Une action autoréflexive majeure peut porter sur la question de savoir s’il est encore vraiment question d’États-nations au XXIe siècle et par là, de ce que peut être l’ONU. Une distinction cruciale est à promouvoir au sein de l’ONU entre les Nations en constituant la véritable internationalité et les États tendant à la réduire et la capter en l’interétatisant au point de tendre à s’en hiérarchiser par et depuis les impérialismes s’instaurant. Faute de cette distinction, qui prête suffisamment attention au fait pourtant basique que des États comportent maintes nations et que des nations sont prises en des interfaces entre maints États ? Et que cela empire et se radicalise lorsque des tensions interimpérialistes font s’hiérarchiser les États et pèsent jusqu’à a fortiori se poursuivre en les nations s’en faisant d’autant tailler et assimiler à la pièce, ce qui mine la base la plus générale d’où peut se constituer l’ONU? Il faut proclamer que l’internationalité est irréductible à l’interétatisation et qu’il faut cesser de se faire accroire qu’elle s’y réduit et assimile, comme s’il n’y avait partout qu’une seule nation avec un seul État, selon une fallacieuse préconception de l’État-nation censée rigidifier et réifier oute conception de quelque démocratie.
De plus, il est toujours plus évident que le lien entre État et nation, a fortiori entre république et démocratie1, en tout dit État-nation, est toujours plus élastique au XXIe siècle, certes sous la pression interimpérialiste en cours, mais aussi du fait de la pression démographique panplanétaire urbainement concentrée (dorénavant plus de la moitié de l’humanité) et de ses effets technologiquement démultipliés sur les écosystèmes (surtout si confondus avec de dites ressources à se disputer au ressort de dites chaînes d’approvisionnement, elles-mêmes exacerbées en autant d’exigences de sécurité nationale étant de fait plutôt de sécurité étatique, bref en biaisant toujours plus tout du long la représentation du problème). La liberté des Nations jusqu’en ladite liberté des États est à clamer haut et fort, pour créer une première brèche et en particulier, pour faire place aux Premiers Peuples faits Premières Nations qui sont pour ainsi dire tous sans États, même si y ayant été, bien malgré eux, mis sous emprise colonialiste dorénavant à toujours mieux remettre en question. Être une Organisation des Nations Unies préside et non s’assimile à quelque Organisation d’États Unis, a fortiori de sans à avec trait d’union. La difficulté est que toute population n’est faite peuple, par son peuplement territorialisant quelque part de la nature du fait de l’habiter et d’en coévoluer culturellement avec elle, qu’étant à son tour fait nation, apte à s’apercevoir telle, mais le plus souvent confrontée à sa reconnaissance qui, dès que juridique, s’instaure selon quelque État. De là à se faire accroire que nation et État se correspondent selon un seul et même État-nation trop souvent présumé donné malgré et à l’encontre de l’histoire ayant fait se chevaucher maintes couches populationnelles d’où s’être pourtant tous deux forgés et en avoir constitué ensemble un tel trait d’union, il n’y a qu’un pas. C’est une vue de l’esprit qui, en sa réalité, peut au contraire impliquer d’importants problèmes d’articulation. Après y avoir joint les deux points suivants, l’illustre le dossier de la géopolitique constitutionnelle canadienne et québécoise.
1 Serge Lusignan, Intellectuels et vie politique en France à la fin du Moyen-Âge, dans C. Bazan, E. Andujar, L. G. Sbrocchi, Les philosophies morales et politiques au Moyen-Âge, Actes du IXe Congrès international de Philosophie Médiévale, Ottawa, du 17 au 22 août 1992, pp. 267-281. Au début du XIVe siècle, des sujets pluriels sont désignés par le collectif « peuple » et l’entité abstraite de l’État se pense et s’évoque république. S’y aperçoivent les prémices de ce qui débordera la monarchie et s’intégrera en État-nation, a fortiori en République démocratique avant toute captation la transposant de mercantiliste en capitaliste libérale et surtout libertarienne qui n’est qu’accidentellement démocratique.
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