Banniere Yvan Morin

6) L’humain face à la raison cynique : de la crise idéologique à la critique

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Pour aborder le XXIe siècle, il est crucial d’y tenir compte du rôle central d’une raison de part en part cynique qui y triomphe et qui, selon que sombrant et se faisant plomber par sa sous-jacente fantaisie ou tout au contraire s’en éveillant, est respectivement ressort d’une incessante crise ou d’une non moins incessante exigence de sa critique. L’incessante crise risque de mener à l’épuisement de soi (sorte de burn out faisant suite à ce que Ehrenberg a appelé La fatigue d’être soi, mais d’emblée faite pervasive fatigue démocratique virant d’elle-même en autocratisation généralisée), si ce n’est aussi à l’épuisement des chaînes d’approvisionnement s’en mettant à se tarir elles aussi et faisant d’autant surgir le spectre de la sécurité nationale pour mieux s’en assurer au point de départ de toute capacité productrice économique. La crise fait s’enfermer d’autant toujours plus en soi-même et sa clique (si cliquante et viralisante soit-elle) que se bute sur autrui uniquement à pourfendre entre ce qui s’en assimile et ce qui en est à refouler, mais qui fait retour et vient d’autant hanter qu’il faut toujours plus s’en protéger et sécuriser, tant il ne paraît qu’épuisant, donc à écarter et marginaliser (condition indirecte de l’assimilation), si ce n’est à assimiler plus directement pour l’en faire disparaître, à moins de procéder par la purge l’éjectant2. Tout au contraire, l’incessante exigence critique est plutôt celle d’un préalable effort d’autant sur soi que sur sa part de soi qui, jusqu’en tout un chacun, s’acquiert, et ce, avec autrui, dès lors aucunement seulement extérieur (et instrumentalisable et autrement refoulable), mais d’emblée aussi intérieur par ce qui ne se cultive de soi et jusqu’au plus intime de soi qu’avec lui. Se garder à distance de ceux avec qui ne guère apprécier ce qu’en devenir soi-même, si pour s’apaiser et se sécuriser3, ne suffit pas et exige par ailleurs le développement humain, un développement jamais individuel que d’emblée social, tel qu’intégrant l’humanitaire, le développement durable et les droits humains. Se concevoir humain, jamais individuel que d’emblée social, fait apercevoir les quatre piliers onusiens.

En l’occurrence, les États-Unis ne se sont faits Fantasyland qu’en se radicalisant au fur et à mesure que, de McCarthy via Cohn à Trump (lui-même à l’interface faisant passer du deuxième au troisième capitalisme), une façon d’agir s’est transmise au point de révéler que la fantaisie en cause est d’autant cruelle que vectrice d’une raison cynique s’évitant tant tout esprit critique que fomentant tous azimuts les crises pour pouvoir s’y adonner et s’y complaire4, mais il ne faut pas le dire. Ou plutôt, il faut taire en tout dire qu’une façon d’agir, de se donner à voir et de se dire, surtout si transmise, est bien plus représentativement culturelle que n’importe quel contenu, en particulier numérique et audiovisuel, soi-disant culturel et identique à sa seule représentationnelle mise en scène ou encore en récit à y contrôler. Toute culture serait censée s’occulter en sa réalité pour n’en être que toujours plus déjà transposée en art de la mettre en scène et de tout y faire s’y transiger, d’où la forge dudit « Art of the Deal » qui n’est que la fantaisie cruelle en acte, à savoir soi-disant transactionnelle. Cette façon d’agir, de se donner à voir et de se dire est géopoliticoéconomique et est la source faisant de ce contenu une arme, surtout si parvenant à s’y faire oublier s’instaurer en porte-à-faux à sa source si fantaisiste et cruelle pour y drainer et détourner toute l’attention, alors que créant en sous-main le problème alors dit être attaqué plus officiellement en même temps que s’anéantit toute représentativité en et au profit de la seule représentationnelle mise en scène où faire signifier à tout mot très littéralement son sens inverse, surtout quant à la responsabilité de ses propres actes et ce qui peut s’en voir et dire. De fait, il s’agit de la faille constitutive des soi-disant démocraties se faisant accroire représentatives, parce qu’organisant des élections à intervalles déterminées, mais virant en gouvernement n’y opérant qu’en surplomb pendant tout cet entre-deux et en pure représentationnelle mise en scène ne voulant plus en savoir rien d’autre qu’elle-même. Toute teneur sociale-démocrate s’y laminant, ne persiste que leur libéralisme qui tord déjà tant la démocratie et la vide au fur et à mesure qu’elle n’est toujours plus qu’électoraliste et qu’elle dérive, s’exacerbe, culmine et s’anéantit en libertarisme géopoliticoéconomique, pour lequel il n’y a plus aucune liberté hormis la seule sienne, tout le reste dépendant de qui va être le plus fort pour l’imposer. L’humain n’est plus individuel qu’individualiste et tronqué d’être d’emblée social, si ce n’est pour l’en manipuler. Comme en le néolibéral et trudeauiste rapatriement unilatéral de la Constitution canadienne de 1982 qui est si axée sur l’individuel jusqu’à l’individualisme qu’il renvoie le social en clause dérogatoire pour l’y rendre manipulable, le tout sans et contre le Québec, surtout que principalement français (donc d’autant à marginaliser avant et afin de parvenir à son assimilation plus directe au profit de sa si pervasive anglicisation déjà partout ailleurs prévalante et en attente de laminer ce dernier bastion lui résistant), ce pourquoi d’autant vibrer au contact du libertarisme étatsunien trumpien qu’opérant subrepticement et dysfonctionnellement ce qui s’y fait de façon affichée5. L’Europe n’est pas en reste: en Belgique un parti politique s’est transformé de Chez nous, dans la suite de son Front national, en TRUMP-acronyme de Tous Réunis pour l’Union des Mouvements Populistes. Il s’affiche tel plutôt que s’opère subrepticement. L’Europe y résiste, mais il jaillit de son sein, comme en France par un arc républicain face au Rassemblement National. La même Europe, aussi en Belgique, sanctionne un Suisse, Jacques Baud, pour ses analyses jugées déstabilisantes, voire présumées propagandistes, mais se voulant nuancées sur la Russie. Le fardeau de la preuve s’inverse et avec lui la démocratie: l’individu doit prouver qu’il ne se prête pas à ce dont on l’accuse. Les récits géopolitiques se heurtent et se filtrent entre eux plus qu’ils ne se rendent aptes à se repérer et s’ajuster à leur réalité géophysique.

Telle est la problématique question révélant contextuellement son sens: comment faire qu’il soit possible de se mesurer à l’écart de puissance s’instaurant non seulement entre les grandes puissances (comme autrefois entre les États-Unis et l’URSS et aujourd’hui entre États-Unis, Russie et Chine, jusqu’au sein du CPS de l’ONU), mais surtout avec de moindres puissances? Comment faire qu’il ne vire en métonymies foncièrement axiomachiques, dont les États-Unis se disant non des, mais les Américains, là où Douguine propose et leur oppose en Russie une plus explicite noomachie, tandis que la Chine adopte une loi dite promouvoir l’unité et la progression ethnique axée sur l’assimilation de ses minorités. D’où un prototype marqué exemplifiant qu’une tension internationale, à savoir entre les nations, au sein de la Chine, s’y fait laminer au profit d’une seule nation, Han, à rendre si identique à l’État la promouvant en même temps que s’en ethnoracisant à outrance, tout en magnifiant l’immense confusion jusqu’au sein de l’ONU, surtout son CPS, de l’international n’y étant pourtant plus qu’une mutuellement exclusive interétatisation entre grandes puissances s’y confrontant interimpérialistement et minant l’ONU, à la fois de l’intérieur et de l’extérieur, par idéologie PYHC, Patriarcal Yellow Han Confucean, bien distincte de l’idéologie PWASP, Patriarcal White AngloSaxon Protestant, a fortiori néosioniste.

Les trois (États-Unis, Russie et Chine) sont fort idéologisant et censés conforter leurs hégémonies en s’instaurant en porte-à-faux d’où infléchir tout discours par lequel ne plus pouvoir cerner de quoi il est vraiment question, hormis ce qui en est filtré et seul retenu avec conjoint arrière-fond de tout ce qui en est refoulé, a fortiori si avec lequel l’intervertir par conjointe et sous-jacente fantaisie, comme si l’apparence en surnageant (au gré de ce qui y disparaît et qui ne peut plus et en est empêché d’être) se résumait à cela seul qui en est dit être (à force de tout y présenter à l’envers jusqu’en l’endroit de la réalité et ce, en son lieu et place, sous sa façade et à son encontre pour ne plus rien accepter que ce qui s’y plie et s’en réifie). Toute raison, si elle ne s’assainit en toute idéation jusqu’en sa logique, est d’autant à risque de se figer idéologiquement, mais surtout de se rendre cynique en se faisant paraître à elle-même si naturelle à l’aune d’une telle sous-jacente fantaisie dont ne plus tant s’éveiller que s’y enliser en son cercle spéculaire abusif s’en accélérant, mais en creusant toujours plus un tel désabusement que le monde n’en paraît plus que désenchanté.

Il s’agit pourtant de rendre la paix et la sécurité possibles en vue du développement humain, à la fois humanitaire et axé sur le développement durable et sur les droits humains, à savoir jamais individuels que d’emblée sociaux, mais, en sa version étatsunienne (avec miroir autant russe que chinois selon une divergence systémique d’ensemble déchirant autant le CPS de l’ONU que la planète entière). Tout y est biaisé pour y occulter et réduire le social au seul individuel, tout comme la liberté au seul libéralisme et a fortiori libertarisme économique qui, de ciel couvert (subreptice) à ciel ouvert, opère au double standard des deux poids et deux mesures (libre marché tous azimuts si je domine, protectionnisme à tout crin, soi-disant défensif et au contraire fort agressif, s’il en va autrement). Le cercle étatsunien s’exemplifie en les frères Dulles, a fortiori chez Donald Trump, comme si tout un chacun n’était qu’individuel jusqu’à l’hyperindividualisme, alors que pourtant produit socialement. Cette société s’occulte plutôt que s’affiche telle (car ce serait trop communiste), là où d’autres sociétés (dont Chine et Russie) ne collectivisent plus tant les individus, selon de tels aléas momentanés fantaisistes (soient-ils cruels) si conjoncturels et circonstanciels jusqu’en toute structure dont s’accaparer6, que d’emblée structuralement, donc en en faisant l’inverse au point d’en surgir d’emblée en miroir. Jusqu’à la liberté s’en dichotomise en deux sens inverses. D’une part, d’autant négative en toute action (dès lors si libertarienne qu’unilatéralement transactionnelle) qu’allergique à toute contrainte au point d’être en dénégation du fait même d’être située et que tout ce qui lui est autre comporte, à la fois, non seulement ce qui peut la favoriser et alors seul retenu, mais aussi ce qui peut la contraindre et est dès lors refoulé (ce qui implique d’aliéner et schizophréner toute altérité). D’autre part, d’autant positive que dans les marges du cadre (et seulement du cadre) mis en place au point de délimiter avec les situations jusqu’aux actions susceptibles d’y être mises en jeu. Le tout selon une divergence systémique d’ensemble, tant les deux tendances évacuent l’humain en le déchirant en deux tendances inverses rendues mutuellement exclusives pour qu’il ne soit pas, à la fois individuel et d’emblée aussi social.

Or, l’ONU ne peut viser le développement humain (humanitaire, développement durable et droits humains), à promouvoir par l’éventuel CI dont l’Assemblée générale peut se doter, que pour autant qu’il y a humain et que jusqu’aux écarts de puissance affectant tant paix et sécurité en créent des conditions davantage plus que moins propices, selon son CPS (et, de là, Conseil de Sécurité plus large), si s’en mettant à valider plutôt qu’invalider l’ONU autant de l’intérieur que de l’extérieur. Instaurer une telle dynamique d’ensemble constituerait plus qu’une simple réforme gestionnaire de l’ONU, car la doterait d’un vecteur aperceptif et adaptatif. Si l’on part d’une conception de l’humain comme individu d’emblée social et du fait que toute société humaine instaure sa dynamique entre les individus la composant et s’intériorise en se cultivant en tout un chacun d’eux, l’enjeu est, via la culture en cause, l’humanité de l’humain, dont celle de l’Américain, si un tant soit peu distinguished de l’Étatsunien. Comme pour l’idée de l’Américain qui s’assimilerait à l’Étatsunien et comme pour la culture à travers le monde qui serait censée tomber sous leur coupe, les États-Unis ne semblent vouloir de l’ONU que ce qu’ils peuvent en contrôler: « Selon un acteur de l’intérieur, le sociologue suisse Jean Ziegler, vice-président du Comité consultatif du Conseil des droits de l’homme, les États-Unis contrôlent tous les recrutements aux hauts postes aux Nations unies par le biais de la CIA. Cela aboutit à une « colonisation complète de la bureaucratie onusienne par les États-Unis » »7. Donc, la gestion sert à noyauter toute mission de l’ONU, autant les paix-sécurité (grevant plus de 75% du budget) que le développement humain (humanitaire, durable et des droits humains) qui, s’il s’en distingue un tant soit peu, est pourtant à reconnaître passer par la culture, dont le cœur est l’identité. Jusqu’à la réforme de l’ONU serait d’emblée plombée en la faisant accroire purement gestionnaire, au point d’occulter laminer la culture autant pour la marchandiser qu’en le toujours plus vecteur géopolitique d’une guerre culturelle tous azimuts, ce qui s’exacerbe en particulier par l’IA que les États-Unis et la Chine se disputent pour déterminer lequel va asseoir son hégémonie technologique orientant tout le reste, mais non sans se buter au moins parfois sur l’UNESCO promouvant tout au contraire de préserver la diversité culturelle. Bref, la réforme dite gestionnaire l’est en regard de la conjointe exigence automate high tech lui correspondant au point de tendre à laminer ensemble toute culture (selon quel éventuel moule hégémonique ?), mais non sans quelque résurgence de la diversité culturelle. La crédibilité de l’ONU est mise en jeu, mais ne l’est pas moins celle des États-Unis, s’ils créent incessamment ses crises politique et économique pour tant la manipuler que n’en accepter que ce qu’ils en plient à leur seule volonté, donc s’ils annihilent ce que signifie son nom, à savoir ONU, comme ils peuvent s’adonner à la « cancel culture » et à leur impérialisme sur les Amériques, dont Cuba, et sur qui est Américain, dont le Cubain à qui l’imposer plutôt que le lui reconnaître, comme prototype exemplaire de l’enjeu dont prendre conscience et d’où constituer une représentation par laquelle se rendre apte à s’y mesurer. Représentation en appel d’incarnation, donc de se figurer par tel(le) représentant(e) ou encore, par-delà le mot et son masculin doublé de sa féminisation, par tel représentant d’emblée féminin/masculin, en sa réalité.


1 https://theconversation.com/rage-bait-le-mot-de-lannee-met-en-evidence-une-mutation-des-medias-sociaux-vers-la-fabrication-de-la-colere. Maintes dites IA conversationnelles facilitent le passage à l’acte, l’assistent et l’encouragent. Le profit prime sur la sécurité.

2 Jusqu’à tout éveil est tellement tronqué dès la gauche qu’il l’est a fortiori à droite, s’en rendant tout aussi woke, mais en miroir. Pour un bref compte rendu du livre de Thibault Muzergues, La droite woke. La gauche n’a pas le monopole du wokisme, voir Richard Martineau, https://www.journaldemontreal.com/2026/03/12/la-droite-est-rendue-woke. L’éveil est d’autant tronqué par wokisme le présumant valoir en soi que s’occultant s’effectuer de sa fantaisie (avant de s’y enliser) à sa raison, tant jusqu’à l’ego s’y ramène d’idiosyncrasique en intellectif (seul à s’apercevoir valoir d’autant pour soi que d’emblée aussi pour autrui), faute de s’apercevoir du sens de soi incluant sa part acquise avec autrui.

3 J.F. Caron, lors de son interview par S. Bureau, Contact #132 La démocratie: modèle dépassé ?, ramène cette double quête de paix et de sécurité à trois besoins fondamentaux: biens matériels accessibles et susceptibles de s’inscrire en une ascension sociale à travers les générations, sécurité et liberté au moins personnelle, si ne pouvant être aussi politique, ce qui s’inspire de Maslow, mais surtout constitue l’assise permettant aux sociétés autoritaires d’être stables… et resurgissant jusqu’en ledit Occident et faisant s’y déliter les marqueurs démocratiques (à savoir ce qui se passe entre deux élections, tolérance autorisant les débats entre idées contradictoires et légitimité exigeant de ne pas exclure d’emblée une partie), tant le capitalisme autoritaire se radicalise de 1991 à Trump. Caron signale que l’URSS s’est aussi transformée après Staline sous Kroutchev et Brejnev, en passant de totalitaire (mobilisant, voire embrigadant la population) à autoritaire (achetant la passivité de sa population, en l’occurrence par des bénéfices à la classe ouvrière), mais échouant sous Gorbatchev, du fait de la baisse du prix du pétrole l’empêchant d’autant de financer ses réformes que se butant sur une résistance (à perdre ces bénéfices). On aperçoit le germe de la croyance à l’unipolarité étatsunienne mondialisée faite MAGA n’acceptant aucunement de se faire relativiser au XXIe siècle et, via la désintégration de l’URSS, de la conjointe tension entre Russie et Ukraine jusqu’à leur guerre, dont l’invasion russe affectant principalement la portion russe de l’Ukraine. La Chine émerge.

4 R. Dôle, Le cauchemar américain, VLB éditeur, 1996. Depuis les Pères pèlerins, s’intègrent l’individualisme, les élus, la cruauté et la confession publique (dissolvant l’individualisme, pourtant présumé, du privé dans le public fait spectacle). Ils sous-tendent les Pères fondateurs et la Constitution depuis la Révolution étatsunienne, voire y font virer le capitalisme (se diffusant au XIXe siècle) en technolibertarisme (au XXIe). Ce peuple élu s’y poursuit en tendance d’évangéliques à 80% sionistes (de fait néosionistes, tant le retour de la diaspora en Israël se fait retour d’Israël d’avant la diaspora, donc appelé à s’avaler la Palestine, voire une part importante du Moyen-Orient) et trumpiens. Elle dote ce technolibertarisme d’une fantaisie cruelle selon une raison cynique fomentant les crises. Ce que Todd appelle le degré zéro de la religion réside plutôt en cette tendance du christianisme protestant évangélique (avec frange catholique fondamentaliste) à se dénier pour n’être plus que néosioniste au point de laminer jusqu’à Jésus de chrétien en judéen et, contrairement à lui, de ne plus distinguer, mais confondre Dieu avec César, à savoir avec l’État d’Israël conditionnant jusqu’à toute foi, a fortiori théologie. Cette tendance s’inscrit en une tendance mondiale accrue à changer de religion, elle-même non plus tant sise sur la foi que sur le seul héritage culturel, avec une part croissante à ne plus en adopter une nouvelle, surtout en Europe de l’Ouest et au sein des Amériques, selon une enquête Pew Research Centre en 2025. Dans ce contexte, ce christianisme étatsunien néosioniste n’est antichrétien en se faisant accroire et se donnant façade chrétienne qu’en étant d’abord et surtout antérieur au Christ jusqu’en le Christ. D’où l’Antéchrist (en ce double sens du mot), mais refusant de s’apercevoir tel pour plutôt se projeter en quelque tiers à en bouc-émissariser. Cette perte de ses garde-fous et de ses repères moraux livre sa famille nucléaire instable à son seul hyperindividualisme au ressort de la nation et jusque de l’État au point de tant faire se désagréger tout sens d’autrui et de confiance mutuelle (donc tout ciment social) qu’à se dénier jusqu’en sa part de soi ne s’acquérant qu’avec lui pour ne plus que le dichotomiser entre ce qui ne peut que s’en assimiler si semblable et que se refouler si différent. Toute raison s’enlise en sa sous-jacente fantaisie, selon un ego idiosyncrasique si peu empathique que plus aisément cruel, et s’enraie en toute capacité de quelque ego intellectif (s’apercevant que l’ego est langagièrement disponible à tout un chacun et vaut donc autant pour soi que pour autrui), de sorte que se développe une haine de sa propre élite plus éduquée (qui l’a d’ailleurs abandonnée en même temps que la classe ouvrière, chez les Démocrates), au sein des États-Unis, et de là, a fortiori en Europe où l’éducation est plus marquée, sans parler de la France où se trouve le siège de l’UNESCO. Ainsi germe la « cancel culture », la tendance à s’encager en soi-même, assimilé à son seul ego idiosyncrasique de part en part fantaisiste comme d’où plier et réifier le monde, d’abord les Amériques, d’où des Américains que sont les Étatsuniens se donnent pour les Américains. Et ce, là où il est pourtant possible de s’ouvrir au monde, d’essayer de le comprendre et de s’y inscrire à partir de l’expérience de ce qui s’en vit, selon Charles Salvaudon, Géopolitique, cette force qui nous habite, Paris, L’Harmattan, 2026.

5 Même si le Québec en souffre particulièrement, c’est de fait tout le Canada qui en est atteint, en particulier chez les jeunes de moins de 30 ans: « Bien que le Canada se classe relativement bien en termes de PIB (16ème) et de perception de la corruption (15ème), le pays obtient des résultats médiocres concernant le soutien social (35ème) et la liberté de faire des choix de vie (68ème). » https://www.msn.com/fr-ca/actualites/other/pourquoi-le-canada-dégringole-dans-le-classement-mondial-du-bonheur, par Yohann Thiou. Par ailleurs, le développement d’habiletés sociales dès l’enfance éclaire-t-il en partie pourquoi la mortalité est moindre chez les 15-40 ans au Québec qu’au Canada depuis 15 ans ?

6 Une sociologie du type de celle de Giddens pourrait constituer leur interface: les acteurs individuels s’intègrent en leurs actions les propriétés structurales, au lieu de les laisser s’autonomiser et tout à l’inverse, s’y trouver intégrés. L’intersectionnalisme l’illustre. Par ailleurs, ce qui se tisse et se constitue socialement en commun est biffé et si dichotomisé que fait divergence entre l’atomisation individualiste éparse (ne s’en collectivisant qu’en s’agrégeant viralement et aléatoirement pour ne le reconstituer que d’une telle façon abstraite) et la tendance à le forcer et planifier pour le dire communiste, mais surtout l’en confondre avec ce qui en est forcé pour l’en rejeter, comme le bébé avec l’eau du bain.

7 https://theconversation.com/les-etats-unis-et-lonu-des-relations-tumultueuses-69754.

 


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