Le principe de l’égalité entre femme et homme : deux trames sociales
b) Lutte culturelle d’autant sociohistorique que s’intégrant plutôt que se laminant en ethnoraciale au ressort de la nation
D’une part, il est crucial de travailler encore mieux sa notion de nation. Elle n’est pas seulement une « entité immatérielle composée de la conscience qu’a un peuple de lui-même, d’une langue et de la culture que ses membres partagent, ainsi que de la volonté de la maintenir »1. Certes, cette conception enrichit et précise sous cet angle la nécessaire prise de conscience qu’un peuple peut avoir de lui-même, que signalait déjà Bodin à la Renaissance, mais la volonté de la maintenir (en sa langue et sa culture communément partagées) exigent de se rendre jusqu’à la reconnaissance par un statut juridique, comme l’avait aussi signalé Bodin, voire, par un statut constitutionnel, car au fondement législatif de toute loi susceptible d’être en cause. Ainsi complétée, cette conception de la nation, on s’en aperçoit, est irréductible à la race. Et si elle peut avoir quelque dimension ethnique, c’est par la culture, mais attention, culture en tant que sociogénérée et donc apte à s’inclure plutôt que se faire laminer en et par l’ethnie, a fortiori l’ethnoracial qui fusionne et instaure une confusion totale d’autant de la culture avec la nature, en l’occurrence présumée biologique, que cette culture s’occulte elle-même en sa manière d’y procéder pour n’y paraître que naturelle. C’est pour cela que le fédéralisme trudeauiste est si bancal et biaise tant idéologiquement que vicie tout rapport entre principe et action, entre discours et politique menée. Le trudeauisme refuse de penser la nation, sauf ce qui peut s’en centraliser au fédéral et s’en présumer évident au point de ne pas en parler, surtout si en termes dudit bilinguisme officiel (abstraction faite de l’extralinguistique susceptible d’en révéler autant les fort culturelles manières de parler que les rapports en miroir entre français et anglais alors en cause, donc le biculturalisme qu’il a évacué du Rapport Laurendeau-Dunton), et autrement en attaquant et parasitant le Québec, s’il est nationaliste. Or, des Trudeau à Carney, le nationalisme albertain visant une autonomie axée sur l’énergie passe mieux. L’énergie, de source pétrolifère issue de la décomposition de vivants dinosauriens, est si naturelle, comme la race ! Des Trudeau à Carney, comme le pétrole, l’idéologie s’extraie et de là, se raffine (mais où et par qui ? aux États-Unis et par les Étatsuniens ? en Asie, de fait en ladite zone Indo-Pacifique vers laquelle se déplace le centre de gravité économique mondial et, pour ce faire, en forçant le passage à travers et malgré la Colombie-Britannique, a fortiori ses Autochtones, pour s’y rendre, sinon en se donnant façade d’y adhérer face aux difficultés qui feront en sorte de l’empêcher comme si sans y avoir contribué ?).
D’ailleurs, son ministère de la culture et identité canadiennes (plus langues officielles censées s’y intégrer), avec Parcs nationaux (et tout ce que peut autrement devenir la Nature, lors de son transfert à un ministère de l’environnement conçu pour privilégier une telle économie au détriment de l’écologie) et lieutenant du Québec vient de s’y buter et d’inciter Steven Guilbeault d’en démissionner (pour pouvoir continuer de se regarder dans un miroir et y apercevoir un double de lui-même lui ressemblant encore un tant soit peu). Ce n’est pas sans voir éclater son agglutinant refoulement en trois pièces distinctes relevant de trois ministères différents avec leurs logiques respectives en entonnoir toujours plus étroit. Notons en particulier le retour de Marc Miller qui a beau jeu de s’en tenir à sa seule nomination au ministère de l’identité et la culture canadiennes et de se déclarer tanné de parler du déclin du français au Québec qu’il a fini par reconnaître du bout des lèvres après l’avoir dénié. Il s’évite que ne resurgisse le fait qu’il a contribué à le faire se détériorer sous Justin Trudeau, par incurie totale, en particulier via une immigration déconnectée de la capacité d’accueil (logement, garderies, écoles, francisation, etc.) et donc, par là, des manières de vivre et de penser relevant de la culture qui est inhérente à la société civile et dont le français, langue commune et officielle du Québec, est partie prenante. Mark Carney, après l’avoir écarté, l’a choisi après la démission de Steven Guilbeault. Il perpétue l’idéologie trudeauiste, voire la radicalise en un tel sens de fabrique identitaire d’État, depuis le fédéral, avec conjointe ingénierie sociale dont ne surtout pas parler et tout au contraire à taire le plus possible et ce, pour mieux continuer à manipuler les manières de vivre et de penser qui sont culturellement inhérentes à la société civile et censées s’inclure le français. Faute de distinguer en la culture l’artistique subventionné par le fédéral et tout ce devenir social sous-jacent détérioré en ses manières de vivre et de penser, risque de s’occulter que cet artistique émerge de tout ce socioculturel sous-jacent et le met diversement en scène selon ce qu’il n’en représente qu’en s’y imposant à rebours et l’en manipulant idéologiquement via le levier subventionnaire axé sur la fabrique identitaire d’État, à savoir issue du fédéral, pour y parvenir.
S’y conjugue le problème des voraces plateformes numériques: Simon Jolin-Barrette, le ministre de la Justice du Québec, a semblé cibler l’un des enjeux en cherchant à mieux protéger les Québécois et en voulant obliger les plateformes numériques de mettre en évidence un bouton permettant de se désabonner et de ne plus les arnaquer en les hameçonnant par quelque façade initiale d’économies pour d’autant mieux leur imposer des coûts faramineux d’abonnement par la suite qu’instaurant un labyrinthe à travers lequel il devient difficile de s’en sortir. La notion de convergence culturelle préconisée par Guillaume Rousseau semble être mise en jeu. Ne faut-il pas autant la défendre que le projet de Constitution du Québec, surtout si le Conseil constitutionnel y est rendu quasi sénatorial comme proposé par le présent Dossier? Les deux semblent devoir être considérés ensemble pour progresser ensemble, au lieu de laisser l’une se faire miner et d’y entraîner l’autre. C’est constitutif (pour être constitutionnel) du troisième des trois axes de travail proposé pour le Conseil constitutionnel québécois.
L’idéologie trudeauiste axée sur l’ingénierie sociale, surtout si se conjuguant avec les voraces plateformes numériques, ne s’adresse à la culture qu’en l’occultant être sociogénérative, si elle n’est a contrario d’autant plus déstructurée et laminée que ne lui permettant plus de paraître que toujours plus multiculturellement multiethnoracialiste s’enreligiosant telle par fabrique identitaire d’État à imposer depuis le Fédéral. Il ne s’agit déjà plus d’un Ministry of Canadian Culture and Identity, mais of Canadian Identity and Culture. Or, si l’emprise de la stratégie économique énergétique pétrolifère sur la question environnementale a fini par rattraper Steven Guilbeault et le confronter avec l’exigence de pouvoir se regarder en son miroir et s’y reconnaître en son double, surtout si jusqu’en son rôle de lieutenant du Québec et en l’enjeu de la culture et la langue retombant en son idéologique ingénierie sociale trudeauiste en voie d’être carneyiste, ce n’est pas sans rappeler Le Canadien français et son double de Jean Bouthillette de 19722. Un grand symbole s’est cristallisé autour de Maurice Richard, tant « le Canadien de Montréal, propriété d’anglophones, a constamment voulu faire oublier aux partisans que cette équipe de sport et les joueurs francophones qui la composent symbolisaient une manifestation de la nation québécoise. Il a proposé un autre récit en échange: le Québec est semblable au reste du Canada. Bien que québécois, le Canadien de Montréal symbolise donc plutôt la nation canadienne »3, comme si la nation québécoise n’existait pas. Le tout est censé se répéter en maints autres champs culturels et identitaires pour entraver toute émancipation. L’anglicisante canadianization, décalquée en canadianisation et traductible en canadiennisation, relève d’un nationalisme économique qui voudrait bien s’éviter et même s’occulter être un nationalisme politique (d’où ledit Canada postnational trudeauiste fils) pour que le nationalisme canadien s’opère et se fasse valoir de façon toujours plus évidente jusqu’au cœur du nationalisme québécois. Un Ministry of Canadian Identity and Culture, surtout si sans faire resurgir les French Canada et English Canada exigeant plutôt un Canadian Ministry of Identity and Culture, à savoir un ministère canadien (français et anglais) des Identité et Culture, indique bien qu’il s’agit de ne laisser aucune porte ouverte à un correspondant ministère québécois de l’Identité et la Culture. Canadianiser plus que canadienniser ne peut être que jusque du Québec et ne saurait permettre de québéciser, si cherchant un tant soit peu à s’autonomiser, a fortiori s’en faire souverainiste, surtout face à un tel fédéralisme assimilationniste anglicisant. On y aperçoit non seulement le continuum protéiforme des formations politiques s’y distribuant, mais les rapports politiques de force les faisant s’en interfacer au fur et à mesure que s’en constituant.
L’hypercentralisation fédérale trudeauiste, surtout en se faisant carneyiste, se doit d’être d’abord identitaire, car l’identité est au cœur de toute culture et a fortiori de toute langue l’exprimant. Surgit ainsi plus explicitement la fabrique identitaire d’État si éminemment central, de fait centralisateur et fort unitaire par uniformisante homogénéisation (pourtant censée ne valoir que pour le Canada anglais selon la Constitution de 1867). L’individualiste « common law », ne faisant se collectiviser que tel à l’image de la Constitution de 1982 unilatéralement rapatriée avec l’appui du ROC sans et contre le Québec au ressort de l’ethnoracialisme enreligiosant se réclamant de Dieu, est son vecteur pour faire prévaloir, avec la suprématie d’un tel Dieu, la primauté d’un tel droit (biaisé en sa teneur de 1867 par celle de 1982), surtout face à toute cette tendance sociale (droit civiliste inclus) tendant à se laïciser qu’est le Québec. Au lieu que le fédéral persévère à creuser le hiatus constitutionnel, il serait temps qu’il l’aménage, voire s’engage à réparer tout ce qu’il a entre-temps détérioré.
D’autre part, comprenons bien que cet ethnoracialisme, exacerbé par le trudeauisme et s’étant imposé depuis le Canada anglicisant aux Canadiens français devenus Québécois jusqu’à modeler de façon colonialiste leur relation aux Autochtones, n’est aucunement une simple figure de style. Il s’agit bel et bien d’un enjeu existentiel faisant d’autant se mesurer jusqu’à l’inexistence qu’il s’inscrit dans la suite directe de la Conquête, de ses inaugurales formes les plus violentes et les plus brutales jusqu’à ce qui s’en est euphémisé et plus indirectement exercé depuis lors, au fur et à mesure que le droit du plus fort s’est doté d’une façade de force du droit (s’imposant de l’anglicisante « common law » pancanadienne au droit civiliste québécois): « Côté anglais, le général Wolfe ordonne en 1759 la mise à mort par scalp des Autochtones et des Canadiens qui auront été faits prisonniers. Les soldats français capturés, eux, doivent avoir la vie sauve. Dans ce conflit, Canadiens et Autochtones se battent vaillamment côte à côte pour protéger le territoire de l’envahisseur britannique »4. On peut ajouter ce point majeur: Vaudreuil a été le tout premier et dernier gouverneur canadien (Français né au Canada laurentien) de la Nouvelle-France et avait une nette tendance à opter pour les stratégies de guérilla des Canadiens (identiquement Français) et des Autochtones, là où Montcalm, à la tête de l’armée française, a tout au contraire prévalu et est allé perdre la bataille qu’il a voulue rangée à la façon européenne sur les plaines d’Abraham contre Wolfe. Bref, les Britanniques, Wolfe en tête, avaient bien compris que la victoire leur serait plus aisément acquise en éliminant les Autochtones et les Canadiens (si identitairement qu’identiquement Français à cette époque, je le rappelle) pour ne se battre que contre les seuls Français de France, surtout si ceux-ci s’entétaient à faire prévaloir leur seule façon eurofrançaise de s’y adonner comme Montcalm. C’est ce genre d’approche qui devrait être au cœur du Musée que François Legault veut créer. Et qui devrait figurer à la première place dans les livres d’histoire, car révélant les enjeux culturels fonciers, jusqu’en leurs métissages culturels, dont ceux avec les Autochtones comme chez ces Canadiens alors Français, dont on s’aperçoit bien qu’ils sont partie prenante du Canada laurentien, au cœur de la Nouvelle-France, et qu’ils sont totalement irréductibles aux Canadians (anglais) cherchant à faire en sorte que les Canadiens (autrement trop Français) n’en soient que les décalques, selon une inversion totale de leur origine même en ce qu’elle fût, est et sera, si parvenant un tant soit peu à s’actualiser en leur « Je me souviens ».
C’est simple, mais terriblement efficace il suffit d’occulter toute biasymétrie possible pour ne plus instaurer qu’une pseudo-symétrie d’autant apparemment réversibiliste que foncièrement fallacieuse par un soi-disant bilinguisme officiel (occultant totalement sa manière ne pouvant être que culturelle de parler au ressort de toute identité possible, si ce n’est en s’imposant par un ministère de l’Identité et la Culture canadiennes comme processus de fabrique identitaire d’État fédéralement imposed aux Provinces, d’abord et avant tout au Québec) au gré d’apparentes majorités (insinuées majoritaires ?), non française/anglaise, mais dite francophone au Québec et anglophone dans le ROC avec inverses minorités (insinuées minoritaires ?) correspondantes, selon la confusion la plus totale du statut (exigeant de reconnaître au contraire le Québec français minoritaire en un tel Canada) à oblitérer en et au profit de la seule densité numérique sociodémographique, elle-même laminée du nombre relatif en nombre absolu localement isolé et pesant telle jusqu’en les institutions. S’y biaisent totalement les trois premiers facteurs de la vitalité sociolinguistique au gré du hiatus constitutionnel implanté à la sauce de 1982, ce qui impacte tout devenir social possible depuis un vecteur si individuel qu’individualiste s’y poursuivant en ingénierie sociale, donc au gré des deux autres facteurs encore plus biaisés pour mieux biaiser (et ethnoraciser) ces trois premiers.
Rappelons un petit survol historique qui risque de s’en faire au contraire anhistoriciser en même temps et au fur et à mesure qu’asocialiser: après leur emprunt autochtone, les Canadiens étaient les Français d’Amérique, d’abord et avant tout du Nord, à travers laquelle ils irradiaient. Le Canada laurentien était le cœur de la Nouvelle-France et sa capitale était Québec, ce qui a définitivement été évacué lorsque la reine Victoria a choisi Ottawa comme capitale du Canada sur le point d’être, non plus laurentien, mais de l’AANB, de sorte que la ville de Québec ne pouvait plus y être la capitale que de la seule Province de Québec. Faut-il rappeler pourquoi la fête de la reine (Victoria) est devenue celle de Dollard-des-Ormeaux (surtout depuis Lionel Groulx et Henri Bourassa) et enfin, celle des Patriotes (seulement depuis le début du XXIe siècle, mais en rappelant ainsi le moment décisif qu’a été la Rébellion des Patriotes dont a jailli toute la tension elginienne de sous laquelle s’est poursuivie la tendance durhamienne dont tirer ses diverses figures, de conservatrice, sous Macdonald, à libérale, de Laurier aux Trudeau et Carney)? Cette Constitution de 1867 précise que le français ne se parle qu’aux Parlements d’Ottawa et de Québec. Les écoles y virent confessionnelles (d’abord et avant tout pour protéger la soi-disant minorité, uniquement démographique et tout au contraire et par le fait même, encore fort statutairement majoritaire anglaise au Québec), ce qui a perduré jusqu’à cet autre moment décisif en 1998-2000 les déconfessionnalisant pour les rendre linguistiques, non pas d’abord tant sous le bilinguisme officiel canadien trudeauiste de facto anglicisant que sous le français langue commune et officielle du Québec faisant s’articuler à sa propre façon les deux langues française et anglaise scolairement en cause (ce pourquoi le mémoire de Marc Ryan est si important). Le français est une langue constitutionnelle dès 1867, mais ne devient une langue officielle que sous Trudeau père qui l’adjoint à l’anglais partout statutairement majoritaire et, même si ne l’étant pas toujours sociodémographiquement au Canada, le met au ressort de son bilinguisme officiel jusqu’à s’imposer tel au Québec. Trudeau père d’autant reconstitutionnalise le tout à rebours et l’explicite pleinement tel, par son rapatriement unilatéral de la Constitution en 1982 selon des droits et libertés si individuels qu’individualistes et au mieux collectivisables tels, qu’avec tout ce qui ne peut plus en être bien autrement collectif si aperçu d’emblée social, mais renvoyé en clause annexe et dérogatoire. La « common law » ne peut donc qu’y prévaloir sur le droit civiliste alors si caractéristique qu’à confiner dans le seul Québec, voire tant la lui y imposer qu’y biffer le plus possible ce qui peut ainsi contribuer à en faire une société bien trop distincte et surtout apte à rappeler la sous-jacente Constitution de l’AANB de 1867, que celle de 1982 est censée siphonner et se résorber, encore et toujours sans et contre le Québec.
Or, une Constitution du Québec ne semble pouvoir émerger qu’en se donnant pour tâche, non seulement réactive et rétroactive à la Constitution de 1982, mais proactive, au point de le lui rappeler et donc de faire resurgir tout ce refoulé perdurant de sous le trudeauisme au moins par la Constitution de 1867, tout en faisant par surcroît prévaloir au moins au Québec avec son droit civiliste, d’abord, aussi et surtout sa société civile (selon les trois axes du mandat susceptible de doter son Conseil de la Constitution d’un statut quasi sénatorial). Le Canada de 1867 était encore composé de Français d’Amérique et de Britanniques d’Amérique, même si par-delà Durham et le Canada-Unis de 1840 (abolissant le français), le français a été rétabli (1842-1848) et a pu faire se partager l’identité du Canadien avec ces Britanniques à compter de LaFontaine. Il était encore question non pas tant de Canadiens français que de Canadiens-Français, ce qui rappelait que les Canadiens avaient été jusque-là les seuls Français. Pour se distinguer des Britanniques en train de se faire Canadians et clarifier les dénominations identitaires respectives, les premiers Canadiens se disent « Canadiens-Français French-Canadians ». Cette citation de Bock & Gervais est extraite de Benjamin Sulte, Histoire des Canadiens-Français, 1608-1840, volume VIII, Montréal, 1882-1884, p. 1425. Or, dans la préface du volume I, Sulte adopte une autre graphie et dit écrire l’histoire, non du Canada, mais des « Canadiens-français ». La prétention d’une uniformité, autant de langage que d’accent de la langue populaire (Sulte, volume VIII, p. 143), laisse donc entrevoir une limite dans l’écrit, du fait de cette disparité graphique, chez Sulte lui-même, car révélatrice du glissement s’effectuant du nominal vers l’adjectival, de Canadien-Français à Canadien-français, puis à finalement Canadien français (en attendant de n’être plus que francophone sous le bilinguisme officiel trudeauiste et de n’en être plus que Canadien bilingue face à un Canadian restant, lui, le plus souvent de part en part anglais et n’étant jamais anglophone que pour signifier sa traduction éventuelle en francophone, non seulement en Canadien francophone, mais jusqu’au sein du Québec, du Québécois, depuis les années 1960, en Québécois francophone, depuis les années 2000). Cette disparité graphique se retrouve déjà dans le rapport officiel des séances du Congrès de l’ACFÉO en 1910, alors que s’énonce l’Ontario canadien-français aussitôt dit Ontario français, sur le mode d’une provincialisante ontarionisation (ontoriennisation) du français censée d’autant s’effectuer selon celui de sa canadianisation (canadiennisation) que le foyer québécois du Canada français est en train de d’autant s’en faire laminer que le fait français pancanadien de s’y faire refouler à cette fin (conjointement aux dits Indiens en des Réserves, puis, dès l’enfance, en des pensionnats). Si l’on considère que cette disparité graphique dure au moins depuis 1882-1884, en particulier chez Sulte, et qu’elle se reconnaît encore en 1910, en l’ACFÉO naissante et elle-même à la source de l’Ontario français, il peut s’agir, non d’un simple événement éphémère, mais possiblement d’une tendance lourde qui perdure. On s’aperçoit aussi de la transformation linguistique qui se produit, lorsque le Français établi au pays se dit Canadien, puis se transforme en « Canadien-Français » (en regard du « Canadian ») et, enfin, transpose l’expression concurrente, mais moins fréquente, à savoir « Canadien-français », en « Canadien français », en accord avec l’usage actuel ayant rapproché, inscrit et même repris l’ascendance française (encore indiquée par « Français » écrit en majuscule dans « Canadien-Français ») depuis sa région proprement canadienne (d’où un tel « Canadien français »). De plus, en ayant bloqué pendant les trente ans suivant la Conquête tout lien des Canadiens, identitairement et identiquement Français, avec la France, puis en leur ayant imposed une immigration anglicisante massive issue du Royaume-Uni (regroupant Angleterre, Écosse et Irlande depuis 1801) en même temps qu’ayant accentué leur hémorragie vers les États-Unis pendant les années 1840-1930 (donc pendant Le siècle de Mgr Bourget), « les anglophones opposaient au Parisian French le French Canadian Patois, d’où le réflexe des Canadiens français de justifier leurs particularismes »6, voire leurs existences comme « Franco-canadiens », selon l’expression employée par Groulx7. À moins de remonter à la saga de la suppression du français en le Canada-Uni durhamien (1840), puis son rétablissement (1842) doublé du gouvernement responsable de LaFontaine (1848-1851) à compter duquel l’identité du Canadien (Français né au pays, comme les Autochtones amérindiens avant eux) aurait pu être partagée avec les Anglais (commençant aussi à immigrer plus massivement, puis à naître au pays), mais non sans que la distinction entre Canadiens-Français et Canadiens-Anglais risque de passer d’autant de French Canadians en English Canadians que ceux-ci ne considèrent le tout que depuis eux seuls en tant que Canadians, dont tout autre n’est plus que la spécification, d’abord et avant tout de tels French Canadians, sinon leur traduction, à savoir Franco-canadiens (surtout si l’on est groulxien), aussi inversables en leur propre langue en Canadiens-Français, puis Canadiens français, voire une fois le bilinguisme constitutionnel (1867) fait bilinguisme officiel géré depuis le fédéral rapatriant aussi avec le ROC sans et contre le Québec la Constitution (1969-1982), en Canadiens francophones, alors qu’émergent les Québécois (années 1960) appelés à s’en faire Québécois francophones (années 2000). On aperçoit mieux la signification réelle du Statut de Westminster reconnaissant en 1931 une autonomie à son Dominion du Canada8 (qui, lui, s’est entre-temps fait accroire être devenu en 1867 une Fédération sous façade de Confédération, alors que perdurant à être si unitaire qu’hypercentalisateur et que les Provinces en tant qu’États fédérés, surtout le Québec, doivent incessamment s’y battre pour restaurer ne serait-ce qu’un semblant de Fédération). Après plusieurs décennies d’immigration loyaliste, irlandaise et écossaise, toutes d’allégeance britannique et surtout de langue anglaise distincte de l’étatsunienne (s’imposant aux Amériques), et une fois instauré l’Acte de l’Amérique du Nord Britannique, l’imaginaire va bon train et transparaît en particulier à travers les journaux de l’époque, puis aussi les films les rendant plus visuels, mais en restant muets, voire sourds-muets. Surtout, cet imaginaire se réintègre depuis le langage écrit (par ces journaux) et scénique (par ces films) jusqu’en l’oral, plus quotidien et prompt à s’intégrer en tout un chacun dans les sociétés de masse en train de se forger avec l’urbanisation… à laquelle participe moins rapidement les Canadiens français… en restant en quelque sorte davantage « sauvages » :
« Pour se distinguer des « Canadiens » d’origine française, l’appellation French Canadian a commencé à être utilisée dans les journaux de Toronto pour stigmatiser les Métis de l’Ouest qui voulaient protéger leurs territoires et pour susciter l’appui des « Canadians » (l’immigration d’origine écossaise, irlandaise et britannique). Au début du siècle dernier, l’appellation « French Canadian » avait toujours ce caractère dénigrant, comme le démontrent les films tournés à Hollywood à cette époque quand ils concernaient l’histoire du Canada. Les vilains étaient des French Canadians. (….) Quant aux Métis, toujours engendrés par des francophones, ils sont doublement dangereux puisqu’ils allient la sauvagerie des Indiens et celle des Canadiens français. » L’expression dénigrante a choqué les Canadiens d’origine française, mais pour se montrer solidaires des Métis et de Louis Riel ayant vécu à Montréal, ils endossèrent progressivement cette appellation après la pendaison de Louis Riel le 16 novembre 1885, et ce, jusque dans les années 1960, soit plus ou moins 75 ans. » (Canadiens français, Wikipedia)
Donc, depuis l’Ontario-Ouest qu me étaient les Prairies comme chasse gardée de l’Ontario, il y avait les Canadians s’avalant d’autant les Canadiens qui étaient autrefois les Français et il y avait les French Canadians faits d’autant leur décalque en Franco-canadiens qu’à traduire en Canadiens français. Or, c’est justement en réponse à cette affaire Louis Riel que le mouvement autonomiste émerge au Québec avec Mercier, lequel se découvre malgré tout de grandes affinités avec Mowat qui, en et depuis l’Ontario, lutte des décennies durant dans cette même perspective autonomiste provinciale à l’encontre du gouvernement fédéral hypercentralisateur de Macdonald. Toutefois, au fur et à mesure que le Canadian s’impose depuis le centre de gravité ontarien si prépondérant à l’échelle pancanadienne et s’y voile être proprement Ontarian, jusqu’au Fédéral s’aperçoit que sa capitale à Ottawa (à la frontière de la rivière Outaouais démarquant l’Ontario du Québec, d’abord Gatineau) est dans la même Province que Toronto comme capitale de l’Ontario9. D’ailleurs, tout l’Ontario français suit ces divisions principales du Sud en regard de l’Est, en s’ajoutant le Nord, dont Sudbury ayant pu être un certain temps l’épicentre de la mouvance qui s’est dite Franco-Ontarienne, avant de se redéfinir en plus strictly francophone (dans la lignée du bilinguisme officiel canadien trudeauiste) et en déplacer jusqu’à son épicentre à Toronto sous l’égide de l’ACFÉO, puis ACFO y étant entre-temps devenue l’AFO, l’Assemblée de la Francophonie de l’Ontario. Tout comme l’épicentre de tout le Canada de part en part Français, devenu Canada français, ne s’est lui-même dit tant Québec que Québécois qu’en glissant à son tour de Québec français, si un tant soit peu francisant pour perdurer en tant que français, en Québec francophone. Comprenons bien que la redondance du Canadien, autrefois le Français, qu’énonce le Canadien français fait déjà se réduire l’identité proprement si culturelle que pansociale à partir de sa colonisation s’appropriant jusqu’à son nom, à savoir de Canadien en Canadian. Ne lui reste que « l’exotisme de sa langue »10 ne lui permettant plus de se dire Canadien que Canadien français et même pis, que Canadien francophone, renvoyant au Franco-canadien décalquant lui-même le French Canadian, ce qui n’est plus français, mais anglais: ça peut sonner français, mais est-ce encore en un sens français ? D’autant que, si l’anglais va davantage de la matière à l’esprit et donc du son au sens, le français, tout au contraire, va davantage de l’esprit à la matière et donc du sens au son et même a fortiori à l’écrit, car ramenant l’audible au visible et impliquant de là, que la vue elle aussi passe et se ramène du visible à l’intelligible d’emblée mental. Bref, même quand ça sonne français à l’oreille, ce ne peut l’être que si le sens préside à la production sonore, nullement l’inverse par lequel déjà s’angliciser et ce, à même le français. Bien noter ce ne sont pas des emprunts de mots à l’anglais pour les franciser ou même les intégrer tels quels en français qui font s’y assimiler, mais cette inversion phonosémique lors de leur usage à même tout échange interlocutoire, voire interscriptural. Par exemple, des échanges Franco-Québécois, donc entre la France et le Québec, sont-ils Franco-Canadiens au point de s’en trouver encarcanés à partir du Canadian leur imposant de n’en être que French Canadians, non comme tels, mais en ne pouvant en être que le décalque canadianisant plus que canadiennisant ? De même, sous Carney, non pas ministère canadien des identité et culture (qui pourraient être non moins françaises qu’anglaises en même temps que faire place et s’articuler avec un correspondant ministère québécois des identité et culture), mais ministère des identité et culture canadiennes, as canadians, et où y fondre les langues officielles, en français et donc avec dimension sociale inhérente à la notion de langue et pourtant renvoyée en clause annexe et dérogatoire de la Constitution de 1982, comme de correspondants décalques des anglicisants official languages. Quand sera prise en compte la manière, d’emblée fort culturelle et identitaire, de parler jusqu’en ledit bilinguisme officiel, surtout que redoublant, par le nom même du ministère correspondant, l’emprise officielle, autant culturelle qu’identitaire, sur ce bilinguisme? Et a fortiori jusqu’en le français comme langue commune et officielle du Québec risquant autrement d’y prêter flanc, faute de bien distinguer la culture d’emblée socialement générée et rendue apte à s’intégrer l’ethnoracial, plutôt que de s’y faire laminer en particulier à travers une immigration d’autant contrôlée et soi-disant multiculturelle depuis le Fédéral que sous façade pseudo-bilingue (car bilingue non pas tant pour les Anglais que pour les Français et, chez les autres, le plus souvent par leur propre langue d’origine tierce, les deux en voie d’anglicisation), en regard de la culture artistique susceptible autant d’y puiser que de la représenter?
Pour sortir de la rhétorique hypercentralisatrice et assimilationniste fédérale, pourquoi ne pas distinguer en la population québécoise les gens de souche, certes, mais de souche ancienne et de souche plus ou moins récente, à savoir immigrante, voire, comme en cette émission s’intitulant Immigrants de souche, consistant à aller rencontrer des immigrants établis en région et y prenant donc racine au point de constituer une souche d’où une lignée peut émerger et alimenter la double naissance faite nature et nation? Et pourquoi certains immigrants ont embarqué dans la mouvance souverainiste ou à tout le moins autonomiste, là où d’autres se sont plutôt alignés sur la litanie fédéraliste ? Sans parler de tout ce qui a pu en resurgir à travers les propos de Paul Saint-Pierre Plamondon (PSPP) réajustant ce qu’il a pu initialement dire du milieu culturel artistique, lors de la nomination de Marc Miller au dit ministère Identité et Culture canadiennes, à Tout le monde en parle le 7 décembre 2025, mais en s’étonnant à quel point ceux qui s’adressaient à PSPP étaient peu éveillés à tous les points qu’il soulevait et ce, même quand il leur répondait et le leur explicitait. Le tout rejoint grandement les grandes lignes du petit livre, à la fois publié par Joseph Facal pour rendre compte de l’étranglement fiscal et autre pratiques par le gouvernement fédéral suite au référendum de 1995 et résumés dans son article sur « Les vérités dérangeantes de PSPP » paru dans le Journal de Montréal? Cela ne mériterait-il pas aussi d’être examiné de plus près ? Je ne suis pas certain que des immigrants souverainistes ou à tout le moins autonomistes, s’ils s’affichent tels et signalent examiner tels les enjeux en question, aient vraiment conscience de la portée que leur voix peut avoir pour faire réévaluer toute la question migratoire et la façon même de pouvoir en parler jusqu’en la tension entre le Fédéral et le Québec, surtout sur la place publique. Toutefois, même s’il peut y avoir un mouvement d’Immigrants souverainistes ou à tout le moins autonomistes, les obstacles sont les mêmes, voire pires qu’en la culture artistique, si y voilant de la même façon la culture, mais d’autant d’emblée sociale que sociogénérative (en s’intégrant versus se laminant en ethnoraciale si pour parvenir à quelque convergence culturelle que ce soit ?). Il arrive que la culture sociopolitique mise en jeu ne le soit surtout pas directement, mais indirectement, via un nationalisme politique s’occultant en nationalisme économique et a fortiori subventionnaire, seul plus évidemment opérant et ailleurs que sur la place publique, car plus privément, dans quelque recoin où ne pas trop paraître: non seulement couper toute subvention susceptible de l’aider, faute de s’aligner sur l’idéologie fédérale, a fortiori si ce mouvement d’immigrants souverainistes ou à tout le moins autonomistes est laïc, car aussi à risque de ne pouvoir prétendre à des statuts d’OSBL ou OBE auprès de l’Agence de Revenu du Canada (sous prétexte que ce ne serait pas culturel et éducatif, mais politique… tant que non-fédéraliste !), alors que les religions, elles, y ont droit. Imaginez ce que ça donne, lorsque s’y ajoute la question de la laïcité québécoise ou le standard encore plus « deux poids, deux mesures » issu du Code criminel canadien tardant à modifier son exemption religieuse quand des propos haineux sont tenus ! Tout devient encore plus unilatéral en cumulant toutes les pressions dans un seul et même sens, depuis le Fédéral jusqu’en et à l’encontre du Québec, surtout si des mouvements sociaux inconscients s’y conjuguent sans aucunement s’interroger au moment de vouloir réimposer telle ou telle religion, par exemple la catholique dans les écoles, sans s’apercevoir y ouvrir une brèche à toutes les autres religions et ce, toutes ensemble contre la laïcité, avec propos haineux d’autant unilatéralement opérants et, par surcroît, pistonner par le Fédéral en attente de la moindre fort enreligiosante occasion ethnoracialiste, à savoir de monopole de pouvoir accuser d’ethnoracisme, surtout quand il s’agit du Québec ! Faute de s’apercevoir que le Fédéral ne se soucie guère de régler les questions ethnoracistes, surtout les plus enreligiosées, mais uniquement d’en tirer des vecteurs pour mieux s’imposer et hypercentaliser, a fortiori quand il s’agit du Québec, y a-t-il quelque conscience en ces groupes que ce qu’ils réclament n’est pas tant pour eux-mêmes que pour cette aliénation toujours plus extérieurement imposée, sans plus jamais rien en penser par eux-mêmes ? De plus, le coup de massue peut d’autant être percutant que porté sur des immigrants à statut temporaire (avec fallacieuse promesse que cela mènerait à la résidence permanente) ou très nouvellement arrivés (par exemple comme juste avant le référendum de 1995) à des fins fort uniquement politiques et partisanes plutôt que selon un processus clair, à savoir une demande en une seule étape avant et si pour pouvoir arriver et ce, en sachant que c’est pour la résidence permanente et en s’intégrant à une culture socialement en cause et de l’État en émergeant, en l’occurrence de l’État québécois, si sans manipulation fédérale exogène indue.
Bref, si l’État fédéral cherche à créer autant de précarités, c’est pour créer des dépendances à exploiter à son propre profit et en déstructurant d’autant, avec l’État québécois, la culture, si québécoise, et ce, de sociale (elle-même de souche, présumée ancienne, pour d’autant la déconnecter et l’ethnoracialiser jusqu’à l’ethnoracialisme permettant de la traiter d’ethnoraciste que l’opposer à récente, à savoir immigrante, d’où la manipuler) à artistique. Surtout si l’État québécois s’y prête, en particulier dans le cas des immigrants à statut temporaire avec fausse représentation quant à la suite faite illusion de mener à la résidence permanente. Enfin, des dysfonctionnements chroniques tardent à être abordés et réglés depuis des décennies, dont le cas de médecins immigrants ayant franchi toutes les étapes pour exercer, sauf celle qui permet de les bloquer en les empêchant de se trouver un internat reconnu pour compléter et activer le passage à la pratique, le tout alors que le système médical québécois est dit manquer de médecins. S’agit-il, par emprise corporatiste, de limiter le nombre de médecins pour créer une rareté les rendant d’autant indispensables et aptes à contrôler tout le système médical, jusqu’en les négociations avec le gouvernement québécois pouvant d’autant être amené à plier, mais non sans hypothéquer toujours plus le budget entier de la Province s’en trouvant toujours plus accaparer au détriment de tout le reste, en plus de contrôler le diagnostic au point de départ de toute la chaîne de soins possibles dans tout le réseau ? Patients soignés ou au contraire fantaisistement dichotomisés par contrôle corporatiste entre captifs et autrement exclus? A fortiori si le tout se double d’un discrédit du système public au profit d’une part élargie du système privé comme si tout s’y résoudrait par magie, sans peut-être trop s’apercevoir que ce libéralisme croissant va quelque peu dans le sens du libéralisme géopoliticoéconomique s’imposant depuis Ottawa, si ne virant en libertarisme étatsunien, au fur et à mesure que l’individu toujours plus stricto sensu individualiste ne fait, en tout humain et de lui-même jusqu’en tout autre, du social que son annexe toujours quelque peu dérogatoire. De même, pourquoi le gouvernement de la CAQ, favorise-t-il les garderies privées et leur devenir néolibéral ou libertarien plus aléatoire, plutôt que publiques, pourtant mieux socialement intégratrices et solidairement propices, au point qu’elles sont sur le point de prédominer ? Ne s’aperçoit-il pas qu’il se contredit en tronquant la Constitution du Québec de la sous-jacente convergence culturelle susceptible de l’étayer et de s’intégrer comme le troisième des trois axes ici proposés pour le Conseil Constitutionnel? Jusqu’au point de faire des garderies (issues de Froebel) des « nursery » anglicisantes axées sur la seule fantaisie si individuelle que présumée toujours déjà individualiste, au point que toute autre culture ne puisse plus qu’en être réductible à son folklore, le tout étant appelé à remonter et se generaliser de l’enfance à l’état adulte ? Jusqu’où cela va-t-il aller? Sans parler que, comme commence à le décrier certains articles de la presse courante, cela s’inscrit dans le même pattern que Carney avec qui et de la même façon reproduire le trumpisme au sein du Canada et en l’occurrence, du Québec ? Questions scandaleuses ? Comme toutes les autres, elles exigent d’engager une plus saine conception de la culture d’emblée sociale jusqu’en l’ethnoraciale (s’y intégrant ?), autant nataliste et migratoire (en une idée de nation émergente plutôt que présumée ?) que médicale et éducative (pesant si lourdement en tout budget provincial et a fortiori si relativement à tout le reste en un projet de société dûment mieux cerné). De culture d’emblée sociale plutôt que seulement artistique, elles tendent à être sociopolitiquement étouffées pour qu’elles ne puissent surgir. Le problème n’est pas issu que du fédéral sans, contre et jusqu’au sein du Québec, mais en partie au sein du Québec, par ce qui y prête flanc.
Si elle perdure selon le même modèle ayant jusqu’à présent prévalu, la confrontation sempiternelle, entre Fédéralistes et Souverainistes dont la CAQ a émergé et en lesquels elle risque de refluer et se dissoudre au moins en partie lors de l’élection de 2026, ne me semble pas pouvoir être remise en question en sa façon (fort culturelle, mais sociopolitique bien avant qu’artistique) de s’instaurer. Le Fédéral a réussi jusqu’à présent à la faire pencher en sa faveur. Du moins, tant que cette interface migrante n’est pas mieux articulée avec la sociodémographie des naissances/mortalités, jusqu’à travers les institutions, de la famille à l’école, au travail, en politique… et a fortiori toutes celles du milieu culturel autrement poursuivi, plutôt qu’occulté et résorbé de social en artistique. D’où l’importance d’une distinction comme celle relative à la population de souche… récente relativement à ancienne. Sinon ne subsiste que ledit de souche confondu et assimilé à souche toujours uniquement sous-entendue ancienne, ce qui est du petit pain béni pour l’idéologie trudeauiste ethnoracialiste (s’octroyant le monopole de l’accusation d’ethnoracisme en même temps que d’ingénierie manipulant le social par l’ethnoracial en son sens multiculturel toujours plus mosaïque plutôt qu’en convergence, surtout si québécoise). Quant à la série télévisuelle s’intitulant « Immigrants de souche », déborder son simple humour par cette bien plus explicite distinction permet de perlaborer bien davantage jusqu’à la culture qui s’en sociogénère en s’intégrant plutôt que se laminant en ethnoraciale. Me semble cruellement manquer certaines interfaces à mieux expliciter et surtout, rendre opérantes.
1 Lapierre, 2023, p. 88.
2 Yvan Morin, Méditations oniriques, 2025, p. 98, note 1.
3 Lapierre, ibidem, p. 190.
4 Lapierre, ibidem, p. 135.
5 M. Bock & G. Gervais. L’Ontario français. Des Pays-d’en-Haut à nos jours. Ottawa: CFORP, 2004, p. 97.
6 M. Huchon. Histoire de la langue française. Paris, Librairie Générale Française, 2002, p. 231.
7 L. Groulx. La Confédération canadienne. Ses origines. Montréal : Devoir, 1918, p. 141.
8 Le Canada passe de colonie à Dominion. Son autonomie en politique intérieure est d’abord subordination à l’Empire britannique en politique extérieure, à compter du gouvernement responsable acquis sous LaFontaine avec Baldwin et entériné par Elgin, puis, via l’AANB (1867) se donnant façade de Confédération alors qu’étant plutôt un tant soit peu une Fédération. Il devient pleinement souverain par le Statut de Westminster (1931), sa Constitution donnant lieu à son Rapatriement unilatéral avec appui du ROC sans et contre le Québec s’effectuant sous Trudeau père (1982). La tentation a été incessante entre le Canada-Uni, bref unitaire et prévu pour assimiler les Français aux Anglais dès 1840 avant de se rectifier sous LaFontaine et Baldwin et sous Elgin pour devenir un Dominion, et la pseudo-Confédération dont s’être illusionné, alors qu’étant à peine une Fédération. Bref, la tentation de la législation unitaire perdure sous et jusqu’en la législation fédérative dès 1867, ce qui se poursuit lors de l’hypercentralisation fédérale s’étaying du Rapatriement unilatéral en 1982 et cherchant uniquement à prendre le relai de l’Empire britannique dont préserver les symboles à cette fin intérieure, tout en les faisant accroire des reliquats extérieurs. Le colonialisme, mais plus subreptice, se poursuit et transpose de l’empire en ledit fédéral en tirant tous ses leviers pour hypercentraliser.
9 Incessant processus de conquête du Canada, de la nation tirée de canadienne d’abord française, mais toujours plus anglicisée et enfin, du Canadien toujours plus uniquement Canadian, en y pesant sur le Québec, via le ROC, depuis l’État fédéral. Selon Stanley Bréhaut Ryerson, Capital et Confédération, Montréal, Éditions Parti Pris, 1978, le ROC s’y enferre aussi le Canadian Wealth (p. 203, 322) s’infléchit au profit de « wealth of Central Canada » (p. 362), à savoir l’Ontario. En l’occurrence, il faut se rappeler que Toronto est la 4e ville en importance en Amérique du Nord, après New York, Los Angeles et Chicago et a supplanté Montréal comme métropole du Canada, sur l’arrière-fond de l’aménagement du fleuve St-Laurent fluidifiant tout le commerce maritime (en particulier pour acheminer les minéraux depuis la côte nord québécoise) menant aux Grands Lacs d’où contrôler en retour en divers endroits du parcours entre-deux l’écoulement des eaux, depuis les années 1960. La tension y est incessante entre la mairie de la ville et Queen’s Park où loge le gouvernement provincial ontarien qui, sous Ford, tend à copiner avec les promoteurs immobiliers pour empiéter sur la ceinture verte entourant la ville ou pour les imposer à Hamilton, à favoriser les voies de circulation et les lieux de stationnements pour les automobilistes à l’encontre des pistes cyclables et autres aménagements urbains plutôt promus par la ville de Toronto et à fantasmer creuser sous le réseau autoroutier la ceinturant (pourtant déjà à 8 voies de large) un second réseau le redoublant. Sans parler de Windsor où se concentre la fabrique automobile (surtout si à essence et anti-transition énergétique) en intrication avec les Etats-Unis trumpiens. Toronto draine une grande part des milliards issus du Fédéral et est le fer de lance de son nationalisme se voulant d’autant économique que pouvoir s’en occulter politique jusqu’en ses rapports avec le nationalisme québécois. Sauf si un autre nationalisme économique émerge et se fait le révélateur de tout ce petit jeu: l’Alberta (anciennement partie prenante avec le Manitoba et la Saskatchewan de ce qui était les Prairies comme chasse-gardée faite Ontario-Ouest face au Québec).
10 Lapierre, ibidem, p. 163. En référence au livre de Jean Bouthillette, Le Canadien français et son double.
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— Interfaces culturelles différenciatrices et intégratrices à aménager

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