Le Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a lancé le 11 mars 2025 une réforme de l’ONU pour les prochaines 80 années. L’initiative ONU80 a créé un groupe de travail. Réduire les coûts, réviser les mandats et refondre les structures par la fusion d’agences en quatre départements principaux (paix et sécurité, affaires humanitaires, développement durable et droits humains-encore dits droits de l’homme-) sont à l’ordre du jour. Des États ne versent pas complètement et à temps leurs contributions (dont les États-Unis avec 4 milliards en suspens, soit 90% des arriérés du budget ordinaire de l’ONU) ou réduisent leur support (dont les États-Unis réduisant leur engagement pour l’aide humanitaire de 11 à 2,7 milliards, mais restant le principal donateur), ce qui accentue d’autant l’exigence de gains d’efficacité et d’optimisation des ressources. Les États-Unis, à eux seuls, forcent une telle réforme, en plus de tendre à conditionner les fins auxquelles allouer les moyens financiers rendus disponibles. La crise des liquidités, les déficits croissants font leur œuvre. Le budget de l’année 2026 adopté par l’Assemblée générale est en baisse de plus de 7%. La gestion conditionne paix-sécurité et développement humain. Des plaies lancinantes perdurent, dont l’Afrique spoliée par des injustices structurelles politiques amplifiées par l’architecture financière mondiale actuelle (prêts bancaires, etc.) et son absence de siège au Conseil de Sécurité (Guterres y privilégie le Nigeria). Le partenariat ONU-UA (Union Africaine) reste une priorité.
Le problème est-il suffisamment bien identifié ? Suffit-il d’appeler incessamment à une réforme du Conseil de Sécurité, si sans l’étendre au Conseil Permanent de Sécurité (CPS) en son cœur qui contribue si régulièrement à invalider les actions de l’ONU, autant de l’intérieur, par simple veto de l’un ou l’autre des cinq États le constituant, que de l’extérieur par des impérialismes (étatsunien, chinois et russe) devenus débridés à l’échelle planétaire ? Comment ne serait-ce que se mesurer au tabou empêchant même d’en parler? Sans mieux cerner et identifier le principal problème de ce qui invalide et empêche l’ONU d’être mieux fonctionnelle, quelle peut être la véritable portée de la réforme envisagée ?
Le présent livre cherche à concrétiser une voie déjà signalée par une historienne et spécialiste des Nations Unies: « nous n’avons pas encore vu des pays franchir cette étape et s’engager réellement à réformer l’ONU. Il existe une campagne, en cours, autour de l’article 109 de la charte de l’ONU, qui prévoit la tenue, tous les dix ans, d’une conférence de révision de la charte. Or cela n’a jamais eu lieu depuis 1945. » « J’aimerais voir davantage de pouvoir confié à l’Assemblée générale plutôt qu’au Conseil de sécurité. »1 Puis-je ajouter confié à l’Assemblée générale en priorité plutôt qu’à son CPS, si pour pouvoir s’étendre vraiment au Conseil de sécurité plus large. Depuis l’Assemblée générale, l’ONU a le mieux manifesté son dynamisme politique, car constituant le meilleur baromètre de la communauté internationale sur n’importe quelle question… si ne se faisant pas plomber par son CPS. Le Sud global y est plus nombreux et en tension avec ledit Occident, non seulement avec les préoccupations européennes face à l’Ukraine sur lesquelles il n’a pas voulu se prononcer, mais au premier chef avec les États-Unis où sa Charte a pourtant été signée en 1945. Le logo du Conseil de la paix à Gaza de Donald Trump fait figurer les États-Unis au cœur de l’Amérique du Nord alors placée au centre du monde et y ramène tout à l’hyperindividualisme étatsunien s’exacerbant en son propre ego. Le logo onusien, déjà centré sur le pôle Nord et en projection azimutale équidistante, s’y déforme et réifie, voire inspire les platistes. Comment l’humain, individu d’emblée social, peut-il instaurer un dialogue entre sa part sociale, si manifeste par son assemblée onusienne, et sa part individuelle qui, si elle ne s’y ouvre, ramène tout à sa seule fantaisie ? Comment ce développement humain s’inscrit-il en la paix mondialement promue censée le favoriser, selon les principales missions de l’ONU ?
En vue de cerner ce qui me semble être ce principal problème en même temps qu’instaurer une approche pour l’aborder et le solutionner, je propose à l’Assemblée générale de l’ONU de créer un Conseil Indépendant (CI) de son CPS et d’en rendre ainsi sa géopolitique d’autant autonome qu’apte à se référer et s’ajuster à sa géophysique pouvant en être internationalement commune, puis de se mesurer à sa fantaisie pour bien cerner les critères menant à choisir ses représentants pour le constituer, selon des doubles actions (spécifiques et universelles) à cibler, et enfin, de lister des exemples d’autres telles doubles actions. S’y inscrit le cas de la géopolitique constitutionnelle canadienne et québécoise.
1 Interview de France 24 auprès d’Alanna O’Malley suite à l’article de Paul Millar, https://www.france24.com/fr/amériques, Le Conseil de la paix, « reflet de l’ego de Trump », vise-t-il à remplacer l’ONU? 19/02/2026.

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