyautant depuis l’exécutif le législatif et jusqu’au juridique, dès la Constitution, ne se parachève qu’en parvenant à peser tel jusqu’en la société civile pour se la dé-/re-recomposer telle, à savoir réduite et assimilée à l’ethnoracial enreligiosé. S’y aperçoit tout l’enjeu de la laïcité québécoise en regard du Canada ainsi trudeauiste: aucunement d’abord la relation entre laïcité et religion, mais tout le déséquilibre des pouvoirs y culminant. Bref, le Canada trudeauiste, pour exister, se doit d’attaquer et parasiter constamment le Québec. S’arroger ce qui subsiste du pouvoir royal et s’étayer de la « supremacy of God », introduisant la Constitution canadienne et conservée telle lors du Rapatriement unilatéral, le justifierait.
D’où le Canada trudeauiste précédemment décrit et sa problématisation par son contexte sociohistorique en révélant le sens en même temps que d’où pouvoir articuler les divers points de la critique issue d’André Binette, si pour les y arrimer et pour pouvoir perfectionner le projet de Constitution du Québec en tenant mieux compte des obstacles réels auxquels se mesurer. Et ce, en y incluant jusqu’à la démarche effectuée depuis avril 2025 pour faire entendre à l’ONU ce que la Cour suprême du Canada refuse d’entendre face au Rapatriement unilatéral de la Constitution ayant scellé la nouvelle teneur colonialiste inhérente au Canada trudeauiste, en voie d’être carneyiste7. Plus divers éléments fort culturels issus du terroir québécois (chasse-galerie de Beaugrand, sacres d’orientations liturgiques, etc.), sans parler de l’exigence de tant s’interroger sur l’originale laïcité québécoise que lui intégrer une capacité de prendre en compte que pour une société, rien ne lui est plus sacré que le lien social (irréductible et au contraire intégrateur de l’ethnoracial malgré le multiculturalisme canadien trudeauiste y procédant en sens inverse) et de pouvoir se mesurer à tout fait religieux cherchant à s’approprier ce sacré à son seul propre profit et à l’en spolier. Le sacré est d’abord hiérophanique8 (manifestation sacrée) bien avant d’être hiérarchique (commandement sacré). La religion est souvent métonymiquement confondue avec le monothéisme fort hiérarchique d’où s’infléchir et occulter tout ce qui peut lui échapper, qui est autrement hiérophanique et qui peut très bien n’être que laïque et même païen. Tout État s’affichant et se faisant accroire s’être détaché de l’Église peut rester assoiffé du hiérarchique à se réintégrer par quelque déséquilibre des pouvoirs pour en refouler tout autre sacré, jusqu’au plus hiérophanique, si seulement laïc, voire païen. Même les Christian Wars, visant à déchristianiser Noël, relèvent plus de cette soif hiérarchisante se diffusant que du laïc.
Il est aussi crucial de prendre conscience que le Canada instaure un fédéralisme bancal, ce que Mark Carney pourrait empirer, comme l’a souligné Robitaille, car cela l’affecte d’emblée en sa propre Constitution et de là, son rapport avec tout projet de Constitution québécoise, si autonomiste soit-elle. Le Canada se ment à lui-même depuis longtemps. Faute d’en tenir compte et hormis l’aparté sous Brian Mulroney, il a été, est et sera d’autant difficile de dialoguer avec lui, surtout si trudeauiste, en matière de Constitution:
« Il s’est dit une Confédération lors de l’AANB de 1867, mais il était un Dominion qui n’est pas tout à fait devenu une Fédération. Ce pays unitaire impérialiste fait des Provinces des entités administratives, tant le déficit fédéral est prononcé le gouvernement central peut supplanter les compétences des Provinces, hypercentraliser par le pouvoir de dépenser et se faire créer des brèches légales par une connivente Cour Suprême. »9
Que peut donc être et comment pouvoir faire cheminer un projet de Constitution québécoise autonomiste dans le cadre d’un tel fédéralisme, si bancal? Question cruciale s’il en est une. Le problème est le même qu’aux États-Unis trumpiens, mais prend des allures plus subreptices, en tant que le Canada, depuis que trudeauiste, au lieu de s’afficher tel, comme au sud de sa frontière, tend à être hypocrite: le déséquilibre des pouvoirs (dont la séparation est pourtant cruciale pour toute démocratie) fait en sorte que l’exécutif se met à noyauter le législatif et de là, le juridique lui en devenant connivent. Le tout pèse sur toute société civile, dont celle du peuple québécois (et a fortiori de tout sens national susceptible de s’en forger) dont dit partir André Binette à la base de sa proposition de rectifier l’approche du projet de Constitution québécoise. Tenir compte du contexte nord-américain commun permet d’éclairer la différence des nationalismes, d’étatsunien à canadien et d’y situer et comprendre le québécois :
« Sa nostalgie nationaliste instrumentalise l’immigration par purge plutôt que, en miroir, par multiculturalisme si multiethnoracial que s’en déniant tout autant social »
« Sur le même modèle, le multiculturalisme trudeauiste sème aveuglément le mal qu’il prétend combattre. Il instaure un orwellien antiracisme raciste, à savoir se prenant pour antiracisme, mais racisant tout jusqu’au racisme pour y parvenir. Il fige et confond la culture dite ancestrale, d’origine, héritage, avec la race liant par le sang et de là, avec l’ethnie, censée en appréhender les différences d’ordre linguistique. Il y occulte la diversité culturelle, comme fait sociohistorique acquis et en devenir, pour tant la faire accroire innée et présomptive que la résorber en doctrine identitaire d’État s’en prétendant d’autant antiraciste face à ses propres adversaires à faire passer pour racistes que leur refusant de refuser cette orwellienne transposition en langage, d’où ne plus pouvoir en parler qu’en ces termes (déniant la culture sous son apparente affirmation en la naturalisant par l’ethnoracial) et d’où noyauter tous les pouvoirs, de la Constitution (unilatéralement rapatriée sans et contre le Québec) via l’exécutif et le législatif au droit, et s’imposer à la société civile. M. Provencher, Le multiculturalisme est un racisme qui se prend pour un antiracisme, Montréal, Léméac, 2012. De Trudeau père à Carney, le ministère de la culture passe d’Heritage Canada (sous Sheila Copps) à Culture (de dé à re-niée sociale) et identité (doctrine identitaire d’État) canadiennes, si par la même bascule du racisme en racialisme instrumentalisant tout autant la race, mais en monopolisant la racisation et a fortiori l’attribution de racisme au nom de l’antiracisme le plus sectaire émergeant de la légitimation par de tels pouvoirs publics, non seulement d’institutions manipulées en ce sens, mais aussi d’entreprises privées ayant flairé la bonne affaire de pouvoir y être invitées à en faire une telle arme d’attaque bouc-émissarisante sans vergogne et en broyer toute tentative de nuance jusque parmi ses propres partisans. Voir J. Facal, « Comment un honnête homme fut broyé par l’antiracisme délirant », Journal de Montréal, 2023-08-04. La notion même de race est fallacieuse en faisant confondre et se réduire le sang véhicule de l’âme au seul sang d’emblée identiquement l’âme, a fortiori en y occultant ce qui se cultive socialement et mentalement jusqu’en l’âme. La Constitution canadienne tronque l’humain du social (en clause dérogatoire et annexe) au profit de l’individu, lui-même tronqué d’âme en corps selon le sang par où l’en ethniser en différences présumées si naturelles que racisantes. Par « sociologie spontanée » (présumant, selon Hirschefld, que les groupes sont des individus, le pouvoir est une force et les faits sociaux sont des choses) faisant que si l’évolution adapte les humains à la vie en société, se questionne s’ils sont capables de comprendre les faits sociaux et que la répartition des différences individuelles n’y est pas uniforme avant de s’agréger (donc que les existences se font essences avant toute pensée essentialiste visant à s’imposer aux existences) ? Voir P. Boyer, La fabrique de l’humanité, Paris, Laffont, 2022. »10
Notons que faute d’une sociologie apte à résister à sa propre dérive spontanéiste et à s’intégrer jusqu’à l’incompréhension susceptible d’en être générée et de mener à une conjointe manipulation des faits sociaux, celle-ci s’instaure depuis et sous forme de l’ingénierie sociale entérinée par Bora Laskin, à la tête de la Cour suprême. Sa connivence avec Trudeau père lors du Rapatriement d’autant unilatéral de la Constitution sans et contre le Québec se double de droits et libertés si individuels qu’individualistes avec droits sociaux (de fait seulement collectifs) en clause annexe et dérogatoire. Sans parler de l’investissement massif ayant depuis lors visé à noyauter jusqu’aux facultés de droit dès les universités, mais en cherchant à masquer la politisation du droit qui s’impose depuis lors autant en tout examen constitutionnel, surtout si pour s’articuler du Canada au Québec, que jusqu’en maints tribunaux, comme l’illustrent les maintes nominations camouflées de juges auxquelles s’est adonné Trudeau fils. Ce dossier, que la Cour suprême refuse d’entendre, est rendu à l’ONU, comme celui des Autochtones y a été autrefois acheminé, face au fédéral, et vient de l’être encore, face au Québec pris en ce fédéral et peinant encore à s’y ressaisir.
Il est crucial de se rappeler que le Canada a été le pays le plus résistant aux droits ancestraux autochtones et le moins prompt à la décolonisation parmi les pays ayant émergé et s’étant autonomisés de l’ancien Empire britannique. Le Canada a essayé au moins deux fois de bloquer, puis n’a finalement accepté la DNUDPA de 2007 qu’en 2010. Entre-temps, par exemple dans les années 1990, sous Jean Chrétien, le ministère des Affaires indiennes avait mis sur pied un groupe, désigné comme le « SWAT » (Special Words and Tactics), dont le mandat était de continuer de jouer avec les mots selon une terminologie censée faire s’intégrer ledit droit autochtone au modèle de gouvernement municipal. Cela avait déjà été recherché à l’époque de Trudeau père (et de Jean Chrétien qui était son ministre des Affaires indiennes) par son Livre blanc (1969). La Fraternité des Indiens du Canada (créée en 1968) y a tant réagi que s’est mobilisée (par le Constitution Express) pour se faire inscrire (par l’article 35) en la Constitution en voie d’être rapatriée (1980-1982) et s’est transformée en Assemblée des Premières Nations (1985), car les deux réalités sont au contraire opposées l’une de l’autre et exigent plutôt un wampum, à savoir un cheminement commun préservant les différences et se les intégrant telles. Ledit Canada cesserait aussi de faire mentir son propre slogan donné en façade, à savoir l’unité dans la diversité, au profit de tout son contraire en réalité, à savoir l’unitarisme laminant toute diversité en cherchant à la diviser pour faire jouer ses diverses parts les unes contre les autres :
« En bref, il s’agit de vendre aux Premières Nations un loup sous une peau de mouton. (C’est d’ailleurs une approche qui persistera au cours des décennies…) »11.
L’idéologie colonisatrice du Canada trudeauiste, en voie d’être carneyiste, est ici mise au jour et en évidence de façon flagrante, en confrontant le discours (en l’occurrence fédéral) et les pratiques (en l’occurrence aussi fédérales) réelles pour révéler leur écart. Eh bien ! Pensez-vous vraiment que cet écart sera moindre de la part d’un fédéralisme bancal en un Canada encore fort trudeauiste, depuis sa Constitution unilatéralement rapatriée et tronquée du Québec auquel l’imposer? Le Québec ne l’a toujours pas signée et, par-delà maintes décennies pendant laquelle l’idée flottait, est enfin en train d’enclencher plus concrètement la forge d’un projet de Constitution autonomiste propre susceptible de s’y inscrire, d’autant que l’expérience autochtone avec le fédéral peut éclairer l’exigence encore insuffisamment cernée d’autant de son aménagement avec le Québec que d’instaurer un dialogue à cette fin. Et les problèmes sont importants. Une communauté mohawk est à cheval entre l’État étatsunien de New York et, au Canada, l’Ontario et le Québec. Les Abénakis pourraient sembler moins autochtones que les Québécois français qui sont arrivés au Québec avant eux, mais ils sont tout au contraire d’autant Autochtones qu’ils étaient déjà auparavant en Amérique du Nord et qu’ils ont dû migrer de l’Est de ce qui est devenu les États-Unis vers la région de Trois-Rivières et s’y conjuguer avec les Algonquins lors des conflits armés entre Français, dont ils étaient tous deux alliés, et Anglais. Ne serait-ce que par ces deux cas, mais il y en a d’autres, il apparaît que pour les Autochtones, les frontières euronordaméricaines sont toutes artificielles, de sorte que sans la DNUDPA, il serait difficile de faire la part entre leur autodétermination et la conjointe préservation de l’intégrité territoriale, du Canada au Québec, si pour rendre le dialogue possible. S’y ajoutent maintes autres problèmes internes entre les Autochtones eux-mêmes, dont la litigieuse interface entre les Hurons-Wendats et les Innus dans la région de la ville de Québec. Sans parler de plus larges problématiques, dont l’interface entre la notion de l’Amérindien, qui a été forgée dans des universités et qui permet d’en aborder l’enjeu culturel comme s’y tient par exemple Makoua dit Yvon H. Couture, et tout à l’inverse, Ghislain Picard qui, lorsqu’il a été à la tête de la part de l’APN au Québec et au Labrador, insistait tant sur le versant politique des Premières Nations qu’il y assimilait jusqu’aux Autochtones et refusait de les considérer comme des Amérindiens, d’où pourtant, en s’élargissant pour y inclure aussi les Inuit et les Métis, s’est pourtant forgée la notion canadienne d’Autochtone. De plus, selon une anecdote peu connue, Ghyslain Picard n’a pas répondu à au moins une lettre demandant une reconnaissance de statut Métis au sein du Québec, ce qui est encore plus litigieux et visible en Ontario, surtout en interface avec les États-Unis. D’ailleurs, l’enjeu de l’enveloppe financière fédérale est d’autant à risque de s’effriter que les communautés risquent de se multiplier. De plus, c’est le Fédéral qui définit qui est Autochtone (donc qui peut obtenir sa carte encore dite d’Indien, au sens de la loi de 1876), les communautés ne pouvant par exemple adopter de nouveaux membres à leur guise et les en autochtoniser. Or, l’essor économique de certaines de ces communautés pourrait le leur permettre, si pouvant s’autodéterminer jusqu’à se réapproprier leur définition identitaire, pour autant qu’elles-mêmes aptes à se distinguer d’autres groupes cherchant à s’autoautochtoniser pour empiéter sur leurs droits de chasse et autres, selon d’incessants conflits identitaires judiciarisés (abstraction faite du sens de soi tel que se forgeant en se révélant fort processuel depuis la Renaissance ?). Enfin, comme Russell Diabo ne l’a établi qu’en 2013 dans le Toronto Star, le gouvernement canadien est entre-temps parvenu à faire travailler l’APN contre les Premières Nations elles-mêmes, en se servant de l’organisation pour tenter de faire taire la clameur de protestation qui s’élevait et l’empêcher de se muer en vaste mouvement social, ce qui éclaire l’émergence du mouvement Idle no more ayant néanmoins eu lieu face au gouvernement Harper en 2012-2013. On y aperçoit que même le noyautage des pouvoirs (exécutif-législatif-juridique pesant jusqu’en la société civile), tel que s’étant instauré depuis Trudeau père à l’encontre du devenir démocratique canadien, peut néanmoins se remanier, lorsque la société civile parvient à s’en déprendre et à rendre opérante sa résistance. Bref, il est crucial de considérer d’emblée le peuple québécois formant société d’autant civile à l’interface de l’ethnique (suraccentuée par le multiculturalisme canadien) et de la civique en regard de la citoyenne (autrement plus exclusivement considéré et imposé par l’État) et a fortiori de Droits de la personne qu’avait déjà favorisé une Charte québécoise avant son inflexion plus exclusivement citoyenne trudeauiste au point de n’en être plus si individuelle qu’individualiste. Lui seul peut permettre de constituer un ressort permettant de faire s’interroger sur une démocratique différenciation et intégration des pouvoirs plutôt que leur noyautage. Il s’agit exactement du problème majeur colonialiste auquel se mesurer en un Canada trudeauiste. Tout dit nationalisme révolutionnaire québécois, si d’abord et avant tout émancipateur, semble bien ne pouvoir vraiment s’en rendre opérant que si jusqu’en les pouvoirs appelés à s’en différencier et intégrer de façon mieux démocratique, dès le Fédéral et jusqu’en le Québec d’autant susceptible de l’y inciter que de s’y autonomiser. Cette exigence s’impose quant à la démarche constitutionnelle depuis le Référendum de 1995, mais est uniquement récemment en train de s’apercevoir et se cerner.
Rappelons aussi que toutes les conférences constitutionnelles (1983, 1984, 1985 et 1987) destinées à définir le droit à l’autonomie gouvernementale autochtone ont toutes mené à l’échec, sans parler du fait que, à compter de 1987, le gouvernement fédéral laisse tout simplement tomber le dossier autochtone pour s’occuper de la question du Québec. L’acmé est bien sûr le second référendum québécois de 1995.
Un moment décisif est l’adoption le 14 juin 2000 de la loi 118 s’appuyant sur une modification de l’article 93 de la Constitution canadienne en 1998 et menant à des commissions scolaires linguistiques plutôt que confessionnelles, d’où un prototype d’une tout autre façon de modifier la Constitution. Le Québec semble y viser bien plus la Constitution de 1867 que celle de 1982, issue de Trudeau père sans et contre le Québec. Ce moment décisif mérite de s’y attarder. Le Québec semble avoir reproduit en ses propres écoles un détournement de la liberté, non plus seulement du clergé au marché dès le moment de la Révolution tranquille, mais en s’alignant sur l’idéologie canadienne trudeauiste et plus largement néolibérale au point de risquer de se reployer du marché toujours plus individualiste à l’ethnoracialisme enreligiosant: n’a-t-il pas perdu de vue que le rôle de l’école est de rassembler, bien plus que de sélectionner a priori au point de ne plus instaurer qu’une logique gestionnaire d’État visant à en constituer et imposer les conditions, quitte à faire éclater le système scolaire par des subventions publiques au privé, des programmes sélectifs dans le réseau public et une concurrence tous azimuts axés sur des choix scolaires fondés sur la performance12? Surtout si occultant que cette prétendue performance, en ce domaine comme en maints autres, n’est le plus souvent que contre-performance, en externalisant ses propres coûts et en les faisant subir à d’autres, si ce n’est à la société en général ?
Comprenons bien que l’école ne s’est généralisée et n’est devenue obligatoire jusqu’à la fin du secondaire que sur l’arrière-fond de l’émergence de la figure de l’intellectuel au tournant du XXe siècle. Or, l’universitaire (et a fortiori tout l’entre-deux québécois si unique y menant qu’est le Cégep) est laissé dans les limbes du Rapatriement unilatéral de la Constitution par Trudeau père qui ne l’a aucunement intégré en 1982. Par exemple, l’éradication pancanadienne du français pour le refouler dans le seul Québec s’est effectuée en bloquant partout l’éducation scolaire en français, ce qu’illustre toutes les Provinces des Prairies (Manitoba, Saskatchewan et Alberta) qui ont tant été considérées comme la chasse gardée de l’Ontario qu’en être l’Ontario-Ouest, sans parler du fameux Règlement XVII à la source de l’émergence explicite de l’Ontario français pour y résister la formation des maîtres, éminemment une formation universitaire, était à éradiquer ou bloquer, si provenant du Québec, si pour empêcher l’enseignement autant en français que du français dans les écoles. Au Canada, l’éducation scolaire est de compétence provinciale et la Cour de Londres l’a confirmé, le gouvernement fédéral, même sous Laurier, pourtant québécois, ayant laissé faire. Deux questions cruciales s’ensuivent. D’une part, pourquoi le Québec se fait-il de lui-même à lui-même ce qui fait le jeu du Canada trudeauiste, en forçant l’individualisme outrancier jusqu’en tout individu au détriment de ce qui en lui est pourtant d’emblée d’autant social que ne se constitue et ne s’acquiert qu’avec autrui à même la forge de son sens de soi, tout en risquant de se prêter ainsi par surcroît au multiculturalisme ethnoracialiste s’enreligiosant tel, donc jusqu’à l’encontre de la laïcité qu’il dit pourtant chercher à promouvoir, au point d’y prêter d’autant flanc que sans suivi suffisant de ses propres lois et s’en braquant tout aussi rigidement, alors que le rapport géopolitique de forces en place et encore fort opérant peut venir l’en miner, si l’on en juge et s’en fait juger par tout ce qui tend d’autant à en remonter jusqu’en la Cour suprême du Canada? Sans parler de quelque exigence de se mesurer à toute dérive par sociologie spontanée étayant d’autant la manipulation canadienne trudeauiste du Québec, a fortiori si intériorisée et portée à se développer du sein du Québec, ce qui ne peut qu’y rendre aveugle. Rappelons que, si l’on tient compte de l’approche sociologique de Durkheim, jusqu’au suicide n’est pas tant un acte individuel purement psychique, ni même ethnique et racial, que social: on se suicide par excès autant d’ostracisation sociale que par étouffement social. Or, jusqu’au processus culturel forçant l’assimilation linguistique agit par ces mêmes deux voies: faire accroire que l’individu abandonne de lui-même sa langue maternelle (alors que c’est soit l’autre langue qui lui apparaît plus attrayante, car prévalente, soit c’est la sienne propre qui lui en devient d’autant insupportable, car étant ostracisée) et pour ce faire, d’abord imposer la marginalisation de tout son groupe social pour créer plus indirectement et moins visiblement les conditions de cette assimilation (comme y tend la façon dont s’est effectué autant le Rapatriement de la Constitution par Trudeau père que tout le refoulement alors effectué depuis et jusqu’en tout individu rendu purement individualiste, par toute teneur sociale uniquement en clause dérogatoire d’où pouvoir la manipuler en ce sens et l’en étouffer d’autant en tout un chacun). D’autre part, le Québec prête-t-il suffisamment attention au fait que la coïncidence de l’émergence de la figure de l’intellectuel et de la conjointe généralisation du système scolaire obligatoire n’est nullement anodine: l’institution scolaire est le lieu par excellence de l’intellectualisation de soi13 et ce n’est pas un mince enjeu sociopolitique si l’en faisant celui d’une sociale-démocratie non étriquée et dévoyée par libéralisme, néolibéralisme et a fortiori libertarisme au point d’en troquer deux fois plus qu’une, avec le social en tout un chacun, jusqu’à sa propre teneur démocratique possible, ce sans quoi il n’y aurait guère d’expansion un tant soit peu importante d’une capacité propre, ni politicienne, ni juridique, a fortiori constitutionnaliste ? Voyez-vous le tableau d’ensemble? Si comme l’a souligné Simmel, l’urbanisation, devenue si prépondérante depuis la révolution citadine étatisante survenue environ 3,300 ans avant Jésus-Christ au seuil de l’Antiquité et a fortiori depuis sa résurgence renaissante, est à la source de la triple autonomisation du droit, de l’intellect et de l’argent, on ne saurait négliger l’interface jouée par celle de l’intellect entre le droit (de la politique au juridique) et l’argent14. À cette interface, la situation du Québec est unique en regard de toutes les Provinces du Canada et éclaire son devenir constitutionnel, car seule Province où éducation et langue commune et officielle peuvent coïncider en français. Autrement, l’éducation relève de la Province et la langue relève du Fédéral qui ne s’est entendu avec les Provinces hors Québec si foncièrement anglicisantes que depuis la forge fédérale des langues officielles (1969) s’étant faite Rapatriement unilatéral de la Constitution (1982) avec leur appui, en contrepartie de pouvoir y faire s’y implanter les écoles correspondantes avec leur accord, mais aux seuls niveaux primaire et secondaire, sans aborder la question de l’universitaire, laisser flottante. De ce douloureux écart entre éducation provinciale et langue fédérale, était déjà né par exemple l’Ontario canadien-français aussitôt dit Ontario français, en pressentant et en s’organisant dès 1904-1910 face à l’arrivée du Règlement XVII en 1912, avant le choc du tout dernier Congrès du Canada français à Montréal (1967-1969), du fait de l’émergence du Parti Québécois (1968) et de ces canadiennes et fédérales langues, non plus tant constitutionnelles (aux seuls Parlements d’Ottawa et de Québec, lors de l’AANB de 1867) qu’officielles (1969). Du fait d’être si uniquement constitué, du sein de la Constitution canadienne, et de pouvoir y faire coïncider éducation et langue en lui-même sans le fédéral (néanmoins susceptible de chercher à y interférer), le Québec peut projeter de se constitutionnaliser de façon autonomiste. Il peut être encore plus unique, s’il s’y éveille et prend conscience de lui-même depuis cette condition majeure de la possibilité de pouvoir s’y adonner. Et il se soucierait peut-être davantage de ce qu’il se fait à lui-même à travers ce qu’il fait de ses écoles, surtout en regard de sa langue française commune et officielle et du fait d’être parvenu à les en instituer linguistiques plutôt que confessionnelles depuis 1998-2000, au point d’en tirer l’opportunité de pouvoir mieux assurer son propre devenir laïc. Certes, l’idéologie trudeauiste existe, mais que serait-elle si le Québec, surtout en ses écoles, n’y prêtait pas autant flanc à son propre encontre ?
Tous ces points devraient être explicitement partie prenante d’un projet de Constitution québécoise autonomiste pour bien clarifier qui, quoi et de quelle façon il en est question. Surtout depuis le moment décisif de 1998-2000 en marquant le coup d’envoi, l’enjeu constitutionnel s’est mué de la visée d’un tout intégrateur, alors d’un seul bloc en la Constitution canadienne (comme lors des échecs de Meech et Charlottetown ayant précédé le Référendum de 1995), à ce qui est en train de déboucher sur un projet de Constitution québécoise autonomiste espérée pouvoir s’en reprendre, sur le modèle de ce prototype de 1998-2000, depuis ses parties elles-mêmes à faire s’articuler en un tout jusqu’en ce qui peut en être d’autant mieux susceptible d’être débattu que, s’il le faut, pièce à pièce lorsque ce sera nécessaire, mais en un tel contextualisant tout, selon un sens général permettant de les faire s’articuler et coordonner d’une façon d’autant mieux mobile que plus aisément mobilisable face au fédéral. Cette manière de se constitutionnaliser, comme toute manière ne s’instaurant et ne s’en apercevant telle qu’en se distinguant et en reprenant cela dont il est question et qui n’en paraîtrait autrement que naturel, est culturelle. Comme l’écrivait Kant en sa Critique de la raison pure, la représentation des parties est nécessaire à la représentation du tout. Manquait à Kant la considération que ce n’était pas que physique, mais sociopolitique et juridique. Manquait aussi que l’imaginaire, en l’occurrence social, vaut déjà par lui-même, avant toute représentation l’acheminant au seuil de la pensée. Enfin, une démocratie, mais vraiment représentative, en se validant auprès du réel, n’est aucunement seulement représentationnelle, par mise en scène faisant se donner en représentation et se contentant de s’imposer en surplomb à partir d’intervalles électoraux permettant à un parti politique de tant s’en tenir à ses seuls propres biais que d’en biaiser la société entière. Il faut une nouvelle culture politique faisant tenir compte de ses propres faiblesses qui accompagnent ses propres forces et peuvent un tant soit peu être aménagées, si prises en compte, par dialogue avec d’autres orientations politiques pour lesquelles c’est plus susceptible d’être tout l’inverse, mais surtout avec la société civile prise dans l’entrelacs de ces divers basculements de tous les pouvoirs (dont le sien) s’en nouant/dénouant. Une Constitution québécoise peut-elle être vraiment autonomiste sans se rendre apte à l’être ? Un Conseil de la Constitution du Québec, proposé par Jean-François Lisée et d’autres, pourrait y veiller, s’il jouait le rôle d’une sorte de Sénat en regard de l’Assemblée nationale jouant le rôle d’instaurer et mettre en œuvre la Constitution. Peut s’y apercevoir une différenciation et intégration des pouvoirs (exécutif, législatif pondéré par une telle tierce instance quasi sénatoriale, juridique et enfin, société civile dont être d’autant mieux que réellement représentatif plutôt qu’une simple représentationnelle mise en scène changeant avec un monopole s’en instaurant en surplomb à intervalles électoraux), surtout si ce peut être mieux qu’au fédéral, si bancal, qui prévaut en un Canada trudeauiste. L’exigence est de pouvoir être adaptatif et apte à résister au Canada trudeauiste si, en un projet de Constitution québécoise autonomiste, le mot « autonomiste » est pour être sensé. Tout contenu non plus tant présume qu’acquiert sens et s’aperçoit en son contexte en s’y mesurant à sa problématisation. Comme l’a established Alberti dès la Renaissance, un projet n’est vraiment un projet qu’en s’intégrant en sa propre démarche les résistances auxquelles il a à se mesurer pour se constituer. Ici: selon le processus sociogénératif fort culturel s’instaurant selon le sens de soi mis en jeu, a fortiori pour se constitutionnaliser, en un sens sociopolitique jusqu’en le juridique.
Enfin, si d’un peuple se dégage une identité nationale, ce n’est pas seulement par prise de conscience de lui-même, mais aussi par reconnaissance juridique, comme l’a signalé le tout premier, dès la Renaissance, Bodin, ce qui n’est pas sans exiger d’apercevoir que sa culture peut comporter un droit constitutionnel autant apte à se prêter à un large consensus en émanant qu’à lui proposer ainsi un projet de Constitution qui peut donc lui correspondre. Or, la notion de nation, autrefois proche de la nature selon une commune émergence, est marquée par la migration s’y intégrant largement, depuis le XIXe siècle, et, depuis la fin du XXe siècle et a fortiori au XXIe siècle, varie autant par tout ce qui reflue en sens inverse pour s’en purger (comme en les États-Unis trumpiens) que par manipulation en ce même sens inverse (de Durham, via Elgin, à Macdonald, puis Laurier, jusqu’en multiculturalisme multiethnoracialiste canadien trudeauiste visant à laminer tout social depuis son confinement en clause dérogatoire comme d’où le faire se prêter à une telle ingénierie sociale d’autant enreligiosante que juridiquement entérinée dès 1982). Le sens de soi n’est national qu’en le rendant tout aussi processuel qu’il l’est lui-même depuis la Renaissance, par ce que Benedict Anderson appelle L’imaginaire social. Réflexions sur l’origine et l’essor du nationalisme. Cet imaginaire s’est tant intériorisé qu’il est devenu une faculté de l’âme, mais publique et civique, comme l’appelle Ficin, dès la Renaissance, alors que s’en forgeait sociohistoriquement le sens de soi, mais tant charged du sens d’autrui avec qui se constituer en sa part acquise de soi qu’en sa teneur processuelle s’éveillant à sa propre capacité évolutive. C’est crucial pour toute identité nationale prise dans un entrelacs de pouvoirs plus ou moins bien équilibrés d’où se constituer et a fortiori pour s’en constitutionnaliser. L’humain, individu d’emblée social, peut tant apprendre de son effort à persévérer en son être qu’à pouvoir s’apercevoir tel et s’interroger sur ce qui le rend humain, au seuil de pouvoir en être aussi humaniste.
Conseil constitutionnel du Québec: problématique et recommandations
« Je me souviens ». Telle est la devise du Québec15. Elle se situe face à la devise canadienne qui s’est imposée depuis Macdonald par sa politique
1 Signalons qu’un juge de la Cour suprême s’est récusé et qu’un autre a dû se retirer pour éviter une éventuelle égalité que pourrait créer un nombre pair de juges.
2 Dans des articles antérieurs, André Binette souligne qu’une Constitution québécoise n’est pas nécessairement souverainiste, mais doit lui être compatible et quoiqu’il en soit, doit prévoir comment s’adapter et se modifier. Une Constitution est l’expression d’une identité nationale qui n’est jamais figée et qui reflète un certain contrat social, ce qui n’est pas sans écart ou contradiction s’en ajustant ou non. Cette identité nationale en évolution est incompatible avec la monarchie, symbole de la Conquête, ce qui mènerait à une forme républicaine à l’intérieur ou hors Canada, sans que l’on sache ce qu’il en sera. Trudeau père a combattu la clause dérogatoire après l’avoir adoptée, car ne souhaitant pas qu’elle puisse servir à affirmer l’identité nationale du Québec. Or, la clause dérogatoire n’est pas québécoise, mais l’essence du Canada, ce pourquoi Trudeau père a connu tant de revers auprès de la Cour suprême la reconnaissant d’autant « constitutive » de la Constitution canadienne qu’elle ne peut en être excisée (sans préciser si c’est en tout ou si ce peut néanmoins être en partie, si elle peut être tronquée, sinon occultée en ce qui tronque tout humain au sein du peuple et donc de son identité nationale). Un accord avec les nations autochtones francophones pourrait avoir un effet d’entraînement sur celles qui sont anglophones, ce qui constitue un apport essentiel à l’identité québécoise en quête de se constitutionnaliser. Un référendum exprime la volonté du peuple à un moment donné, mais n’est pas nécessaire à l’accès à l’indépendance qui se prépare et se fait par l’Assemblée nationale (si ayant plus de 50% des voix du peuple entre Partis qui le représentent et dont avoir un tel mandat), soit par entente avec le Canada, soit par une Déclaration Unilatérale d’Indépendance qui serait légale en droit international et ne serait nullement illégale en droit canadien, ce qui est unique au monde. Ce ne peut être valide et pertinent que depuis un large consensus quant au projet d’une Constitution québécoise autonomiste qui, comme sa forme républicaine, peut être interne et a fortiori si hors Canada, car démocratique.
3 A. Binette, L’ordre constitutionnel. Deux tiers des Québécois rejettent la monarchie. Les élections québécoises et le déclin de la monarchie. L’Autr’journal, mars 2026, n° 444, 17.
4 Y. Morin, De l’humain à l’humaniste dans le monde. Le sens de soi, du débat entre Ficin et Pic à Descartes et au XXIe siècle, Paris, L’Harmattan, 2025, pp. 37-38, note 1. Comparez aussi l’écart entre « mother tongue as first language » et langue maternelle qui, en tant que langue, est sociale et se fait médiation entre parole individuelle et langage inhérent à l’espèce, non plus les en télescope et immédiatise l’une en l’autre.
5 Y. Morin, ibidem, p. 39. Dont la formation juridique de Bora Laskin et son impact sur le droit canadien il s’infiltre dans les facultés de droit des universités et facilite et entérine le rapatriement unilatéral de la Constitution sans et contre le Québec par Trudeau père.
6 Y. Morin, ibidem, pp. 21-44. En incluant donc les précédentes références aux pp. 37-38, note 1 et p. 39.
7 Y. Morin, ibidem, pp. 41-42. PWASP: Patriarcal White Anglo-Saxon Protestant, mais comme prototype apte se généraliser et à en hégémoniser toute tendance Patriarcale EthnoRaciale s’enReligosant telle. Il s’agit d’un immense filtre idéologique, certes, mais surtout apte à se diffuser en s’élargissant et en colonisant. André Binette rejette complètement la subordination anglo-saxonne de la liberté de conscience à la liberté de religion, mais il importe surtout d’y apercevoir le fer de lance des grands filtres idéologiques. La laïcité dite être née avec et de la Révolution française s’en éclairerait de nos lumières, les Patriotes. Elle exigerait le respect de soi, si pour en être respecté, comme le lui avait signifié un jour un Mohawk. Traduction: la clause dérogatoire, quant à la laïcité, va dans le sens de la liberté de conscience et non de brimer les libertés religieuses (dont l’expression vestimentaire de l’intégrisme dans les services publics), surtout si fer de lance d’un grand filtre idéologique. S’y aperçoit l’épreuve issue du choc entre la loi 21 sur la laïcité québécoise et le biais inhérent à la façon dont la Constitution canadienne a été rapatriée en 1982, surtout en tronquant l’humain au profit de son individualité rendue purement et exclusivement individualiste avec sa socialité uniquement en clause dérogatoire au ressort du filtre PWASP fait Patriarcat Ethnoracial s’enreligiosant.
8 Y. Morin, ibidem, p. 150, avec note 1. Tout individu n’est pas individualiste, ni tout l’individu qui l’est. Or, le libéralisme et a fortiori le libertarisme veulent les confondre.
9 Arthur Manuel & Grand chef Ron Derrickson, Décoloniser le Canada, Éd. Écosociétés, 2018, pp. 161-163.
10 Y. Morin, ibidem, pp. 37-40.
11 Y. Morin, ibidem, pp. 42-44. De fait, il faut se mesurer jusqu’au nihilisme matérialiste qui a émergé de l’entrelacs des monothéismes et qu’exemplifie la crise moyen-orientale, mais qui resurgit et que fait s’exacerber le multiculturalisme canadien trudeauiste si ethnoracial qu’ethnoracialisant en vue d’instaurer et monopoliser son inversion du social au profit de l’ethnoracial, de l’y laminer et d’attribuer et accuser d’ethnoracisme toute tendance à restaurer le social, dès la notion de langue inhérente à la langue française (contrairement à tout « official language » au contraire anglicisant) et a fortiori la société québécoise distincte en faisant sa langue officielle (nullement un « official language »). Ceci se combine et s’exacerbe avec maintes autres religions n’étant nullement (mono)théistes, comme l’illustrent diverses tensions religieuses, par exemple entre hindouisme (brama) et sikhisme à Brampton en Ontario et ailleurs. Pour une vue succincte d’ensemble de cette problématique condensant la ligne centrale de tout le livre De l’humain à l’humaniste dans le monde, voir, sous l’item nouvelle parution, https://csrs-scer.com/blog/. S’y trouve aussi des comptes rendus de livres antérieurs y préparant et ce, en remontant dans le temps, de 2025 à 2023: Méditations oniriques, ainsi que De quel Zoroastre à quel Dieu? et l’inaugural Ficin et la modernité. Sans parler de deux ouvrages antérieurs (en 2022) mettant au jour l’exigence de questionner toute notion de symétrie (dont la trudeauiste se présumant au ressort dudit bilinguisme canadien) par celle de biasymétrie susceptible de s’en déployer de façon énantiodynamiquement fonctionnelle: Gauche/droite: quelle mise en tension en quel sens ? Lorsque le miroir bascule de symétrie en biasymétrie et L’apparence: accès et miroir du réel. Lorsque l’incertitude de l’observateur relativise celle de l’observé. De plus, Gauche/droite, p. 72, proposait déjà aussi une nuance dès la première des huit conditions soulevées par un précédent texte d’André Binette, Huit conditions incontournables pour un dialogue respectueux et fructueux, Décoloniser le Québec, L’Aut’Journal, février 2022, n° 403, p. 8. S’y révisait ainsi d’où mieux aborder la DNUDPA.
12 Voir le compte rendu du livre de Christophe Allaire Sévigny, Séparés mais égaux. Enquête sur la ségrégation scolaire au Québec, par Luc Allaire, La ségrégation tranquille de l’école québécoise, dans L’Aut’Journal, n° 441, novembre 2025, p. 16.
13 Y. Morin, L’émergence de l’Ontario français et de son processus identitaire: au seuil des luttes scolaires, 1904-1910, dans Y. Herry et C. Mougeot (sous la direction de), Recherche en éducation en milieu minoritaire francophone, Ottawa, Presses de l’Université d’Ottawa, 2007, 32-39. Voir aussi G. Duquette G. & Y. Morin, Double minorisation et hégémonie interne en milieu minoritaire: le cas des institutions scolaires en Ontario français. In Duchesne, H. (dir.) Recherches en éducation francophone en milieu minoritaire: regards croisés sur une réalité mouvante. Winnipeg, Regroupement pour l’étude de l’éducation francophone en milieu minoritaire, Presses universitaires de Saint-Boniface, 2003, 23-50. Le 1er de ces deux textes établit à quel point c’est l’émergence de la pensée qui fait rechercher les mots appropriés pour s’exprimer bien davantage que l’inverse et que cela fait ressortir l’enjeu crucial de l’école. Le 2e examine la question de l’idéologie en milieu minoritaire français, ce qui, avec l’aide du 1er texte et de tous les livres depuis lors publiés à L’Harmattan, vient d’être étendu dans le présent livre à l’idéologie trudeauiste jusqu’en son emprise au sein de l’école québécoise par le type d’État québécois s’y étant jusqu’à présent prêté, une fois que s’étant écarté de sa voie initiale, dès la Révolution tranquille, en laissant l’école s’infléchir du clergé au marché, et a fortiori malgré le tournant pris pendant les années 1998-2000, au point de se reployer en sens inverse, du marché à l’ethnoracial enreligiosant qui y est inhérent à l’idéologie trudeauiste et qui s’est intériorisé avec et au point culminant de tout le déséquilibre des pouvoirs malgré la laïcité affichée. À quand l’examen de conscience? Bref, après avoir retracé l’émergence de l’Ontario français, pourquoi ne pas retracer l’émergence d’un Québec qui serait enfin vraiment français, comme d’où mieux envisager et faire place à sa part d’anglais et autres ? Que ce soit au sein du Canada ou hors Canada (de l’AANB), ce ne peut être nullement symétrique, comme le fait accroire l’idéologie trudeauiste par son dit bilinguisme officiel, mais biasymétrique, comme notre fonctionnement cérébral, voire pancorporel lui-même, dont la différence intracorporelle s’aperçoit aussi d’emblée intercorporelle, comme en tout humain, jamais individu que d’emblée social, voire sociopolitique, ce qui ne peut qu’exiger d’aller réviser jusqu’à la distinction elginienne gauche/droite qui est advenue avec tout le conjoint sous-jacent courant durhamien assimilationniste en perdurant depuis l’époque des Patriotes.
14 L’argent constitue à son tour sa propre interface économique plus spécifique d’un équivalent général entre tous les biens produits qui s’en trouvent alors échangés et font s’en étendre avec le marché la consommation
15 À cette première devise restée la référence commune, se serait ajoutée une teinte issue d’une « deuxième devise », créée par le même Eugène-Étienne Taché, plusieurs années
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