Banniere Yvan Morin

La culture, de sociale à politique, fait que se constituer est se constitutionnaliser : Examen critique de l’enjeu du Livre bleu du PQ

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Le projet caquiste de loi constitutionnelle du Québec est mort au feuilleton en juin 2026, mais non sans que Guillaume Rousseau, l’un de ses deux principaux rédacteurs, se présente comme candidat dans Richmond et, si la CAQ l’emportait lors de l’élection en octobre 2026 et s’il en était ministrable, qu’il pourrait rependre et mieux relancer. Depuis les années 1960, il s’agit d’une quête qui réémerge épisodiquement. Le Parti Québécois, en tête dans les sondages, mais talonné par le PLQ et la CAQ, en propose une autre avenue, sous un tout autre angle, en son Livre bleu faire l’indépendance du Québec, en la sollicitant lors d’un 3e référendum et en s’intégrant à titre de Constitution provisoire, celle qui avait été écrite et proposée par André Binette lors du 2e référendum en 1995 (en son Annexe II), avant et afin d’effectuer une consultation plus générale d’où instaurer une Constitution plus permanente.

Quant au PLQ, il l’en critique, mais en occultant la valeur centrale y étant pourtant très explicitement promulguée, à savoir la liberté (p. 460). Liberté administrative, voire gestionnaire de la diversité selon divers modes jusqu’en culture (p.18), alors qu’il s’agit pourtant d’abord du principal enjeu politique, voire de toute politique, certes, mais en vue de la liberté financière du peuple québécois dont ainsi faciliter les choix économiques de la vie quotidienne1. Du même coup, c’est aussi plus généralement, en vue d’une liberté collective rendant le peuple québécois apte à d’autant mieux décider par lui-même ce qu’il veut pour lui-même que de se doter d’institutions permettant de mieux favoriser la liberté individuelle de tout un chacun en sa trajectoire de vie la plus quotidienne (p. 175)2. Le PLQ est-il aligné et porté, une fois l’indépendance proclamée, à reproduire de lui-même en sol québécois la ligne de conduite du PLC le plus trudeauiste consistant, comme en la Charte de 1982, à privilégier les seuls droits et libertés si individuels qu’individualistes et d’emblée tronqués de toute leur dimension sociale et en particulier institutionnelle, d’emblée renvoyée après coup, même si ce n’est plus en clause annexe et dérogatoire où la manipuler depuis l’extérieur, si ne se mettant par surcroît à la contester ? Comme il ne traite de la convergence culturelle susceptible d’être impliquée au ressort de toutes les institutions qu’à la fin de son Livre bleu, le PQ projette-t-il dans le futur ce qui, du PLC au PLQ, s’aperçoit plutôt dans le passé ? Il s’agit bel et bien d’une tout autre vie quotidienne que promeut Charles Milliard, en déphasant la question du choix électoral pour ne plus le faire porter tant sur décider si le Québec devrait ou non décider par lui-même ce qui le concerne3 que sur « Voulons-nous consacrer les prochaines années à un autre débat référendaire ou préférons-nous nous attaquer aux problèmes qui affectent déjà notre quotidien ? » Je souligne le mot déjà, car les problèmes en question ont été fort accentués par l’incurie du PLC qui s’est radicalisée sous Justin Trudeau autant quant aux conditions nécessaires que, en les occultant, les conséquences de ses actes, comme d’habitude à transférer aux Provinces ayant à les gérer4. Contribuer à améliorer le quotidien est certes l’objectif le plus louable qui soit, mais il ne peut réellement s’atteindre que si ladite « union fait la force » ne fait pas sombrer toute émancipation socialement à instaurer en tout au contraire l’aliénation, jusqu’en tout humain, de ce qui en est social au gré et au profit d’une culture de part en part ethnoraciale ne visant plus aucunement à s’y intégrer mais à la laminer et pour ce faire, faisant s’enfermer tout individu en l’individualisme pur et simple d’où constituer le ressort tous azimuts de tout l’entrechoc s’ensuivant. Promettre d’agir en vue de réunir plutôt que de diviser ne vaut que si ne camouflant pas l’incessante aliénation au ressort de la division en cause, donc si pour ne pas seulement l’assembler en une mosaïque se faisant passer pour une union et si pour au contraire se confronter à ce qu’elle est véritablement en vue de parvenir à une union réelle plutôt que seulement de façade. Le trudeauisme a l’art de donner des mots, voire des langues officielles entières, en lieu et place de la réalité.

Ceci étant dit, est-ce que le Livre bleu du Parti Québécois, lui, parvient à proposer un projet de société faisant d’autant se rassembler ses diverses parts que s’y éprouver et y trouver son propre levain qui mène à l’indépendance recherchée, mais sans dériver en sa prise de contrôle ne faisant que reproduire sur son propre sol l’aliénation dont se dégager? Autrement dit, est-ce que le référendum envisagé parvient à ne pas donner l’impression d’une fin en soi -ce qui semble être le cœur de la critique de David Sanschagrin5-, mais plutôt d’une incessante validation sociale du processus enclenché pour s’assurer que la société s’achemine vraiment vers et tout le temps de l’instauration de l’indépendance ? Simple rappel : c’est sur ce point que le projet caquiste d’une loi constitutionnelle a achoppé principalement, en se rattachant et se subordonnant plutôt que se validant auprès des instances constitutives de la société québécoise et des Premières nations et Inuit. Certes, il ne faut pas se diviser selon une distinction indue entre moyen et fin, mais pourquoi et est-ce qu’il suffit de les mettre en cercle, comme le propose Jocelyn Caron, rédacteur du Livre bleu du PQ :

« L’indépendance est à la fois une fin et un moyen. Fin pour ceux et celles qui considèrent que l’appartenance à la fédération canadienne nuit à l’épanouissement national du Québec. Moyen pour ceux et celles qui considèrent que les institutions canadiennes empêchent un projet de société, étant donné tous les moyens de contrôle, de superposition bureaucratique et les défauts de la fédération canadienne. La fin et le moyen se rejoignent toutefois autour du même plan: celui d’une amélioration nette de la liberté collective du Québec. »6 ?

Qu’est-ce à dire ? Un rapport de moyen à fin (pouvant devenir un moyen pour une autre fin) instaure un alignement se dotant d’un commencement défini et d’une fin qui peut être fixée d’avance lors d’une fabrication, contrairement à l’action qui, elle, est complètement fugace et ne laisse jamais un produit fini derrière elle, car le plus souvent prise dans un enchaînement d’événements dont l’issue finale n’est guère connaissable ou commandable d’avance, si ce n’est en parvenant au mieux à imposer un tant soit peu une certaine direction, et même de cela ne pouvant jamais être sûre7. Ici, l’indépendance comme séparation du Canada aurait pour fin de mieux s’épanouir, pour certains, et le projet de société alors désentravé en ses institutions serait moyen, pour d’autres, les deux s’intégrant selon un même plan axé sur l’amélioration de la liberté collective du Québec. Un problème surgit si ledit rapport exposé disjoint entre deux groupes respectivement axés sur l’indépendance et le projet de société, comme si entre fin et moyen néanmoins présumés se conjoindre en un même plan d’amélioration de la liberté collective, en devient un d’un moyen à une fin qui n’est plus visée que comme d’où l’en gérer (en gestionnaire ?)

Comme le signalait Annah Arendt, la fabrication (surtout la fabrication identitaire) s’opère par un rapport de moyen à fin (qui peut alors à son tour devenir moyen d’une autre fin… surtout si celle du moyen initial à se plier et se rendre conforme à partir et au moyen de la gestion qui en est faite, par interversion fort circulaire des termes!), tandis que « la raison d’être de la politique est la liberté, et son champ d’expérience est l’action »8, d’emblée d’autant irréductible à une telle fabrication que déclenchant des processus autant naturels (physiquement inscrits) qu’historiques, bien que le produit final de la fabrication puisse être incorporé dans le monde humain et alors et seulement alors en déclencher elle aussi. L’action comporte une part constitutive d’imprévisibilité (ce pourquoi instaurer un dialogue du gouvernement avec la population c’est bien, mais un dialogue ancré dans l’action afin de s’assurer et de bien communiquer s’assurer rester adaptatif en se validant auprès de la population en question, surtout si considérée peuple, voire nation, c’est bien mieux). C’est pourquoi ce qui se constitue socialement et s’en cultive tel reste irréductible et au ressort de ce qui ne s’en constitutionnalise au niveau politique qu’en débordant d’emblée de l’exécutif et le législatif en juridique d’où faire valoir en assurer la reconnaissance proprement nationale, à savoir en quoi et comment tout un chacun fait partie de la nation en cause. Dès la Renaissance, Bodin a fait remarquer que la perception nationale de soi exigeait de se redoubler de sa reconnaissance juridique pour s’assurer d’en perdurer en sa propre existence. Le Livre bleu du PQ comporte tout un processus très détaillé de la mise en place de l’indépendance: qu’en est-il du sous-jacent processus dialogique avec la population, surtout si pour être considérée peuple (au gré du peuplement territorial) et de là, nation québécoise (comme mieux-vivre ensemble fait projet de société ?) ? Dialoguer avec la seule population québécoise est totalement insuffisant, surtout si au lieu de s’y faire progression en peuple et de là, en nation et faute de différencier et chercher à intégrer d’emblée tout ce processus éminemment fort social, s’en mettant au contraire à tout en laminer en sens inverse, de la nation présumément uniquement peuple et de là, seulement population. Le fédéral le fait déjà très bien (jusqu’à en être dysfonctionnelle source pervasive de mal-être) et rien ne sert d’en reproduire le même pattern au Québec, si ce n’est plus du PLC au PLQ, serait-ce selon le PQ qui ferait se meuler sur son propre sol en cette même orientation, par exemple si centralisatrice qu’unitaire depuis l’exécutif jusqu’en le législatif et de là, le juridique (selon quel entre-deux constitutionnel, de la provisoire advenant avec l’indépendance à la permanente s’élaborant par la suite ?) à faire peser (puis s’ajuster, par quelle voie, avec ou sans Conseil constitutionnel?) jusqu’en la société civile ? Le fédéral est antifédéraliste à force d’unitarisme centralisateur homogénéisant à l’encontre des fédérés et surtout du Québec, jusqu’au déséquilibre total des pouvoirs de l’exécutif en le législatif et jusqu’en la fort juridique connivence de la Cour suprême, comme le souligne le Livre bleu en s’appuyant en particulier sur Le nationalisme constitutionnel mis au jour par David Sanschagrin. Au Québec, la liberté collective promue parviendrait-elle à fédérer autrement les deux groupes quant au moyen et à la fin qu’ils sont dits viser respectivement et qu’il s’agit d’articuler ? Sous condition que le projet de société ne soit moyen qu’s’éprouvant tout du long par le mieux-vivre ensemble qui se cultive et en constitue le baromètre au gré des variations de pression au fur et à mesure que se désentravant et si l’indépendance comme séparation faite fin à atteindre se conçoit selon, non la seule gestion, voire fabrication identitaire d’État, mais d’abord l’action (jusqu’à la plus administrative et gestionnaire), seul véritable ressort politique de la liberté, si pour ne pas s’en contredire en sa fin visée.

Insistons-y. Arendt a déjà précisé que « La culture, mot et concept, est d’origine romaine. Le mot « culture » dérive de colere-cultiver, demeurer, prendre soin, entretenir, préserver- et renvoie primitivement au commerce de l’homme avec la nature, ou sens de culture et d’entretien de la nature en vue de la rendre propre à l’habitation humaine. »9. S’en rapproche ce que Morizot propose à notre époque par la notion d’habitabilité dans une perspective davantage écosystémique d’équilibre entre espèces vivantes interdépendantes, dont l’humaine avec les autres. Plus encore, une étude algorithment appuyée vient de mettre au jour le sens que les oiseaux donnent à leur vocalisation lors de leur communication, ce qui ouvre la porte aux échanges entre espèces, en l’occurrence aux échanges bidirectionnels entre les humains et les autres animaux, ce qui peut être une composante d’une habitabilité davantage écosystémiquement équilibrée et mutuelle entre espèces. La crise de la culture dont parle Arendt, n’advient-elle pas d’abord faute d’apercevoir en ladite habitabilité que c’était déjà constitutif de la notion de culture (prendre soin, élever…) s’étant forgée chez et depuis les Romains ? Arendt illustre jusqu’à quel point la notion de culture est d’origine romaine plutôt que grecque, car jusqu’à l’art était de la nature cultivée et jusqu’en l’agriculture, les Romains soignaient et élevaient la nature, tandis que les Grecs lui arrachaient les secrets que les dieux y avaient cachés10. Arendt ajoute « L’humanisme, comme la culture, est bien sûr d’origine romaine. Il n’y a pas non plus de mot grec qui corresponde au latin humanitas. » (p. 288), à savoir à l’intégrité de la personne en tant que personne, ce qui indique bien tout l’enjeu d’une québécoise Charte des droits et libertés de la personne qui, en plus d’être quasi constitutionnelle, s’est faite parasitée par Trudeau père lorsqu’il a biaisé la Constitution de 1867 à cette fin lorsqu’il l’a « rapatriée » (importée, transférée) en 1982 sans et contre le Québec. Cet humanisme se déploie pleinement à la Renaissance, en particulier chez Ficin qui n’aurait fait qu’étendre la notion romaine de la culture, au sens de prendre soin, d’élever et de se rendre la nature habitable (du sein de soi jusque tout autour pour l’en dire environnante), par l’exigence de se conduire aussi jusque hors de la nature, au sens d’une culture, mais dorénavant aussi mentale de la raison en l’âme en regard du corps, d’abord en regard de la fantaisie et a fortiori de ses affections (désir de ce dont jouir/crainte de ce qui afflige et endolorit) par lesquelles cette même âme tend à s’orienter vers le corps et même à y plonger si, tout au contraire, elle ne s’en éveille à sa propre raison. Ficin reprenait ainsi la problématique augustinienne en y mettant au jour cette triade si humaine (pour être rendue humaniste) qu meut raison/âme/corps à la base de toutes ses autres triades plus isolément retenues par les médiévistes, à savoir esprit-connaissance-amour, puis mémoire-intelligence-volonté et, de là, l’unitrinitarité divine, Père-Fils-Esprit Saint, s’exprimant chez les catholiques par le Filioque. Or, de la Renaissance au XXIe siècle, l’autoréflexive Trinité tend à s’estomper au profit de l’unité si unique, non seulement en Dieu, mais jusqu’à en inspirer de fort unitaires exécutifs d’où infléchir tous les autres pouvoirs, législatif, mais aussi juridique, à son tour à faire peser jusqu’en la société civile et l’en faire basculer de civique (par mieux-vivre ensemble) en seulement citoyenne, a fortiori si en même temps que de sociale en ethnoraciale non plus s’y intégrant, mais l’en laminant, comme en le multiculturalisme trudeauiste. Suprématie de Dieu et primauté du droit, mais uniquement d’un tel droit, comme y insiste la trudeauiste Constitution de 1982. De là, un (tel) droit est un (tel) droit, selon Carney, comme si étant le seul droit, à savoir le seul sien, censé se faire passer pour tout droit. Certes, l’exécutif unitaire est voulu tel aux États-Unis en ayant viré trumpiens, surtout que la Cour suprême est contrôlée par un droit fort conservateur prétendant revenir à l’origine et l’en expurger de toute tendance progressiste ayant pu s’en dégager et l’en modifier, ce qui est en train d’infléchir toutes les institutions et de s’imposer jusqu’en les mœurs à même la société civile. Au Canada, le trudeauisme fait plutôt s’opérer le même déséquilibre des pouvoirs de façon plus subreptice, sous toutes sortes de façades affichées fédérales, mais tout au contraire unitaires, depuis l’exécutif pesant jusqu’en tous les autres pouvoirs. Le porte-à-faux trumpien est agi de façon transactionnelle, le trudeauiste l’est en procédant plutôt par sa double mosaïque implantée en tout humain, de l’individu s’en présumant individualiste en tout un chacun pour que tous ne puissent que s’agglutiner et ce, en tant que tels (en mosaïque) au gré du social toujours déjà conjointement laminé en ethnoracial s’en agglutinant pareillement (en mosaïque), surtout si biffant que, au seul Québec, contrairement à toutes les autres Provinces du Canada, la langue maternelle française ne se réduisait pas à la seule origine ethnique, comme l’a souligné Arès, lorsque toute la tension entre le Québec et le fédéral a éclaté dès les années 1960. On s’aperçoit que la liberté intérieure augustino-ficinienne, ne constituant jamais de libre arbitre que par une sous-jacente autoréflexive forge du sens de soi, n’est pas l’action politiquement libre d’emblée plus extérieurement agie, si distordue puisse-t-elle être par une quête d’unité si unique que ne s’apercevant même pas le plus souvent y réduire jusqu’à Dieu comme d’où encore moins s’apercevoir présumer l’en spolier, l’en transposer et en disposer d’emblée humainement au point d’infléchir tous les pouvoirs depuis un exécutif unitaire, ce qu’exemplifient, en Amérique du Nord, le trumpisme et le trudeauisme. Surgit le problème d’une présomptive séparation de l’Église et de l’État totalement ignare de ses propres tenants et aboutissants, faute de s’apercevoir, non seulement tout en faire glisser de religion monothéiste en laïcité plus ou moins avouée et assumée, mais en spolier jusqu’à Dieu du pouvoir exécutif unitaire alors seul retenu et ce, à son seul propre profit, fort humain, et ce, jusqu’en tous les autres pouvoirs en cause, à savoir législatif, juridique et surtout, société civile, quelque part entre citoyenne (purement légaliste) et civique (un tant soit peu plus soucieuse du mieux-vivre ensemble), selon que tirée d’un bord ou de l’autre. Antique problème remontant à Socrate et initialement magnifié chez Platon que celui du rapport entre la Loi et le Bien. Entre les deux, la justice balance, aveuglément selon son empersonnifiante représentation usuelle, tant il n’est guère évident de ne s’adonner à la Loi (surtout si jusqu’à la plus constitutionnelle et donc inaugurale) que selon le Bien, ce pourquoi, jusqu’en politique, il faut une forte dose de sens commun axé sur la prudence (l’intelligence pratique et non seulement théorique) pour un tant soit peu y parvenir. La convergence culturelle semble mieux l’assurer que le multiculturalisme, voire l’interculturalisme. Il ne s’agit aucunement seulement d’un mode de gestion de la diversité, mais de l’acte politique se rendant ou non apte à s’apercevoir des conditions par lesquelles se constitue et devient l’altérité inhérente à la diversité en tant que s’en sociogénère et tisse la trame sociale. Selon ce qui socioculturellement se constitue, se constitutionnaliser varie. Seul le fait sociogénératif s’en cultivant tel permet de conférer au droit sa pertinence, y compris et a fortiori si toute 1re loi qu’est la Constitution. Jusqu’à l’intracorporel, par biasymétrie énantiodynamiquement fonctionnelle chez l’humain, covarie avec l’intercorporel, car jusqu’à l’altérité surgit du sein de tout individu s’en révélant du même coup d’emblée (plutôt qu’après coup) social.

Il est crucial de bien distinguer la vie politique axée sur une liberté qui (de sous les joutes verbales et scripturales) est d’emblée ancrée en l’action en regard du dit libre arbitre intérieurement éprouvé (depuis Augustin), mais, comme le précisait Kant, sans que l’agent de ce libre arbitre n’apparaisse jamais dans le monde phénoménal11. Sauf confusion, se sentir soi-même en son intériorité jusqu’en son libre arbitre, surtout si restant inapte à en retracer sa sous-jacente autoréflexive forge du sens de soi comme pourtant mise au jour depuis Ficin et si n’en sentant plus que le fort inconscient Ça nietzschéo-freudien au fond de soi en signant le refoulement le plus total et seul subsistant, tout ça n’équivaut en rien à être libre, au sens politique émancipateur exigeant plutôt d’emblée que l’intérieur en question se manifeste en agissant (et en s’apercevant agir) extérieurement en la réalité. Être libre, outre d’être libéré un tant soit peu des nécessités de la vie (la plus quotidienne) et de s’en éprouver tel tout un chacun en son intériorité, exige la compagnie d’autres humains (jamais individuels que d’emblée aussi sociaux), dont la situation est la même, et demande un espace public commun où les rencontrer, à savoir un monde politiquement organisé où tout un chacun peut s’insérer par la parole et par l’action12.

En ce sens, il est crucial de bien examiner ce que devient la culture, de sociale à politique, voire en se faisant alors sociopolitique, au point de faire que se constituer (en se sociogénérant) est se constitutionnaliser (juridiquement, surtout si de façon indépendante).

Notons en particulier que tout le devenir géopolitique constitutionnel québécois depuis les années 1960, surtout le plus récent et a fortiori tout ce qui s’en dessine éventuellement pouvoir rejaillir lors de la prochaine élection québécoise à l’automne 2026, s’est entre-temps étayé de

« la Charte des droits et libertés de la personne, qui a déjà un statut quasi constitutionnel. La Charte québécoise prévoit, entre autres, à son article 43, le droit des Québécois appartenant à des minorités culturelles de « maintenir et faire progresser leur propre vie culturelle avec les autres membres de leur groupe ainsi que « le droit à la pleine participation, en français, à la société québécoise » (Livre bleu, p. 475). »

De fait, Trudeau père a parasité cette Charte québécoise pour, à la fois, instaurer celle qu’il lui a substituée et qu’il a centrée non plus sur la personne mais d’emblée sur le citoyen13 (sous lequel occulter le civil et a fortiori le civique, au seuil de quelque mieux-vivre ensemble que ce soit) pour la supplanter lors de son « Rapatriement » unilatéral de la Constitution de 1867 (elle aussi biaisée à cette fin) avec l’appui du ROC (Rest Of Canada) sans et contre le Québec. Le trudeauisme ne s’en est instauré en la parasitant qu’en vue de s’en laver d’autant mieux les mains que la reléguer et subordonner à l’emprise de la Cour suprême censée y veiller, et ce, selon une culture présumée se définir de façon non plus sociale, surtout si société distincte comme au Québec, et non plus apte à s’intégrer l’ethnoracial, mais au contraire censée s’y faire laminer par multiculturalisme de part en part multiethnoracisant, voire multiethnoraciste jusqu’au multiethnoracialisme, selon qui monopolise l’accusation fort multiforme d’ethnoracisme. La multiethnoracisation s’impose dans le ROC en s’y anglicisant et est censée s’uniformiser et s’homogénéiser telle jusqu’en le Québec autrement considéré trop français, si pour parvenir à le laminer et l’intégrer (ainsi désintégré) à sa mosaïque de minorités seulement ainsi culturelles. Le Québec français est censé y être aussi inclus et s’en laminer pareillement. Bien noter que cela va totalement à l’encontre de la Constitution de 1867 censée homogénéiser seulement hors Québec14. Il ne suffit donc pas de dénuder la Constitution de 1867 en soulignant à quel point elle a été le fait d’élites (comme en l’Annexe I du Livre bleu), mais il faut aussi retracer en quoi elle est devenue encore plus biaisée qu’elle ne l’était déjà à travers le trudeauisme et son parasitage de la Charte québécoise menant à lui opposer et à l’en laminer depuis celle qu’il a imposed depuis 1982. Qu’est quelque processus que ce soit de transition vers l’indépendance si n’étant pas, non seulement éclairé quant à ces biais, mais apte à s’y mesurer tout du long de tous les processus en cause et ce, tout le temps qu’il faudra pour y parvenir, donc pour vraiment pouvoir agir et pour ce faire, se valider parvenir à faire jouer ladite liberté promue et ce, de politique en sociale, certes, mais comme en ce dont s’en trouver impulsée en même temps que s’y éprouver en sa concrétisation ? Le plus difficile n’est pas de réfléchir mentalement et s’en mettre à agir depuis là, mais de parvenir à s’assurer d’une progression démontrant une claire reconfiguration des réflexes de base qui se sont entre-temps automatisés, ce qui peut prendre des mois, si ce n’est des années. Et il est toujours possible de tout au contraire y régresser, surtout si par réaction exigeant d’y revenir, si ce n’est en virant réactionnaire. Gauche/droite, dit-on. Mais qu’en est-il de leur mise en tension et surtout de l’état d’équilibre entre ses orientations pouvant en être si inverses? Toute attitude purement gestionnaire, surtout si de la culture (en mettant toutes ses voies sur le même plan: multiculturalisme, interculturalisme, convergence culturelle…), présume un humain automate lui correspondant, à savoir dont tous les réflexes seraient déjà constitués et intégrés en un programme (de moteur à mental) présumé s’en déclencher automatiquement. Or, c’est totalement méconnaître tout ce qui s’en forge et s’en acquiert si pour parvenir à tant s’instaurer qu’en être ainsi disponible et prompt à se déclencher au moindre rapport instrumental du gestionnaire à l’humain automate (aux réflexes présumés totalement reconfigurés et automatisés pour être intégrés dans le programme à ainsi faire se déclencher, à la façon de la fabrication plombant l’action générative).

Il n’y a aucune indépendance manifestant être libre si la société en cause ne s’aperçoit pas dotée d’un tel espace public concrètement opérant et, pour l’être, exigeant d’être d’emblée pris en compte pour l’y aménager, non créer d’incessants et radicaux hiatus constitutionnels, comme lors du trudeauisme l’imposant entre la langue et la culture, surtout si cherchant à l’étendre du ROC jusqu’en le Québec, alors que tout au contraire, le Québec est le seul à pouvoir les faire converger d’emblée, si sans aucune intervention fédérale en sus (ce qui est bien ce que celle-ci ne veut aucunement tolérer, car ce serait trop vraiment plutôt qu’en faux-semblant fédéral et pas assez unitaire et homogénéisant). Ce peut être l’un des arguments les plus puissants en faveur de la convergence culturelle plutôt que l’interculturalisme et a fortiori le multiculturalisme, non seulement ethnoracisant, mais présumant pour s’instaurer, pouvoir dissocier langue et culture (comme lors du massacre trudeauiste du Rapport Laurendeau-Dunton) pour les réassocier à sa sauce comme partout au ROC, du simple fait que, contrairement au Québec, le hiatus constitutionnel y prévaut dès 1867 et s’en instrumentalise depuis 1982. Langue dont le trudeauisme cherche à prendre le contrôle et la réduire à sa seule teneur linguistique (abstraction faite de toute sa teneur extralinguistique socialement mise en jeu la faisant s’exprimer littéralement en miroir entre français et anglais jusqu’en le sexe et a fortiori le genre15) pour ne que la monopoliser depuis quelque gouvernement si central qu’uniquement centralisateur. Et culture, qu’il tend à occulter jusqu’en la manière de parler en cause conditionnant pourtant jusqu’à toute parole (dès lors seule exclusivement retenue par les langues officielles), mais aussi quant à ce qui en est transmissible par l’éducation, dont la scolaire, pourtant censée relever des Provinces, a fortiori si au Québec où le social exige incessamment de s’intégrer l’ethnoracial, tout à l’inverse de s’y faire laminer, voire de le réduire lui-même à son tour à une sous-jacente pervasive « psychologie de la séparation », donc le repli et la formation d’enclaves plutôt qu’une intégration à un espace commun »16, certes, mais, faut-il préciser, s’agit-il pour autant seulement de divers modes de gestion de la diversité?17 Est-ce reconnaître que la culture se sociogénère (au gré de son altérité constitutive entre les individus qui la composent et qui en sont différents jusqu’en eux-mêmes de ce qu’ils peuvent être sans elle, tant la diversité n’est jamais entre qu’en l’étant aussi jusqu’en tout un chacun d’eux), ce qui déborde de toute part ce qui s’en gère, voire peut en être gérable et ce, non sans s’en trouver impulsé au moment de s’y adonner, si pour s’y repérer et s’y ajuster plus que seulement s’y imposer purement et simplement ? Et les manières de gérer, plus que de simples modes d’une gestion dont ne sembler être que des variantes s’en résorbant d’emblée toute diversité en cause, ne sont-elles pas aussi d’emblée culturelles ? La manière, fort culturelle, est irréductible à la gestion qui autrement se présume et en fait l’un de ses modes. Tout comme l’extralinguistique est si irréductible à la linguistique jusqu’en linguistique qu’en exige la prise en compte de la socioréférence en jeu, a fortiori lorsqu’il s’agit de deux langues si en miroir l’une de l’autre comme le français et l’anglais que l’intercorporel fait s’ébranler jusqu’en l’intracorporel et ce, jusqu’en la mise en tension fort diversement orientable entre ses gauche/droite à même son image du corps dont jaillit l’identité. C’est pour cela que jusqu’à l’enjeu constitutionnel déborde gauche/droite: quelque teneur politique que ce soit, surtout telle que se distribuant entre Partis politiques d’allégeance si diverse, s’en ébranle à même la vie en sa physique. A fortiori lorsque géopolitique en sa sous-jacente géophysique.

Et quelle est la raison bien plus profonde que seulement s’attriquer de tenues vestimentaires d’autres groupes ethnoculturels surgit au moment de rendre compte que « Le multiculturalisme tend à réifier la culture, la réduisant ainsi à du folklore et à des stéréotypes » ? Il faut se rappeler et insister sur l’exception issue de ce que l’Anglais peut d’autant mieux réduire les autres cultures à du simple folklore qu’il n’en a guère lui-même auquel puiser au ressort de sa propre littérature enfantine et qu’il lui faut donc, dès l’enfance, la générer in situ à sa fantaisie. « La littérature enfantine anglaise ne doit rien aux thèmes folkloriques traditionnels »18, sauf la comptine de la « nursery rhyme » qui ne consiste qu’en une déformation fantaisiste de la réalité ne visant que le fantastique, surtout la caricature selon des apostrophes poétiques arbitraires et provocatrices faisant s’amuser avec n’importe quoi (le « stuff »), dont le « fagisme » du verbe « to fag » (trimer, en tant que souffre-douleur d’un grand, bientôt d’un MAGA) se fondant sur une dialectique, uniquement entre enfants et totalement inaperçue par les adultes, du maître et de l’esclave, du dominant et du dominé… Peut-être s’apercevra-t-on que l’exécutif unitaire s’imposant en constitue l’expression passant directement de la « nursery » à la politique du pays, une fois que l’ontogenèse s’est poursuivie de l’enfance à l’état adulte. Bref, la fantaisie prévaut d’autant qu’elle s’opère de façon totalement inconsciente au ressort de sa propre culture s’y réduisant d’autant qu’étant démunie et n’apercevant plus en tout autre que son folklore, dès l’enfance, voire l’aube de toute humanité possible. En surgissent autant Fantasyland, que seraient les États-Unis selon Andersen, que l’aperception de soi comme l’individu-type se proposant de se projeter et se fondre en la classe moyenne, dont justement représenter la moyenne, comme s’y adonnait Justin Trudeau, jusqu’à s’en attriquer et s’en fondre dans le milieu, comme en ce personnage de Zelig de Woody Allen, au point qu’il ne sert à rien d’ajuster sa caméra pour le voir plus clairement, car c’est le personnage lui-même qui est flou au point d’en être indistinguable du milieu comme le caméléon dont la politique est si métamorphique qu’adhère quasi totalement à sa seule fantaisie la plus protéiforme évoluant au gré des circumstances et lui venant de sa petite enfance, d’autant qu’anglaise. Denise Bombardier résumait: Justin Trudeau parle anglais jusqu’en français. Ceci éclaire grandement dans quel sens va le bilinguisme officiel. Faut-il au moins s’en apercevoir et tenir compte de la forge inverse, lorsque la langue maternelle est vraiment française et ce, même si semble surgir en arrière-fond une sorte de voix anglaise pouvant venir du père (dont sa propre mère est d’origine irlandaise et parle d’abord anglais) et plus largement, du fait que le français, même québécois, est de teinte nord-américaine qui lui communique une façon de voir plus pragmatique. Peut-être est-ce alors en parlant français, mais québécois, jusqu’en anglais.

Sous emprise étatsunienne, voire plus largement nord-américaine de fond anglo-saxon, jusqu’à la culture en est marchandise, car réduite à sa seule mise en scène pour la rendre telle. De plus, c’est du fait de l’Empire colonial britannique, puis de son transfert et sa poursuite étatsunienne, que surgit un multiculturalisme se laminant d’autant en sa diversité culturelle que dans le sens de son anglosaxonisation au moment de se dénommer tel au Canada, alors que même l’Angleterre en a pourtant reconnu l’échec chez elle (par la ghettoïsation et les conflits ethnoraciaux). Le Canada importe le fait (via l’immigration à biaiser en ce sens) et prétend le dénommer et l’imposer en droit: il suffit que la common law colonise le droit civiliste québécois et que ledit multiculturalisme, sinon son inflexion interculturelle en sol québécois, s’impose de la même façon à la convergence culturelle.

Est-ce que la culture est aperçue se sociogénérer, si pour par surcroît se gérer (sans doute en ses stress avant quelque planification gestionnaire) ? Toute gestion dépend d’abord que puisse se tisser la sous-jacente trame sociale à laquelle s’ouvrir et sur laquelle porter, pour autant que tout un chacun puisse être apte à accueillir une autre vie que la seule sienne, surtout si celle-ci s’aperçoit elle-même être tout aussi autre à elle-même à son contact qu’elle ne peut l’être sans elle et que jusqu’en son sens de soi s’acquiert un sens d’autrui s’en constituant avec lui. Sinon sa propre vie ne peut autrement qu’être toujours déjà si individuelle qu’individualiste et tronquée d’être d’emblée sociale, en total reflet des droits et libertés de la trudeauiste Constitution de 1982 pour laquelle tout aspect social est d’emblée à refouler en clause annexe et dérogatoire où pouvoir d’autant mieux l’en manipuler, si ne cherchant pas elle aussi à l’abroger. Le Livre bleu distingue-t-il ou tout au contraire confond-il la culture et la gestion, tout comme se constituer (socialement, dès sa sociogenèse faisant s’en cultiver) et se constitutionnaliser (juridiquement)? Jusqu’à quel point permet-il de se distinguer plutôt que de reproduire le trudeauisme en sol québécois, si souverain puisse-t-il devenir?

Conjointement, d’où sort et comment se produit et se reproduit ladite essence du multiculturalisme: « dans son essence, il nie la spécificité culturelle nationale du Québec, car il ne peut donner un statut particulier à un groupe défini, même si ce groupe est concentré dans une seule province »19? Il faut rappeler que, en 2005, lesdites mesures positives pour promouvoir les langues officielles canadiennes et favoriser le développement des communautés en situation minoritaire les parlant (dans la suite de la loi de 1988 conformant déjà leur proclamation de 1969 à la Charte de 1982) advient quasi en même temps que la conjointe reconnaissance fort tardive de la « majorité des membres de la minorité francophone du Canada » par la Cour suprême du Canada (Solski (Tuteur de) c Québec (Procureur général), [2005] 1 RCS 201, 2005 CSC 14, para 7). Bien noter la mise au jour de cette totale autocontradiction de ladite symétrie trudeauiste présumant des majorités autant anglophone hors Québec que francophone au Québec avec de dites minorités inverses y correspondant, alors que la Cour suprême est en train de s’apercevoir que ladite majorité francophone du Québec est partie prenante de sa minorité plus largement pancanadienne et qu’il y a donc tout au contraire asymétrie. S’ajoute par-dessus cela ce que peut signifier le fait du « rapatriement » unilatéral de la Constitution en 1982: une telle asymétrie s’en confortant et s’en rendant pleinement opérante de façon fort unilatérale. L’inconscient en est-il pour autant passer un tant soit peu à la conscience? Bref, le statut soi-disant majoritaire de la francophonie québécoise isolément considérée en son seul nombre absolu relèverait tout au contraire d’un statut minoritaire, une fois qu’elle est située en l’ensemble pancanadien selon des nombres tout au contraire relatifs, mais en perpétuant néanmoins la confusion de la notion de statut avec les seuls nombres (de membres) en cause. Comprenons bien qu’un petit nombre (minorité numérique) peut agir selon un statut majoritaire à l’encontre du plus grand nombre (au sens d’une majorité numérique, certes, mais dès lors de statut minoritaire), comme lors et depuis la Conquête britannique du Canada laurentien, puis sa conversion en Canada de l’AANB et a fortiori depuis sa trudeauisation bénéficiant tant du fait que le statut majoritaire anglais s’est enfin doté d’une sociodémographie majoritaire anglaise que pouvant les faire se confondre et chercher à radicaliser la Conquête du Canada en Conquête jusque du Canadien (autrefois le Français established, puis né au pays) en toujours plus Canadian. D’où la fabrique identitaire d’État au Canada, dont la résistance de fond est le Québec français, surtout depuis l’affaire Louis Riel, alors que le fait français a toujours plus été refoulé dans le seul Québec en même temps que les « Indiens » dans les Réserves, sans parler du prélèvement des enfants s’y effectuant au profit de pensionnats visant à les assimiler dès l’enfance, etc. Plus précisément, comme cela ressort des données de Statistiques Canada, même le bilinguisme officiel ne se maintient au Canada à 18% que par le Québec qui, même si le français est sa seule langue commune et officielle, se bilinguise tel (français-anglais), voire s’en trilinguise plus que partout ailleurs au Canada, et compense donc le fait que, dans tout le ROC (Rest Of Canada), ce taux de bilinguisme diminue, car s’anglicise tout autant, mais toujours plus radicalement. Ainsi, le statut majoritaire (anglais) et la majorité démographique numérique (aussi anglaise) appelée à lui correspondre en viennent à coïncider au fur et à mesure que la Conquête du Canada, de Laurentien en AANB, se fait Conquête du Canadien, toujours plus Canadian, par trudeauisation faisant se confondre les langues constitutionnelles de 1867 avec lesdites langues officielles de 1969 ajustées à la Constitution de 1982 par la loi de 1988 (par laquelle tout en multiculturaliser mur à mur), voire tout leur porte-à-faux si saillant depuis 2005, mais guère pour autant plus conscient. Le trudeauisme fait se confondre statut et nombre et s’opérer subrepticement jusqu’à l’assimilation, le tort étant toujours du côté des assimilés s’en plaignant et devant entreprendre de pénibles démarches juridiques (jusqu’en la connivente Cour suprême, dès le Rapatriement de la Constitution en 1982) pour essayer de s’en sortir: c’est censé ne pas être apparent, donc exige des efforts colossaux pour l’en rendre un tant soit peu plus visible, tant le refoulement est opérant et qu’il est fort pénible d’en resurgir (plutôt que d’en suivre la pente vers l’assimilation). Or, la confusion du statut s’occultant sous façade du nombre (lui-même de relatif en absolu) est au ressort de mésinterprétations majeures, dès que cette vision trudeauiste, en plus de présumer partout de pseudo-symétries, est plaquée sur le Québec:

« la culture québécoise de tradition française et de langue française doit demeurer largement majoritaire au Québec »

« Comme ce principe du maintien du statut majoritaire et la convergence culturelle en général sont susceptibles d’être perçus, à tort, comme ayant des visées assimilationnistes, il importe de prévoir un principe précisant que ce n’est pas le cas. Ce principe pourrait être formulé ainsi : « l’assimilation forcée, au sens de fusion des personnes appartenant à des minorités ethniques dans la majorité qui mène à la disparition de celles-ci sans laisser de traces, est refusée » »20.

La notion trudeauiste de statut est si confuse et si peu distincte de celle de nombre qu’il n’est guère possible d’en parler quant à quelque groupe que ce soit en tant que groupe, si ce n’est d’emblée réduit à la seule sommation des individus qui le composant et qui sont tous présumés partout en être purement individualistes et tronqués de toute dimension sociale propre, et ce, à l’image de la Charte de 1982. Il ne peut y avoir de spécificité culturelle nationale que du magma d’ensemble ainsi constitué, car c’est la mosaïque des individus (par la pervasive psychologie de la séparation) qui garantit la mosaïque ethnoraciale en laquelle ainsi laminer tout ce qui peut en être dit social, au lieu de l’y intégrer21. Tout comme et à l’image du fédéralisme antifédéraliste promu depuis Ottawa depuis l’exécutif unitaire, son modèle social est antisocialisant (pour être une telle mosaïque d’individus au ressort d’une mosaïque correspondante de communautés ethnoraciales), à l’inverse du « projet de vivre-ensemble québécois »22. L’homogénéisation ne consiste pas tant à considérer le Québec selon un statut de province comme les autres, mais, comme et plus encore que toutes les autres, à l’en laminer d’autant en sa dimension sociale qu’il persiste néanmoins à y aspirer. La notion de société distincte (en un Canada uni, a fortiori unitaire, faut-il le rappeler) ne peut être, comme la notion même de société tout court, que nominale (selon une telle double mosaïque) et nullement réelle. La façade d’égalité de droit à promouvoir vise à s’assurer que ce ne soit pas prise en compte l’inégalité de fait trop susceptible de la questionner, a fortiori si c’est au point d’en révéler le ressort qu’est une telle double mosaïque d’où tant se constituer (multiculturellement) que s’en constitutionnaliser telle et s’en conforter l’être. Il peut donc sembler que « Ces deux modèles d’intégration sont fondamentalement inconciliables. Le communautarisme canadien encourage la juxtaposition des identités, alors que l’universalisme québécois (ou interculturalisme) vise la création d’une culture commune ». Ces modèles sont-ils d’abord des gestions? Semble surgir quelque différence en passant non seulement du multiculturalisme à l’interculturalisme (l’avoisinant encore grandement), mais par-delà et distinctement des deux, à la convergence culturelle :

« la culture québécoise de tradition française constitue la culture commune et le foyer de convergence des traditions culturelles des minorités ethniques présentes au Québec et, pour ce faire, qu’elle s’enrichisse d’apports provenant de ces traditions. Ce modèle ne prône pas l’assimilation ou l’absorption dans un creuset effaçant l’existence des autres cultures. Le Québec promeut donc un modèle de vivre-ensemble universel qui repose sur une culture nationale, vers laquelle tous peuvent converger et à laquelle tous peuvent contribuer, et des valeurs partagées. »23 (je souligne: français, langue, laïcité, socialité… tout y converge si culturellement que nationalement vers l’universalité)

En effet, avec la convergence culturelle émerge ou du moins, à partir de là, peut s’expliciter issue du fait que la culture se sociogénère, et ce, au point de s’intérioriser telle en tout humain, jamais individuel que susceptible de s’apercevoir de sa part d’emblée acquise avec autrui et partie prenante de son sens de soi plutôt que de la refouler du sein de soi et la projeter et confondre avec cela seul qui s’en présente hors de soi comme d’où se l’imposer à soi et l’en faire rester étranger jusqu’au sein de soi selon une pervasive « psychologie de la séparation » présumant que tout individu est d’emblée si individualiste qu’il est, du même coup, à la fois tronqué de toute teneur sociale et uniquement porté à se l’asservir. La culture consiste donc à se constituer socialement, et ce, en s’intégrant plutôt que se laminant en une double mosaïque se déployant d’individus présumés purement individualistes aux communautés ethnoraciales par lesquelles ils s’en agglutineraient et qu’ils feraient à leur tour s’agglutiner, voire s’entrechoquer entre elles. Parce que la culture consiste à se constituer socialement, se constitutionnaliser géopolitiquement est appelé à ne s’instaurer qu’en s’y ouvrant et en s’assurant du mieux possible de s’y aligner avant et jusqu’en toute gestion possible. Surtout si cette gestion est elle-même de part en part transitionnelle, à savoir de multiculturelle en interculturelle, à son tour en convergence culturelle et a fortiori si parvenant à se mesurer ainsi jusqu’à l’assimilation, d’indirecte (par marginalisation en créant la condition de possibilité) à directe (en s’y abandonnant). Du moins, pour autant que la culture sous-tendant cette gestion perdure et que s’affermit sa vitalité d’emblée sociolinguistique plutôt que seulement ethnolinguistique et à son tour réductible à des individus présumés purement individualistes, selon la double mosaïque multiculturaliste. Et si pour donner une autre impression que seulement gestionnaire du social, fût-ce depuis l’indépendance promue et à administrer telle lors de sa mise en place. A fortiori si pour se mesurer entre-temps et en vue d’y parvenir à l’impressionnisme prétendant seulement disqualifier le Livre bleu en l’estampillant étranger aux problèmes (déjà là) de la vie quotidienne et ce, en vue de perpétuer et implanter encore davantage le trudeauisme (pourtant en grande partie à la source de ces problèmes, mais en le taisant et en faisant accroire que le PQ ne s’en préoccupe pas) jusqu’au sein du Québec. Ah oui! Justin Trudeau a dû démissionner et la venue de Mark Carney serait censée promouvoir un tout autre système par simple substitution d’un individu à un autre. Or, la difficulté n’a jamais été vraiment en Trudeau fils, mais en Trudeau père par qui s’est instauré le trudeauisme et dont il ne faisait qu’assurer la continuité, fût-ce par une autre façon de l’assurer, comme c’est encore, mais autrement le cas sous Mark Carney. Du père en fils, certes, mais en un même esprit alors repris, sorte de reflet de la divine unitrinitarité chrétienne en et surtout, de ce monde. Suprématie de Dieu énoncée dès le début de la Constitution de 1982, si pour nimber de quelque aura monarchique l’hypercentralisation fédérale depuis un exécutif unitaire pesant jusqu’en tous les autres pouvoirs. Toute la résistance anglicisante à la disparition des symboles de la monarchie le sera surtout de Dieu en arrière-fond, ce pourquoi le test de la laïcité devient si saillant jusqu’en Cour Suprême qui, elle, peut bien promouvoir la laïcité dans des instances municipales, mais n’est jamais parvenue à remettre en question la prière au Parlement d’Ottawa, ni les subventions fédérales aux organismes religieux, etc.

Bref, le Livre bleu du PQ gagnerait en clarté et en meilleure impression susceptible d’être mieux rassembleuse s’il s’intégrait tout du long autant tout ce devenir culturel par lequel se constituer socialement que la façon dont s’y rapporte, articule et valide l’important travail administratif se présentant gestionnaire au moment d’une éventuelle transition vers l’indépendance, en particulier au moment de s’en constitutionnaliser. La liberté d’action (d’emblée politique et jamais administrative qu’aussi sociale) à promouvoir n’est pas la liberté de gestion et lui reste irréductible, sauf à tout inverser et à encourir le risque de virer en fabrication identitaire d’État, ne serait-ce qu’en donner l’impression, tout en suscitant ainsi des résistances entravant le foyer même de la convergence culturelle dont pourtant avoir à se sous-tendre pour parvenir à plus d’autonomie, a fortiori à l’indépendance. Or, cette convergence culturelle n’apparaît vraiment qu’à la fin du Livre bleu, et ce, sans avoir jamais éclairé autant tout le devenir faisant passer du multiculturel à l’interculturel entre-temps affiché avant d’y aboutir que son rapport avec la gestion dite se modaliser et se diversifier en ces divers modes possibles pour rendre compte de la diversité (sociale) réelle, comme si la culture se confondait avec sa gestion et se constituer (socialement) avec se constitutionnaliser (juridiquement). C’est ce flou gestionnaire sur la culture qui fait que le Livre bleu fait s’interroger d’où peut bien sortir le projet de société (sociogénérativement culturel ?) pour s’y prêter. Il s’agit pourtant de deux volets qui, même s’ils restent distincts, s’articulent entre eux, comme cela a surgi dès Bodin lors de la Renaissance française: s’apercevoir en tant que nation est une chose, s’en faire reconnaître juridiquement et ce, d’autant mieux que l’État est indépendant pour y procéder en est une tout autre, même si les deux sont totalement indispensables l’un à l’autre, selon une même liberté, certes, mais sous condition expresse de ne pas confondre le libre arbitre (purement intérieur) et la liberté politique (exigeant d’agir d’emblée extérieurement avec d’autres, non de seulement gérer la relation même alors instaurée et a fortiori si pour la faire virer en fabrique identitaire d’État, tout en décalquant ainsi le trudeauisme jusqu’en sol québécois, si de façade indépendantiste puisse-t-il alors se dire). Il ne s’agit pas exactement de la seule indépendance censée être à fois moyen et fin, selon ce qu’en expose Jocelyn Caron, rédacteur du Livre bleu du PQ, en réponse à David Sanschagrin. Le dialogue entamé par le PQ avec les Premières Nations et Inuit, cet été 2026, pourrait être l’occasion d’en prendre conscience et de non seulement ajouter ce chapitre, mais d’en réviser depuis là tout le Livre bleu pour l’en clarifier.

La distinction issue de Freitag éclaire grandement toute l’évolution sociohistoricisante se produisant, selon l’autorégulation sociale ne s’instaurant qu’en se transfigurant, lorsque passant de culturelle-symbolique (inhérente à toutes les sociétés humaines premières) à politico-institutionnelle (dès et depuis l’émergence antique les Cités étatisantes) et enfin, à processuelle-décisionnelle (dès qu’ayant à articuler les deux et à y cerner l’incessant passage de l’une à l’autre, ce dont dépend, on s’en aperçoit, jusqu’à la forge de quelque dit État-nation). Trop peu s’aperçoive que ce processus décrit par Freitag correspond étonnamment à celui se tendant et menant de la nation à l’État, jusqu’au point d’en faire varier fort diversement le trait d’union en État-nation, ce qui est aussi le problème le plus fondamental jusque de l’ONU entière au XXIe siècle. Autrement dit, la problématique n’en est pas que québécoise, mais panplanétaire, tant sa singularité spécifique peut s’apercevoir s’y porter à l’universel. Et comme souligné par Arendt, s’éviter, sinon a fortiori se mesurer à la crise de la culture, exige l’action et non la fabrication (y compris sous figure de gestion, surtout si en culture, dont le cœur est l’identité), sauf à se la réintégrer sur cette sous-jacente base susceptible de l’en stimuler et alimenter. Seule l’action, non la fabrication identitaire d’État risquant tout au contraire de ne que la parasiter et même d’en virer en guerre culturelle tant qu’elle ne s’y incorpore pas, est vectrice de politique et surtout de tout processus alors enclenché, autant naturel que sociohistorique.

En plus de la culture, deux autres axes majeurs devraient être clarifiés à travers tout le Livre bleu du PQ.

D’une part, à propos de l’économie, surtout en ses assises en les ressources naturelles (non seulement au fédéral, mais aussi, même si autrement au Québec, par exemple en sa capacité hydroélectrique affectée par l’assèchement d’un important réservoir d’eau) et en regard dudit mal hollandais alors considéré être constitutivement mis en jeu: est-il possible de mieux cerner les causes des inflexions graphiquement illustrées (pp. 55-56) aux années mentionnées avoir fait s’inverser le rapport entre la péréquation et la part de la dette canadienne qui incombe et qui plombe depuis lors les finances du Québec ? Certes, une demande extérieure accrue de ressources naturelles (dont le pétrole albertain) a pu faire s’apprécier le dollar canadien et impacter grandement le secteur manufacturier (au ressort de la plus grande part des exportations québécoises), mais qu’est-ce qui faisait que le Canada s’y prêtait intérieurement, surtout si sans se soucier de son impact sur l’économie et la fiscalité du Québec ? Québec est-il sans risque semblable, même si autrement, si ses propres ressources naturelles les plus cruciales, dont l’hydroélectricité alimentant tant de foyers et d’entreprises, s’amoindrissent ou tout à l’inverse, peinent à répondre à une demande accrue, en particulier aux moments de pointe, par exemple en hiver, si les foyers, plus un plus grand nombre de voitures électriques et les entreprises, se font concurrence face à sa rareté dès lors intensifiée, sans parler des contrats passer avec des États des États-Unis qui, on le sait, sont fort prompts aux poursuites judiciaires et à toutes sortes de pression à prétention de juridiction extraterritoriale pour que ce ne soit pas eux qui en fassent les frais, mais les autres, en l’occurrence le Québec s’y étant engagé, mais est-ce prudemment ? Certes, il y a une entente avec l’éolien étatsunien pour se compenser mutuellement. Or, une compagnie étatsunienne vient d’acheter le tiers du parc éolien québécois. Et Trump entrave autant qu’il peut ce secteur. Surtout, qu’en est-il de l’écart entre les économies misant sur les ressources naturelles (non seulement l’énergie, mais les minéraux, etc.) et celles misant sur la plus-value issue, par-delà le secteur manufacturé (si prédominant au Québec), d’industries de transformation revendant des produits plus élaborés et plus chers?[cite: 2] Sont une combinaison toujours problématique toute faible productivité et toute faible concurrence d’une économie à moindre plus-value sur les marchés économiques (sauf si une forte emprise sur des ressources naturelles comme les minéraux critiques permet de contrôler l’initiation de la chaîne productive, à la façon de la Chine), surtout si avec enjeux écologiques.

Bref, si prégnant soit-il, ledit mal hollandais peut bien se constater et se décrire au point de pouvoir illustrer autant ses mécanismes que ses conséquences, mais qu’est-ce qui fait que le Canada s’y soit tant prêté et en quoi le Québec parviendrait-il, lui, à s’en garder en son propre sol québécois, une fois rendu indépendant (d’autant que le problème d’approvisionnement énergétique et minéralogique est mondial, même si sous des formes et des combinaisons variées allant du pétrole aux énergies renouvelables, etc.)? Comment ledit mal hollandais (pp. 55-56) se conjugue-t-il avec l’enflure bureaucratique fédérale s’étant produite peu avant (pp.139-145), surtout que le Livre bleu expose les deux en ordre inverse, a fortiori si l’on y prend aussi en considération la conjointe tendance fédérale advenue sous Trudeau fils à se dissocier de son propre fonctionnariat au profit d’un appel accru à des firmes extérieures de Conseil (dont Black Rock pour les infrastructures, McKinsey pour l’Initiative du siècle et en forçant l’immigration en totale incurie des capacités d’accueil, en termes de logements, écoles, garderies, etc.) ? Le Livre bleu ne procède ainsi qu’en venant d’introduire et de renvoyer (p. 139) à la Constitution provisoire écrite par André Binette en 1995 (en Annexe II) et censée être à réactiver si le PQ gagnait la prochaine élection à l’automne 2026 et s’il obtenait par la suite un référendum gagnant menant à l’indépendance. De là, le Livre bleu met bien tardivement en relation cette Constitution avec les problèmes quotidiens (p.388, 433…), ce en quoi il prête flanc à la critique du PLQ, mais aussi à la réaction de David Sanschagrin à laquelle Jocelyn Caron, rédacteur du Livre bleu, ne répond pas vraiment, du fait de ne pas s’adresser à l’impression donnée et très explicitement mentionnée comme ce qui pourrait entraver avec tout son imaginaire, jusqu’à la démarche vers l’indépendance pourtant promue. Il est crucial de se mesurer à soi-même et de vérifier s’il y a un écart entre ce qui est intentionnellement visé et ce qu’il en est en réalité, ne serait-ce que par l’impression alors donnée et risquant fort de conditionner le vote électoral. Une saine stratégie exige de mieux rendre compte de l’économie et de la fiscalité en leur impact sur les problèmes de la vie quotidienne et ce, en faisant ressortir comment le Québec pourrait mieux s’en sortir qu’avec et selon ce que le fédéral fait, mal hollandais inclus. Hormis les analyses approfondies pour savoir de quoi parler, il faut aussi pouvoir l’énoncer en des lieux et moments appropriés de façon simple et accessible à tout un chacun, au point de faire ressortir en quoi en être vraiment (non seulement abstraitement, mais surtout concrètement) concerné en sa vie quotidienne, car c’est là que séjourne l’impression en question, au ras du sol québécois où se vit (mieux ?) la vie (ensemble ?). Bref, la culture, faute de s’être suffisamment bien cernée dès le social, passe d’autant difficilement aux questions géopoliticoéconomiques, tout aussi pareillement tronquées.

D’autre part, il importe de s’interroger davantage quant à la façon (déjà fort culturelle) d’aborder la distinction entre gauche/droite. Au niveau constitutionnel, il s’agit de s’éviter les excès en ces deux sens inverses comme c’est arrivé au Chili Livre bleu, p.160-. Et on ne peut dénier que la problématique s’est fort diversifiée jusqu’en l’interrelation politique, elle-même à physiquement bien ancrée, non seulement en l’Assemblée nationale du Québec entre les Partis politiques, mais plus encore jusqu’au sein de maints d’entre eux. Même le PQ est passé de plus de gauche à plus de droite avant de clamer que l’indépendance n’est ni de gauche, ni de droite, mais pour tout le monde. Et aussi partout ailleurs. Face à Ottawa et au trudeauisme qui y prévaut et qui ne va aucunement juste laissez-faire, hormis son propre libéralisme anglosaxonisant à imposer partout et en tout et si décrié soit-il à travers tout le Livre bleu qui ne prête guère attention à la façon dont il s’impose subrepticement pour se conforter en son statu quo et ce, à travers le PLQ, tant la résistance n’est pas qu’externe mais interne jusqu’au sein du Québec et de son Assemblée nationale24. Le capitalisme proprement dit émerge en Angleterre en 1846 et se répand en ses colonies, à l’époque où Elgin accorde le gouvernement responsable au Canada-Uni pour faire se dissoudre au Bas-Canada l’opposition des Patriotes au pouvoir colonial au profit des gauche/droite, alors dites libérale/conservatrice, comme au Haut-Canada. Si les Conservateurs ont d’abord prévalu au début, surtout sous MacDonald, les Libéraux se sont par la suite imposés au point que le trudeauisme a fini par s’implanter et s’en mettre à s’absorber sous Carney jusqu’au programme conservateur. Là aussi, ce n’est plus gauche/droite qui prévalent, tout comme se le propose le Livre bleu du PQ. Il y a une sorte d’air du temps imprégnant les démarches politiques jusqu’aux plus opposées. Et cela ne date pas d’hier. Depuis le tournant du XXIe siècle, Lucien Bouchard, conservateur, a fondé le Bloc québécois et a travaillé de concert avec Jacques Parizeau (déjà en train de se démarquer de l’orientation plus sociale du PQ qui prévalait sous René Lévesque25), en vue du référendum de 1995, avant de devenir à son tour premier ministre du Québec sous la bannière du PQ. De même, Jean Charest, aussi conservateur, a pris la tête du PLQ qui s’en est mis à n’en être plus libéral que de nom, ce qui s’est poursuivi sous Philippe Couillard. Et quand le PLQ a recommencé à importer depuis Ottawa le libéralisme fédéraliste, il a sombré dans le scandale sous Pablo Rodriguez à cause de pratiques politiques douteuses ne relevant pas tant de lui que du PLC jusqu’en le PLQ, au point que ce dernier en est venu à se reconstituer une virginité à partir du sol québécois, sous le visage de Charles Milliard. Etc. Cherchez les gauche/droite. Jusqu’à la CAQ ne les a connues que par fusion de péquistes et de libéraux, eux-mêmes ainsi en voie de transformation, au ressort d’un autonomisme à la Duplessis se débattant sur la verticale hiérarchisante de la Province face au Fédéral d’autant antifédéralistement centralisateur que trudeauiste. À travers tout cela, plus fortement minoritaires, un Québec solidaire un tant soit peu plus évidemment de gauche (mais quelle gauche, si l’éveil social jusqu’en tout individu en tout humain y est tronqué, alors qu’il peut pourtant se renouveler à partir de la Renaissance italo-ficinienne s’étant faite française, de Rabelais à Descartes et ce, jusqu’en Nouvelle-France ?) et un Parti Conservateur un tant soit peu plus de droite (en particulier dans la région de Québec où possiblement percer). Gauche/droite n’ont vraiment plus la cote, même si elles perdurent et rejaillissent encore un tant soit peu de ci, de là, ce qui permet de moins se surprendre que le Livre bleu propose une indépendance ne se réclamant ni de gauche, ni de droite, mais pour tout le monde, d’où ne plus les trouver ainsi que sur les marges jusqu’en l’Assemblée nationale du Québec. Il faut surtout prendre en compte que les masses politiques un tant soit peu imposantes et centrales en train de se constituer sont toutes ambiguës (PQ, CAQ, PLQ) et que c’est entre elles, plus qu’entre les plus distinctes gauche/droite, que s’annonce s’effectuer principalement (selon les sondages) la prochaine course électorale. Mes livres publiés depuis 2022 établissent que l’enjeu n’est plus au XXIe siècle entre gauche/droite, y compris si se disant ni de gauche, ni droite, mais relève de la tension entre les deux s’en orientant en deux sens inverses (lévogyre/dextrogyre) et selon que ceux-ci parviennent ou non à plus ou moins bien s’équilibrer entre eux. La biasymétrie peut être relationnellement tissante, sinon, comme en la pleine indépendance, se disjoindre en deux asymétries s’en juxtaposant.

Si le Québec est dans le Canada (a fortiori trudeauisé), se pose la question de la biasymétrie plus ou moins bien énantiodynamiquement fonctionnelle, ce qui ne peut se faire sans que se constituer socialement en se cultivant tel se constitutionnalise d’une façon québécoise d’emblée apte à se mesurer autant au parasitage trudeauiste de la Charte québécoise par lequel il a instauré sa propre Charte depuis son rapatriement unilatéral en 1982 de la Constitution de 1867, alors elle aussi biaisée pour y parvenir.

Si le Québec est indépendant, il lui faut instaurer une asymétrie distincte de celle qui s’impose et s’amplifie depuis le trudeauisme, à la façon de ce qu’en propose André Binette, certes en se démarquant de la monarchie poursuivie en héritage centralisateur fédéral si antifédéralement opérant, au profit d’une République (représentative et laïque), mais aussi en retournant les problèmes d’asymétrie instaurés par le trudeauisme depuis cette asymétrie québécoise s’en dégageant et les lui renvoyant, a fortiori si c’est en procédant par son propre rapatriement unilatéral de la Constitution de 1867, mais délestée de tous ses symboles monarchiques. Il faut lire la plus récente publication d’André Binette à ce propos, alors qu’il précise aussi de quelle façon peuvent s’intégrer les droits autochtones en un Québec indépendant, en s’appuyant sur le droit international déjà existant26. Il y est plus explicite quant au fait que l’indépendance n’est pas une simple proclamation, fût-ce constitutionnellement étayée, mais une lutte qui s’engage depuis une asymétrie s’apercevant s’instaurer à l’inverse de l’autre, à savoir la trudeauiste, à ne plus subir, mais à renvoyer toujours plus à elle-même. Si le Québec fait à son tour son propre rapatriement unilatéral de la Constitution de 1867, il se mesurerait à ce que le trudeauisme biaise en même temps qu’il parasite la Charte des droits et libertés de la personne du Québec. D’où, si cela fonctionnait, l’entrechoc des asymétries. Bref, que le Québec soit dans le Canada, mais en s’y rendant plus autonome, ou qu’il soit d’emblée pleinement indépendant, resurgit en tous ces cas, le même triangle constitutionnel auquel se mesurer27. Même le PLQ ne peut chercher à l’éviter qu’en perpétuant subrepticement le statu quo trudeauiste biaisant la Constitution de 1867 et en parasitant la Charte québécoise déjà quasi constitutionnelle.

Cet évitement s’éclaire par le fait que c’est loin d’être aisément faisable et gagné, car l’article 52(1) établit que la Constitution du Canada est la loi suprême et rend inopérantes toutes les dispositions législatives incompatibles avec elle. L’article 52(1) stipule que toute loi ou disposition législative incompatible avec la Constitution est inopérante dans la mesure de son incompatibilité. Cela signifie que lorsqu’un tribunal constate qu’une loi viole la Constitution ou restreint injustement un droit garanti par la Charte, cette disposition ne peut produire d’effet juridique (R. c. Ferguson, [2008] 1 R.C.S. 96, par. 35) et doit être traitée comme nulle ou inapplicable (Ontario (Procureur général) c. G, 2020 CSC 38, par. 89)28. Par contre, le paragraphe 52(1) devrait être lu de concert avec le paragraphe 24(1). Le paragraphe 52(1) traite des lois qui sont incompatibles avec la Constitution, tandis que le paragraphe 24(1) prévoit des réparations à l’encontre d’un acte inconstitutionnel du gouvernement. Il y aurait donc une voie de passage, étant donné la teneur inconstitutionnelle de la trudeauiste Constitution de 1982. Que dit le PLQ face au PLC? Bien noter le contraste par rapport aux États-Unis où la Constitution des États échappe à la Constitution fédérale, sous réserve d’incorporation par les Bills of Rights permettant aux citoyens de se défendre contre leurs États. Sinon, la Cour suprême des États-Unis et les tribunaux fédéraux des États-Unis n’ont pas de pouvoir de contrôle sur les Constitutions des États qui en sont relativement indépendants et pourtant dans le même pays. Par contre, les États-Unis trumpiens ont trouvé une voie de contournement : les droits humains ne seraient que des « droits naturels » individuels et surtout pas sociaux, et que donnés tels par Dieu, de sorte que le gouvernement ne ferait que les défendre. La trudeauiste Charte de 1982 dit-elle autre chose, hormis de faire de cette mosaïque d’individus le levier d’une mosaïque de communautés ethnoraciales et ce, jusqu’à l’ethnoracialisme, selon qui (le fédéral et tous ceux qui s’y alignent) monopolise(nt) l’accusation d’ethnoracisme, question d’abattre, surtout si au Québec, tous ceux osant rappeler que le social peut d’autant s’intégrer l’ethnoracial, au lieu de s’y faire laminer, que l’humain se sociogénère en se cultivant jusqu’en tout individu (au gré d’un sens de soi d’autant constitué d’une part acquise que d’emblée chargé du sens d’autrui) et suscite ainsi sa propre convergence culturelle (se refusant à s’assimiler autrui si important pour lui)? Faites-en part aux Premières Nations et Inuit comme ce qu’a été, est et sera la société civile québécoise et a fortiori l’ouverture à celle-ci qu’entend instaurer le gouvernement québécois, même face à ce fédéraliste laminoir assimilateur.

Que Guillaume Rousseau soit élu ou non pour la CAQ dans Richmond, mais surtout s’il l’est et si le Parti Québécois (avec son Livre bleu: révisé ou non ?) est possiblement porté au pouvoir, sans parler du PLQ renaissant en tiers et contribuant avec le PQ à désintégrer en partie ce qui s’est entre-temps intégré de péquistes et fédéralistes en CAQ, j’ai bien hâte de voir et d’entendre de quelle façon (fort culturelle, de sociale jusqu’en politique) il en sera question. Guillaume Rousseau a tout de même retracé la forge sociohistorique de la conception de la convergence culturelle et a été l’un des principaux rédacteurs du projet caquiste de la loi constitutionnelle, même si ce projet est mort au feuilleton en juin 2026. Le point le plus crucial est que l’exigence constitutionnelle québécoise s’est accentuée ces dernières années, de même que l’interpellation, même si plus ou moins bien réussie jusqu’à présent, de la société civile, a fortiori de sa sociogénérative capacité l’en faisant se cultiver. Je ne puis que penser à Bodin qui, dès la Renaissance française, a réussi à conjuguer et s’intégrer les deux, sans parler de tout le conjoint essor menant Du débat entre Ficin et Pic à Rabelais. La Renaissance philosophique, d’italienne à française, a fortiori du fait qu’en a surgi Rabelais selon Montaigne. Vers la raison pure cartésienne et sa critique, de Kant au XXIe siècle, car les instances mentales se sont alors littérairement empersonnifiées à même la forge de la langue française qui est encore celle que nous parlons aujourd’hui. Le droit ne peut émerger et se constituer qu’à même une intellectualisation de soi émergeant avec la langue par laquelle en parler et a fortiori l’écrire, surtout en français. L’école et autres instances adjacentes, en puisant à la société et y contribuant d’autant en retour, constituent le vecteur social de la transmission culturelle institutionnellement privilégiée de cette intellectualisation de soi, bien avant, mais a fortiori si s’adonnant par surcroît au droit, jusqu’au plus constitutionnel.

Québec Solidaire, dans son manifeste d’un Nouveau Québec libre, tient-il compte de tout ce devenir intérieur de tout un chacun d’emblée si socialement qu’institutionnellement ancré, lorsqu’il propose de l’élire, d’écrire ensemble par une Assemblée constituante citoyenne la Constitution du Québec, de la soumettre et valider par référendum (en demandant « voulez-vous de cette constitution d’un Québec indépendant ? ») et de là, si tout cela a fonctionné, de déclarer son indépendance (comme si la question des institutions, mais surtout de leur développement jusqu’en leur intériorisation en tout un chacun se réglerait aussi du même coup, comme par enchantement) ? Le PQ pense que non et n’y aperçoit qu’un mélange de deux questions, à savoir la forme des institutions et l’indépendance, ce qui favoriserait d’autant une coalition du non. Toutefois, plus que d’un simple mélange, il s’agit plutôt, comme ici souligné, d’un processus tronqué ne prenant pas suffisamment en compte en la société civile son état d’éveil réel à son devenir humain, à savoir jamais individuel que d’emblée si social que devenant apte en tout un chacun à s’apercevoir d’autant, en sa propre trajectoire de vie, de sa propre inscription institutionnelle en covariant que de ce qui s’en intériorise ainsi, plutôt que d’en présumer, comme si ça allait d’emblée de soi.

Enfin, se questionne jusqu’à quel point une tendance de gauche s’ancre vraiment en ses propres conditions de possibilité et de là, permet plus généralement à tous de mieux et vraiment s’y éveiller et d’en prendre conscience comme d’où constituer une meilleure assise d’où agir. De fait, on retrouve en QS la même faille qu’en le PQ quant à la conception de la culture: si la culture n’est pas d’emblée, c’est-à-dire au point de départ de toute la démarche, aperçue se sociogénérer (par convergence culturelle en constituant jusqu’à présent la meilleure expression), on se retrouve dans d’incessants problèmes s’étant radicalisés depuis Kant, en s’étant distancé de ce qui s’en forge socialement pour l’exhausser dans une forme en tant que forme au ressort de l’émergence des Beaux-Arts. Le problème est que la culture, originairement sociale, ne s’énonce plus alors d’abord et avant tout telle, à savoir sociale, que comme artistique. Ainsi, même le PQ en son Livre bleu, emploie le mot culture sans l’en spécifier explicitement artistique et en ne parlant pourtant plus que du seul artistique, comme si promouvoir la culture était identiquement et seulement promouvoir l’artistique. Or, si la culture, d’abord sociogénérative, peut être artistique et que peut s’en expliciter une culture artistique, dire le mot « culture » partout où il s’agit pourtant de son expression plus spécifique et en l’occurrence artistique, crée un porte-à-faux. Il conviendrait de distinguer la culture comme telle, en tant que se sociogénérant, et la culture artistique, à savoir la culture en tant que spécifiée et surtout explicitée en sa teneur artistique, non en disant le mot « culture » et en sous-entendant qu’il s’agit de l’art. Cette difficulté n’est pas propre au PQ, car elle est largement répandue depuis Kant, mais le PQ ne s’en est pas aperçu et ne l’a pas prise en compte dans son Livre bleu. QS, lui, souligne toutes sortes de souveraineté (économique, alimentaire, culturelle et écologique) et sous le volet de la souveraineté culturelle, l’infléchit en la contextualisant surtout sous l’angle de la communication: «Dans un monde dominé par les géants du numérique et l’intelligence artificielle, nous voulons protéger le français, soutenir la création culturelle et donner toute leur place aux langues et cultures des Premières Nations et des Inuit.29» Or, la culture se crée d’abord comme telle, par sociogenèse, si pour se doter des contenus l’exprimant et s’en communiquant, ce qui n’équivaut pas nécessairement à la marchandiser en s’accaparant et monopolisant les principaux moyens de communication, en l’occurrence les plateformes numériques, au point de faire accroire que la culture ne serait plus rien d’autre que ce qui s’y trouve mis en scène. Dès la simple attitude face à quoi que ce soit de la nature (du sein de nous jusque tout autour), surgit la culture, là où il n’y aurait autrement que nature. De là, surgissent les habitudes, voire les habitus, au gré des us et coutumes au seuil de toute institutionnalisation, comme ce dont jaillissent ensuite les règles (ou règlements), a fortiori si sous l’égide des lois advenant avec et depuis les antiques Cités étatisantes et se déterminant en raison pour peu que s’apercevant s’en intellectualiser, voire s’en institutionnaliser à cette fin par l’école, comme depuis le Moyen-Âge l’ayant inventée. Mais surtout depuis que la Renaissance a fait se poursuivre l’inaugurale culture (soigner, élever, se rendre le monde humainement habitable) issue des Romains par une telle conduite mentale s’intégrant d’autant au sens de soi qu’exigeant une telle, mais plus socialement pervasive institution s’articulant avec celle de la famille en la trajectoire de vie de tout un chacun. Bref, la culture est d’autant mieux artistique qu’elle évoque et s’ancre en sa sociogenèse, ce par quoi elle peut être québécoise et de langue française, et toute création plus générale de contenu, surtout si passant par des voies appropriées de communication lui permettant de s’exprimer, en est justement une généralisation pour autant que se décolonisant (en particulier de l’IA sous contrôle des plateformes numériques étatsuniennes) et s’apercevant de sous le Canada trudeauiste (d’apparence fédérale, mais si hypercentralisateur qu’unitaire), mais d’abord de sous l’AANB (faisant suite au Canada-Uni issu des Bas-Canada et Haut-Canada), du fait que le Canada laurentien n’a été au cœur de la Nouvelle-France qu’en permettant aux Français venus, puis ensuite nés au pays, de partager un tant soit peu l’autochtonie des Premières Nations (dont les Wendake, dits Hurons, auxquels le mot « Canada », signifiant « habitation », a été emprunté) et des Inuit. Le tout bien avant de s’angliciser, en particulier au gré de l’immigration le plus souvent sous contrôle anglais encore fort colonial et en impliquant tout le devenir géopoliticoéconomique en cause. Et d’abord avant la façon même de pouvoir parvenir à en parler, surtout depuis le trudeauisme. Manque cruellement une histoire non pas tant du Canada que de tous ces Canadas. Et la pire cruauté est bel et bien d’avoir confondu et assimilé le Canada-Uni en un présomptif Canada trudeauiste unitaire et d’en avoir d’autant biaisé tout l’entre-deux, à savoir le Canada de l’AANB pourtant susceptible de les articuler et surtout de sociohistoriciser le tout, d’autant qu’il a parasité la Charte québécoise. Il l’a parasité d’autant plus aisément que, depuis les années 1960, la forte émergence de l’État québécois en même temps que de l’identité québécoise s’est peut-être un peu trop facilement et conjointement accompagnée d’un abandon total de tout Canada au seul fédéral l’en centralisant toujours plus unitairement depuis Trudeau père.

Or le Canada autochtone conserve seul encore le sens de s’en rendre le pays habitable, au point de pouvoir s’en articuler autant avec l’origine romaine de la notion de la culture comportant déjà ce sens qu’avec l’exigence écosystémique généralisée imprégnant toute notre époque. Ce sens s’est indûment estompé avec le sens du Canada laurentien qui le véhiculait encore un tant soit peu et qui est seul à avoir pu se sociogénérer en Canadien (le Français venu, puis né au pays, voire aussi appelé l’habitant, d’où a fortiori le surnom même des Canadiens de Montréal au hockey, à savoir les Habs-du moins pour les intimes-, etc.), bien avant tout son devenir en Canadien français et a fortiori en décalque du Canadien anglais qui s’est imposé toujours plus d’emblée Canadian jusqu’au Canadien, ce par quoi le trudeauisme se présume avoir parachevé la Conquête du Canada par la Conquête du Canadien « as Canadian », de sorte que cela seul est censé d’autant constitué le Canada que l’en constitutionnaliser tel, dès son « rapatriement » unilatéral de sa Constitution de 1982 sans et contre le Québec comme ce qui l’illustre.

Jusqu’aux langues constitutionnelles de 1867 n’en sont plus depuis lors jamais des langues officielles (d’apparence sociale, d’autant en tant que langue la plus maternelle que du fait d’en être française, et d’insister ainsi constitutivement sur le fait social de la langue, selon cette expression même de « langues officielles »), que tout au contraire d’abord des « official languages » d’emblée fort anglicisants, par fusion totale entre « the mother tongue as first language » (censé équivaloir un tant soit peu à la sociale et francisante langue maternelle) et « the language » (comme si l’individuel ainsi considéré dès l’enfance coïncidait si directement avec l’espèce entière qu’uniquement immédiatement et donc, sans médiation autant du social que de la langue l’exprimant d’emblée en français).

Lorsque QS considère un tel Canada (si trudeauiste) comme irréformable et propose l’indépendance depuis là, s’aperçoit-il que la fort culturelle manière de parler conditionne jusqu’à toute parole que ce soit pouvant alors en être dite ? Et ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres. Le fait que la Charte québécoise, quasi constitutionnelle comme l’a fait remarquer le PQ, en est une de la personne (et a fortiori le fait que toute la société civile s’y trouve prise entre ses teneurs civique et citoyenne) en est un autre exemple non moins important, si pour comprendre ce qui a pu se prêter à son parasitage trudeauiste et si pour pouvoir mieux s’y mesurer, voire s’en sortir, a fortiori si par indépendance. Il serait temps que le Québec se sonde davantage lui-même si pour donner quelque consistance à sa devise: « je me souviens… ». Est-ce se souvenir de soi et par là, de sa façon d’être, d’agir et de se situer au monde? Sans cela, aucune Assemblée constituante ne peut guère être vraiment viable. Et ce, uniquement si c’est bien la meilleure voie, si parvenant à être suffisamment balisée, ce dont, plus que le seul PQ, le constitutionnaliste André Binette doute d’autant déjà qu’il semble en avoir retracé à travers le monde divers échecs à propos desquels il faudrait d’abord s’interroger avant de la promouvoir et aller plus de l’avant en ce sens. Or, hormis les auteurs retraçant et mettant autant au jour qu’en relief la notion de convergence culturelle, qui d’autres ont eu assez de mémoire remontant aux débuts même de ce qui est devenu le Québec ? Ni le PQ, ni QS n’en ont fait l’assise de leur conception de la culture s’y trouvant pourtant en cause. Qu’est jusqu’à la sociohistoricité s’en déployant, si la culture même, en son mot et surtout en son sens livrant, seul, la teneur véritable de sa notion, n’est pas d’emblée considérée en sa teneur sociogénérative et ce, telle que susceptible de s’intérioriser en tout un chacun, donc en tout individu, et de l’en révéler humain, voire possiblement aussi, depuis là, humaniste, si se souciant un tant soit peu de sa capacité à s’apercevoir tel? Comment, sans cela, se contextualiser et tirer son épingle du jeu de l’époque qui s’instaure au XXIe siècle et qui est si marquée par les guerres culturelles s’en géopolitisant tous azimuts à même toute géophysique, si écosystémiquement considérée ou tout au contraire déniée soit-elle ? Qu’est la liberté si sans être sensée ? Cette problématique est si pervasive que jusqu’à l’ONU en est ébranlée. Comme cela apparaît par les diverses démarches de ces dernières années, c’est jusque-là que tend à percoler et remonter toute géopolitique constitutionnelle s’en trouvant au moins débattue, dont celle entre le Canada et le Québec, mais, comme il vient d’être signalé, aussi de l’autochtonie en cause, dès les Premières Nations et les Inuit, si l’enjeu est bel et bien un pays, mais habitable. Justement en s’y cultivant et ce, jusqu’en sa politique exigeant sa propre liberté, certes, mais sensée.

1. « la fusion de ministères, la rationalisation des dépenses publiques et l’abolition de nombreux organismes de la bureaucratie fédérale nous donnent également une autre grande opportunité: celle de redonner de la liberté financière aux citoyens qui sont étouffés par le cout de la vie quotidienne. » (p. 139).
2. « Les débats constitutionnels sont parfois perçus par la population comme des exercices abstraits et techniques. On peut le comprendre aisément: les préoccupations du quotidien le cout de la vie, l’accès aux services publics, le logement, l’éducation ou la sante semblent souvent bien éloignées du design institutionnel d’un pays et des grandes architectures juridiques qui l’encadrent.
Il s’agit pourtant d’un exercice d’une importance capitale. Une constitution n’est pas qu’un texte réservé aux juristes ou aux spécialistes: elle définit les règles fondamentales de notre vie démocratique, l’organisation de nos institutions, la répartition des pouvoirs et les principes qui guideront l’action collective. Elle exercera donc une influence déterminante sur notre démocratie nationale et donc sur la qualité de nos décisions pour chacune de nos préoccupations du quotidien.
Nous aurons ainsi la chance d’organiser enfin notre pays selon nos propres valeurs, nos propres objectifs et notre propre conception du bien commun. Ce moment constituera bien davantage qu’une formalité institutionnelle: il marquera le véritable commencement de notre liberté collective, c’est-à-dire la possibilité pleine et entière de décider nous-mêmes de notre avenir. » (p. 175)
3. Livre bleu, p. 159, puis 175, 212, 243, 460-463… De fait, la page de couverture du Livre bleu annonce d’emblée son orientation générale: « Un Québec libre de ses choix ».
4. https://www.journaldemontreal.com > les-derives-economiques-et-politiques-du-livre-bleu, 2026-06-27. Même si le trudeauisme n’est pas seul responsable, son incurie a aggravé grandement la situation. En se limitant à un seul constat de ce qui s’est aggravé et même si maintes autres causes y contribuent, une récente mise au point sur la situation illustre à quel point un problème particulier, en l’occurrence de logement, fait d’immenses taches débordant en maints autres problèmes sociaux (violence conjugale, décrochage scolaire, instabilité familiale-propice à l’hyperindividualisme-, etc.):
https://www.msn.com/fr-ca/divertissement/celebrites/une-nouvelle-étude-quebecoise-met-en-evidence-les-liens-entre-la-crise-du-logement-et-les-problemes-sociaux
5. https://www.journaldequebec.com > quel-projet-de-societe-au-pq, 2026-06-28/29.
6. https://www.tvanouvelles.ca > lindependance-du-quebec-cest-pour-tout-le-monde, 2026-06-29.
7. Annah Arendt, La crise de la culture, Paris, Gallimard, 1972, p.81.
8. Annah Arendt, La crise de la culture, Paris, Gallimard, 1972, p. 189.
9. Arendt, ibidem, p.271.
10. « Le grand art et la grande poésie romains sont nés sous l’impact de l’héritage grec que les Romains, mais jamais les Grecs, surent soigner et préserver. La raison pour laquelle il n’y a pas d’équivalent grec au concept romain de culture réside en la prédominance des arts de la fabrication dans la civilisation grecques. Tandis que les Romains tendaient à considérer même l’art comme une espèce d’agriculture, de culture de la nature, les Grecs tendaient à considérer même l’agriculture comme un élément de fabrication, comme appartenant aux artifices « techniques » ingénieux et adroits par lesquels l’homme, plus effrayant que tout ce qui est, domestique et domine la nature. Ce que nous considérons, sous l’emprise encore de l’héritage romain, comme la plus naturelle et la plus paisible des activités humaines, labourer la terre, les Grecs le comprenaient comme une entreprise audacieuse, violente dans laquelle, année après année, la terre, inépuisable et infatigable, est dérangée et violée. Les Grecs ne savaient pas ce qu’est la culture parce qu’ils ne cultivaient pas la nature mais plutôt arrachaient aux entrailles de la terre les fruits que les dieux avaient cachés aux hommes (Hésiode); et étroitement lié à cela, le grand respect romain pour le témoignage du passé en tant que tel, auquel nous devons non seulement la conservation de l’héritage grec mais la continuité même de notre tradition, leur était tout à fait étranger. » (pp. 272-273) Cette dernière phrase est cruciale et peut se prolonger par un problème, non seulement culturel, mais éducatif majeur, en tant que transmission culturelle: si les Grecs arrachaient à la terre et à la nature en général les secrets y étant cachés, c’est que cet arrachement même faisant s’y instruire. Or, cette instruction ne devient culture qu’en s’intégrant et se reprenant depuis la culture initialement cernée telle uniquement depuis les Romains. S’éclaire tout ce qui en rebondit au Québec, surtout depuis la Révolution tranquille, par la confusion entre éducation et instruction. Comme cerné dès la Renaissance, l’éducation est d’abord soigner, élever, se rendre habitable, à la façon romaine, et de là, seulement alors et en ce contexte, s’instruire.
11. Arendt, ibidem, pp.188 et suivantes.
12. Arendt, ibidem, p. 192. J’intègre les parenthèses et une légère reformulation.
13. Le Livre Bleu présume beaucoup lorsqu’il énonce sans rien en clarifier le mot « donc » : « Le Québec dispose déjà d’une architecture juridique impressionnante concernant les droits de la personne et donc des minorités. ». Il ne s’agit d’une évidence que pour lui seul, faute de tenir compte de tout ce qui en est d’emblée de part en part biaisé selon une tout autre évidence qui, elle, émane du trudeauisme. La personne, plus que le seul citoyen et a fortiori le simple individu présumé si individualiste que n’avoir d’autre teneur sociale qu’annexe et dérogatoire comme en la trudeauiste Constitution de 1982 parasitant à cette fin la Charte québécoise des droits et libertés de la personne, constitue une tout autre assise des droits de tous et en particulier des minorités. Simple question: en la société civile, la personne perdure-t-elle si sa civilité même se nivelle de civique (pour que s’instaure le projet social québécois du mieux-vivre ensemble) en seulement citoyenne (qui, si isolément considérée, est autrement à risque de se prêter au laminage trudeauiste par double mosaïque, même si se transposant éventuellement, par indépendance du Québec en regard du Canada trudeauiste, en plus strictement québécoise)? Sans aborder cette question est-il possible d’examiner ce qui a fait que la Charte québécoise puisse être parasitée par la trudeauiste Constitution de 1982 en biaisant la Constitution de 1867 ?
14. Guy Laforest, dans son Mémoire portant sur un nouvel imaginaire des relations intergouvernementales, le 26 août 2024, p. 12, rappelle que « Comme le Québec de l’époque 1860-1867 tenait mordicus à la juridiction autonome sur la propriété et les droits civils, éventuellement consacrée à l’article 92(13) de la Loi de 1867, le Québec est clairement exclu du libellé de l’article 94, lequel permet au gouvernement fédéral, avec le consentement explicite des assemblées législatives des provinces de common law concernées, de légiférer pour homogénéiser le champ de la propriété et des droits civils. Comme les débats au Parlement du Canada-Uni en 1865 le révèlent aussi clairement, le Québec est donc exclu de telles initiatives homogénéisatrices. »
15. Rappelons l’inversion référentielle extralinguistique jusqu’en et au cœur de la linguistique, tant la réalité se révèle surgir totalement en miroir entre anglais et français: l’anglais ne dit her wife, his husband ou her wife, his man que si le genre de la personne conjointe est inverse, dès le cisgenre jusqu’en LGBTQ. C’est au contraire déjà inclus pour tous en les expressions françaises sans les changer, car l’adjectif possessif et l’article s’accordent habituellement en genre et en nombre avec le nom (substantif): tous peuvent dire et disent, en leur condition propre de vie et selon leur situation, sa femme, son homme. L’anglais ne se parle que depuis l’autre des deux de tout un chacun des deux, tandis que le français permet à tout un chacun de s’universaliser d’emblée, car rien n’y vaut jamais pour l’un que du même coup aussi pour l’autre des deux.
16. Livre bleu, p. 18.
17. « Le multiculturalisme est un mode de gestion de la diversité, comme l’interculturalisme, la convergence culturelle, l’assimilation, etc. Ainsi, s’opposer au multiculturalisme ne signifie en aucun cas être opposé à la diversité culturelle des individus » (p. 18, un peu avant l’examen de la « psychologie de la séparation »).
18. Isabelle Jan, La littérature enfantine, Paris, Éditions ouvrières, 1975, p.74 et suivantes.
19. Livre bleu, p. 19.
20. Guillaume Rousseau, avec François Côté, Vers une politique de la convergence culturelle et des valeurs québécoises, Institut de recherche sur le Quebec, 2014 [En ligne] https://irq.quebec/publications/politique-de-la-convergence-culturelle.
21. Bien noter qu’il ne s’agit aucunement d’une simple mosaïque de communautés et d’individus, car la mosaïque des individus présumés d’emblée individualistes est le levier de la mosaïque des communautés d’emblée ethnoraciales en lesquelles laminer toute question sociale en même temps que se l’annexer et rendre dérogatoire de façon à la manipuler. Il faut donc nuancer et préciser le propos suivant: « Loin d’être un simple outil de protection des droits, la Charte canadienne des droits et libertés est le principal instrument d’un projet de nation building visant à forger une identité pancanadienne. Ce modèle, souvent qualifié de « post-national » ou de « communautariste », redéfinit le Canada comme une nation composée d’une mosaïque de communautés et d’individus. » (Livre bleu, p.54). Comme il y a un libéralisme politique et économique, il s’agit d’un libéralisme culturel disant s’exprimer sous visage multiculturel et se faisant plutôt guerre culturelle pour imposer son projet de nation building axée sur une pancanadienne fabrique identitaire d’État sous façade faisant accroire que pour la Constitution de 1982, un droit est un droit (Carney dixit) et qu’il s’agit uniquement de le défendre et protéger. Le Livre bleu a bien raison de dénoncer ce porte-à-faux trudeauiste, mais son ressort constitutif sous forme d’une double mosaïque, dont l’une est levier de l’autre, est à mieux cerner et ce, en tant qu’à l’image de la Constitution de 1982 dont elle assure en retour la capacité opérante, car faisant tout se constituer tel. Se constituer est se constitutionnaliser et, réciproquement, rien de la Constitution en cause ne peut perdurer que pour autant que se reconduit incessamment la sous-jacente exigence de se constituer par laquelle subsister.
22. Livre bleu, p. 54.
23. Livre bleu, p. 452. Selon Guillaume Rousseau et François Côté, il s’agit d’une politique de convergence culturelle (Livre bleu, p.455, référence 19), non d’une gestion (selon le Livre bleu, p.18). Et cette politique, en son projet de loi en Annexe, est bel et bien axée sur l’action de l’Administration (en en détaillant les diverses instances en cause) et de la société. Et comme signalé dans une note précédente, la langue française se porte d’autant à l’universel qu’elle parvient à se distinguer de l’anglais opérant en miroir, dès le sexe et le genre. Ces manières fort inverses de parler sont culturelles par leurs socioréférences extralinguistiques s’opérant à même les linguistiques en cause. En prendre conscience peut permettre d’examiner leur convergence avant de pouvoir gérer ce qui en est gérable.
24. Le PLQ a beau jeu, du fait de bénéficier de la situation créée au Québec par le PLC si de part en part trudeauiste, surtout qu’ayant poursuivi la tâche assimilatrice de Durham, via Elgin (favorisant lesdites gauche/droite, libérale/conservatrice), à MacDonald, puis Sifton (sous Laurier) et enfin, sous les Trudeau par une immigration faite levier pour dissoudre, non seulement le français à l’échelle pancanadienne où ne le défendre qu’une fois devenu radicalement minoritaire, mais jusqu’en le Québec en ce qui lui en est encore trop français. Le poids sociodémographique du fait français pancanadien décline de Durham (environ 50%) à Sifton, sous Laurier (environ 30%), et enfin, aux Trudeau et à Carney (à peine au-dessus des 20%). Si l’enjeu est de se constituer socialement et s’en cultiver tel jusqu’à pouvoir se constitutionnaliser juridiquement, il devient d’autant aisé de faire jouer les seuls dits problèmes de la vie quotidienne se magnifiant avec cet état sociodémographique et de faire accroire que s’intéresser à ce devenir constitutionnel les néglige. S’y est adonné Charles Milliard, chef du PLQ, en réponse (quelque peu surfaite) au Livre bleu du PQ.
25. « Élaboré sous le premier gouvernement de René Lévesque, dans le cadre de la Politique québécoise du développement culturel de 1978, l’objectif de la culture de convergence est non pas une juxtaposition des traditions culturelles, mais une convergence des efforts vers la réalisation d’un projet culturel collectif. » Guillaume Rousseau, avec François Côté, Vers une politique de la convergence culturelle et des valeurs québécoises, ibidem.
26. A. Binette, La source juridique de la sécession au Canada. Les droits autochtones et l’indépendance, L’Aut’Journal, no 447, juin 2026, pp. 16-17.
27. L’image à en dégager pour en nourrir l’imaginaire sociopolitique est celle du problème des trois corps bien plus que d’un dit triangle des Bermudes où s’engouffrer et disparaître.
28. Voir Chartepédia – Paragraphe 52(1) – Primauté de la Constitution.
29. https://www.nouveauquebec.info.