Banniere Yvan Morin

1.1 Problématique genèse structurale inhérente à une géopolitique métamorphique sise sur une telle fantaisie protéiforme

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Machiavel a déjà établi que contrôler la peur des gens était maîtriser leur âme, mais il fallait préciser que ce l’était, en leur âme, de leur fantaisie (par laquelle susciter et littéralement leur faire imaginer cette crainte de ce qui peut affliger) depuis la seule sienne propre d’où l’en désirer comme ce dont jouir et s’en repaître au point d’infléchir jusqu’à toute capacité de pensée, d’abord de libre pensée et de sa libre expression, dès quelque joute verbale politique (d’exécutive à législative et enfin, juridique), a fortiori médiatique ou tout simplement civile, dont charcuter les circonscriptions pour en prédéterminer tout vote électoral à sa seule propre faveur et faire accroire que subsiste, même si uniquement de façade, quelque démocratie, alors que virant pourtant toujours plus en autocratie. On y aperçoit la façon dont un régime politique ne change qu’en s’intériorisant tel (fût-ce de force) en tout un chacun à même la réalité la plus géophysique (territorialement taillée sur mesure et à sa fantaisie en les circonscriptions électorales pour les faire s’y conformer).

Il faut se rappeler les divers régimes politiques et leur transformation structurale l’un en l’autre. Platon en a déjà établi une diversité logique (aristocratie, timocratie, oligarchie, démocratie, tyrannie) dans sa République (Livres VII-VIII). Aristote a magnifié leur dichotomisante distinction selon celle entre arts libéraux (nobles) et arts serviles (Politique VIII, 2). Et Polybe a tenté d’établir leur anacyclose qu’est leur éventuel devenir sociohistorique faisant jouer et varier en tous cette dichotomie, si logiquement diverse soit-elle: monarchie (pouvoir d’un seul sur tous), tyrannie (pouvoir d’un seul, mais si absolu que sans respect des lois), aristocratie (pouvoir d’un petit nombre de chefs), ploutocratie (pouvoir oligarchique de la richesse), démocratie (pouvoir du peuple mais à l’époque, des seuls si nobles citoyens par distinction des esclaves), ochlocratie (pouvoir de la foule)… revenant à la monarchie, voire à la tyrannie, fût-ce via une aristocratie électoraliste à implanter pour d’autant s’en trouver soutenue que la doubler d’une ploutocratie l’étayant à son tour, jusqu’au point de suspendre toute démocratie trop susceptible de chercher à revenir et pour ce faire, en vue de la dissoudre le plus possible démagogiquement (d’où l’ochlocratie faite populisme) et pouvoir se maintenir et perdurer. Un régime politique ne s’instaure qu’en se prémunissant et en infléchissant tous les autres pouvant le concurrencer, mais ne pouvant tout un chacun d’eux s’établir qu’en le transformant selon le devenir en cause. Ce caractère métamorphique des régimes politiques, au ressort et au cœur de la géopolitique s’instaure à même la sous-jacente géophysique, non seulement environnante, mais d’abord et surtout du sein de tout un chacun appelé et incité à donner son image du corps (et a fortiori les affections de sa fantaisie la produisant et seule apte à être si protéiforme qu’à se prêter à une telle puissance géopolitique si métamorphique) pour son corps, comme si son corps, voire, disait Descartes, son corps-cadavre.

Rendre compte de leur devenir exige une sociologie de la transfiguration, tant cette géopolitique, pour être métamorphique, passe par une imagination productrice fort protéiforme, ce qu’est la fantaisie s’y trouvant mise en jeu et s’articulant en se tendant si diversement en ses affections comme ressort. Le révèle l’arrière-fond pragmatique étatsunien de sous le plus apparent chaos trumpien ne faisant que rendre cette fantaisie plus cruelle comme voie par laquelle manifester l’émergence d’un tel régime d’autant plus tyrannique qu’ayant plus d’institutions démocratiques à broyer pour s’instaurer, mais non sans quelque éventuel piège de Thucydide suscitant quelque regroupement adverse pour y résister1. S’y constitue en l’humain ce que la cartésienne rhétorique du On cherchait à établir en la nature, tout aussi à dominer et pour ce faire, à réifier : le mythe français de l’ourse léchant son petit pour lui donner forme et s’en trouvant assisté du père pour l’en alimenter s’est fait corps-cadavre figuré par le fameux morceau de cire qu’On approche du feu pendant que je parle, alors qu’il me semble très certain qu’il est le même d’avant à après l’avoir été et ce, malgré ce qui s’en est transformé, le tout à l’aune d’une radicalisation de l’antérieure synecdoque « si je me trompe parfois, je peux me tromper toujours » en On me trompe toujours, ce que condense l’hyperbole dubitative faite Malin génie qui peut bien s’y adonner, mais dont surgit ma propre certitude que je suis ce que je suis en ma pensée au gré de mon âme par laquelle il peut en aller ainsi et dont m’en faire accroire que toute l’imagination productrice serait à la fois toujours déjà mise sous emprise de ma pensée et logée en ma glande pinéale pour où s’effectuerait mon union avec le corps. Une même soif de domination s’étend et se rapaille de Descartes (surtout si via Girard) à Trump, de la nature à dominer à l’humain à dominer pour encore mieux la dominer, non seulement tout autour de l’humain, mais d’abord en et depuis l’humain réduit à accomplir son travail marchandisé de façon automate sous la surveillance d’un gestionnaire toujours plus omnipotent, du libéralisme au libertarisme2.

La valeur de tout un chacun se définit tellement par le salaire que depuis les années 1950, augmente sans cesse le salaire des dirigeants et son écart par rapport aux autres salaires, par trois tournants cumulatifs : salaire gestionnaire seul indexé au rendement de l’entreprise et considéré y être un investissement plutôt qu’une dépense, puis son association avec la valeur boursière et les conjointes coupures pour sabrer dans lesdites dépenses liées aux syndicats rassemblant les employés et enfin, par des entreprises-conseils du type McKinsey diffusant une même information à l’échelle mondiale et incitant ainsi à mettre en concurrence et constituer le marché où capter les meilleurs gestionnaires, en plus d’annoncer l’automatisation qui pourrait faire mettre à pied encore plus d’employés de toute façon présumés, voire effectivement déjà rendus automates et dont externaliser la fonction par le robot. Le tout à la façon dont tout un chacun via les plateformes numériques n’est conjoint avec le robot qu’en n’ayant plus finalement que le robot comme conjoint. D’où l’harmonisation selon un seul et même marché d’ensemble entre un tel travail dit productif et la consommation qui sont si totalement en miroir automates l’un de l’autre que le tout, d’abord quelque esprit que ce soit, s’y lamine au ras de la matière. Cela s’inscrit dans les écarts panplanétaires de richesse faisant que, selon Oxfam, non plus les 1.0% mais les 0.1% sont plus riches que la moitié la plus pauvre de l’humanité. Au XXIe siècle, la conception de l’humain rend abyssal l’écart de l’humain avec lui-même à même l’humanité entière. En devient tant problématique tout jaillissement humaniste que s’en exacerbe et s’arme la tension, de paradoxalement à cruellement articulée, entre les affections de la fantaisie: le « désir craintif », non plus s’aperçoit et s’assume jusqu’en sa tension paradoxale constitutive, mais se pourfend entre désirer jouir pour soi seul tout à son ego et projeter, vicarialiser et faire subir à autrui seul comme son alter ego toute crainte de ce qui afflige et endolorit. On s’en aperçoit: il s’agit de la même chose que le mécanisme victimaire cerné par Girard et si porté à tout bouc-émissariser, mais d’avant sa teneur cognitive et sa nomination explicite, car d’abord en son sous-jacent ressort imaginaire en ses affections, mais en s’y déniant tant s’en constituer que s’en dichotomisant. La fantaisie cruelle est le précurseur du cognitif mécanisme victimaire.

S’instaure la fort problématique genèse structurale autant de la paix et de la sécurité que du développement humain (humanitaire, développement durable et droits humains), donc des missions de l’ONU. Il n’y a pas tant crise structurelle, surtout si confondue avec ce qui s’y administre et gère au point de faire accroire qu’une réforme seulement structurelle y remédierait, que seuil critique de la genèse structurale de l’ONU à risque d’être tarie, par-dessous, en son émergence, tant elle se révèle ne se constituer qu’à même l’état du monde. Considérer sa structure selon ce qui s’en génère (au plus près de son origine et donc son émergence) la ramène de la simple crise à la critique au ressort de la réforme alors proposée de l’ONU.

En garder l’objet bien présent à l’esprit, fait que son approche s’aperçoit passer de l’humain à l’humaniste et de là, à l’anthropologue. L’humain n’est jamais individuel que d’emblée social. L’humaniste, surtout si ficino-rabelaisien révélant que les affections de la fantaisie se nouent paradoxalement, survient bien avant Montaigne, en tirant plutôt ce qui s’attise du désir de ce dont jouir à l’épreuve de son contraire faisant craindre ce qui afflige et endolorit, et Kant, en tirant le sublime et jusqu’au sentiment moral et n’apercevant plus rien du plaisir censé advenir lors du désir de ce dont jouir que depuis sa ressaisie à partir de la crainte de ce qui afflige et endolorit d’où l’en reconquérir non plus tant matériellement que spirituellement3. Au contraire, Trump exemplifie son devenir étatsunien cruel, antihumaniste, voire antihumain, donc jusqu’en le développement humain regroupant trois missions de l’ONU à même sa 4e de paix et de sécurité incessamment de toute part saccagée. Ladite anthropologie n’en est plus aucunement simple Anthropos tout à son Logos d’où en faire舆surnager quelque structure, car exige plutôt d’en faire et d’y insister en tant que genèse structurale et, même et jusqu’en toute structure, d’abord se générer et s’instaurer en tant qu’anthropie faite logos. Anthropie faisant tant s’arracher à soi que s’en mettre à dépérir en sous-main à la façon de tout l’univers matériel en son entropie. Logos faisant alors s’en tenir au seul discours, le plus souvent structural, mais isolément considéré et mis en lieu et place, sous façade et jusqu’à l’encontre de soi, à même sa propre humanité dès lors tronquée pour être ainsi pourfendue en deux. Pourfendue entre cette sous-jacente anthropie, par laquelle toujours plus se court-circuiter et n’être qu’inconscientement opérant, et logos, toujours plus téléologisant, voire télescopant, au profit de la seule surnageante structure si pure, mais tronquée de sa genèse depuis sa sous-jacente fantaisie cruelle s’en pourfendant déjà elle-même au ressort de cette dichotomisante fourche anthropique/logique en surnageant cognitivement. Tout originel, originaire et enfin original mythe toujours plus traditionnalisé4 sur un tel arrière-fond est, dès que s’y durcit et radicalise une telle structure si dissociée de sa genèse que toujours plus uniquement présomptivement imposée à son encontre, d’où en venir à ne plus qu’idéologiser, a fortiori si virant si totalitaire qu’arbitraire par sous-jacente fantaisie toujours plus cruelle qui, à la fois, l’en pulse, mais inconscientement, et lamine le réel et l’en réifie. Autrement dit, la tradition (sise sur l’autorité et faite religion, au sens de re-ligere, attention scrupuleuse en réponse et contraste de neg-ligere, bien avant que re-ligare, à savoir rassemblement, mais s’ensuivant, aucunement se présumant) est le trait d’union et l’interface entre le mythe et l’idéologie. Toutefois, le sens traditionnel de l’autorité s’est perdu et donc cette interface, en ne signifiant plus tant une augmentation de la fondation effectuée par le passé5, voire un dantesque acte d’auteur, tel que s’apercevant encore en sa source (fondatrice), étant considéré exemplaire et suscitant de l’en perpétuer en un même esprit, que tout au contraire, ce qui n’est plus que présomption d’un argument d’autorité dont se libérer ou, tout à l’inverse, à réactiver selon sa seule non moins très libre interprétation de l’origine en cause (comme les juristes étatsuniens ayant créé, de Reagan à Trump, la doctrine de l’exécutif si unitaire qu’infléchissant tous les autres pouvoirs: législatif, juridique et jusqu’à ce que peut être la société civile)6, quitte à doublement se pourfendre, dès sa fantaisie dès lors cruelle, si inconscientement opérante soit-elle, et ce, jusqu’à se rendre plus cognitivement purement anthropique/logique, de fait idéologique, mais d’autant avec propension à bouc-émissariser qu’à totaliser en un sens totalitaire, donc tout/rien. Il est vraiment étonnant de s’apercevoir que la tradition, non seulement s’est perdue, mais continue de se perdre et ce, aux mains de traditionalistes perdant totalement de vue son origine première qui est romaine pour ne s’en tenir qu’à des origines ultérieures dès lors si tronquées que fort interprétativement biaisées. Comment s’intégrer aussi les Autochtones, dont les Inuit, pour lesquels l’autorité n’est que la primauté (en l’occurrence des Anciens par lesquels leur parvient ce qui peut s’appeler tradition, telle que cernée par les Romains), sans confusion avec quelque légalisme, comme en ladite primauté du droit en une Constitution canadienne qui, depuis Trudeau père, l’en biaise en un sens individualiste et tronque tellement tout humain d’être aussi demblée social que renvoie tout son sens social en clause annexe et dérogatoire, bref à rebours de ce que sont les Premières Nations et Inuit, sans parler du Québec où prévaut un droit civiliste irréductible à la common law l’en colonisant ?

Il faut donc une méthode visant à démocratiser la prise de décision, réduire les biais idéologiques et rendre la géopolitique d’autant apte à s’humaniser qu’à se repérer et s’ajuster à sa sous-jacente géophysique, là où elle tend autrement à tant s’en dé-/re-connecter que s’y imposer unilatéralement en se la pliant et conformant en même temps que l’en réifiant. De fait, plus qu’une méthode, il faut tenir compte des manières d’être et d’agir qui sont fort culturelles et dont quelque méthode que ce soit émerge, se dégage et se constitue telle. Ceci exige des doubles actions faisant ne considérer tout cas particulier en sa singularité spécifique qu’avec et parmi d’autres cas et du tout, en dégager des caractéristiques communes universalisables. Il ne s’agit pas de doubles actions présomptivement simultanément universelles et spécifiques faisant accroire qu’un cas spécifique s’aborde selon un principe universel comme si en disposant toujours déjà, car tout au contraire se générant et se conquérant à même son propre rapport (apte à se repérer et s’ajuster ?) avec et à la réalité et s’en dégageant alors et seulement alors tel. Par exemple, tout habitant de tout pays des Amériques est Américain sans être pour autant Étatsunien, du moins s’il se conquiert sur l’Étatsunien se donnant pour l’Américain s’imposant mondialement se dénommer tel et inversant complètement le rapport entre et du spécifique à l’universel, car s’y généralisant tant abusivement depuis une fantaisie si nouée en ses affections circonstanciellement opérantes qu’enrayant et faisant s’orienter présomptivement toute pensée, à savoir depuis ce sous-jacent spécifique jusqu’en l’universel qu’elle est pourtant censée énoncer, mais qu’elle ne fait plus que biaiser idéologiquement, non sans risque d’une sous-jacente fantaisie elle-même toujours plus cruelle. A fortiori si s’en prétendant démocratique, alors que faisant tout le contraire, jusqu’en Iran à l’époque de Mossadegh. Cette autocontradiction idéologiquement opérante est à l’image de la sous-jacente tension paradoxale de la fantaisie en ses affections s’en exacerbant, projetant et vicarialisant en tiers à en bouc émissariser. Bref, seule une double action rendue sensée et pour ce faire, apte à redresser la situation au point de tant se repérer et s’ajuster à la réalité que d’abord la restituer révèle que le spécifique n’est universalisable que s’il se conquiert sur l’universel autrement monopolisé depuis tel cas spécifique s’y imposing idéologiquement. En ce sens, à savoir selon une telle double action rendue sensée, toute information dite « top-bottom », si elle ne fait pas que s’imposer telle, ne vaut que de ce qui, en se contextualisant, se problématise au gré de ce qui est pris comme objet (dont bien distinguer ce qui en est construit et représenté de ce qui en est réel, d’abord à en restituer, si pour l’y articuler en l’y faisant s’y repérer et s’y ajuster). L’objet n’en est jamais structure que depuis sa genèse plutôt que si présomptive qu’à risque de s’enferrer idéologiquement « top-down ». Une telle problématisation de l’objet par sa mise en contexte révèle seule son sens, à savoir celui de sa genèse (à rebours de toute présomption) structurale, et seule exige le détour méthodique pour l’en approcher tel, et ce, en se validant « bottom-up ». Ceci ne se peut qu’en reconquérant et restituant le « bottom-up » de sous le « top-down » tendant autrement à s’imposer unilatéralement et l’en réifier. Qu’est quelque information mentalement constituée sans sous-jacente mise en forme concrète d’où l’en valider pouvoir en être tirée, car s’y repérer et ajuster pour autant que cherchant d’abord à la restituer? Jusqu’à tout mot véhiculant quelque concept ne s’articule avec d’autres en quelque définition les intégrant selon des caractéristiques censées être suffisamment exhaustives et correspondre plus véritablement à quelque objet réel (alors et seulement alors compris, donc sensé) que si s’en rendant opérationnelle par des marqueurs (ou indicateurs) constitutifs de la réalité en question (car en tout concept, dont la compréhension donne le sens, s’exige l’extension correspondante). Sans cela, rien ne peut s’en valider et tout risque de n’en être plus que fantaisie circonstanciellement opérante, si portée à se viraliser et propager soit-elle.

En l’occurrence, « démocratiser la prise de décision » ne peut aucunement se limiter à créer une structure, y compris créer un CI distinct du CPS, car il lui faut surtout la rendre opérationnelle et fonctionnelle, ce qui ne peut se faire sans « réduire le biais des idéologies » qui, à son tour, n’est possible qu’en s’assurant, en l’humain et jusqu’en son inscription géopolitique en la géophysique, de la fantaisie (ou imagination productrice) considérée en ses propres affections (désirer ce dont jouir et craindre ce qui afflige et endolorit, mais selon quelle tension articulatoire entre les deux : paradoxale, attisante, sublime et même morale, tout au contraire cruelle ?). Par ses affections, la fantaisie sous-tend et conditionne toute émergence de la raison et de quelque idéation jusqu’en sa logique et surtout, demeure d’autant à risque de l’en faire déraper en idéologie que d’abord l’enrayer à la source (lors de son émergence, donc en son origine, a fortiori en toutes ses expressions mythiques, car tous les mythes portent sur l’origine comme l’a signalé Mircea Eliade, mais en tout humain, en y glissant de sociaux à individuels et si viralisés au point de se collectiviser tels soient-ils, dès que fantaisistes). Bref, « qui idéologise qui » n’advient comme seule question retenue qu’en restant ignare de tout ce processus sous-jacent d’une fantaisie dont les affections conditionnent jusqu’à la raison fort diversement, selon que celle-ci s’aperçoit en émerger ou tout au contraire, tant se présume que ne l’en laisse plus opérer de sous elle-même qu’inconscientement, surtout si ne pouvant plus et a fortiori si ne cherchant même pas à s’assainir en son propre processus idéatoire jusqu’en sa logique. Sans un tel advenir ouvrant les voies de l’avenir (jusqu’en tout échange interlocutoire et a fortiori interscriptural, dont les fameuses géopolitiques joutes verbales et législatives, entre et à l’interface articulatoire les liant et faisant passer d’exécutives à juridiques face au sous-jacent devenir de la société civile), il ne peut y avoir aucune quête d’assainissement de sa propre (émergente plutôt que toujours déjà présomptive ?) raison (dite déterminer les Lois, selon Platon) et donc de tout son processus idéatoire jusqu’en sa logique.

Il s’agit de l’examiner, d’abord en la crise de 1929, dans l’entre-deux des guerres mondiales du XXe siècle, alors que l’individualisme libéral capitaliste s’est effondré sur lui-même et qu’en a surgi trois voies, à savoir en étant lui-même ressaisi depuis l’État (dont la crise de 2008 sera une réédition à moindre échelle), le corporatisme social (promu par le catholicisme traditionnel s’inspirant du Moyen-Âge) et le socialisme. Seule la tension binaire faite celle de jumeaux (à la façon de la fantaisie en ses affections faisant tout s’imager en miroir l’un de l’autre) en est finalement retenue entre capitalisme et socialisme dit communiste au gré de la polarisation entre respectifs États-Unis et URSS. Cette problématique genèse structurale d’une géopolitique fort protéiforme s’est révélée telle, par-delà la disparition de l’URSS dont la Russie a réémergé en se conjuguant avec la Chine et l’Iran, de sous et avec le coémergent chaos trumpien désarticulant tout ledit Occident. Nous pourrons ensuite examiner plus spécifiquement en quoi ce chaos trumpien, surtout à l’interface d’Israël et l’Iran depuis 1953, exemplifie la prévention politique sombrant en la politique préventive, mais faite présomptive raison s’enrayant en toute idéation jusqu’en sa logique depuis une fantaisie cruelle ne fonctionnant qu’à la terreur, tant se faire accroire tout prévoir et prévenir fait finalement ne plus rien voir et venir du réel, si ce n’est par fantaisie, du fantasme du réel mis pour le réel au fantôme issu de ce qui resurgit du même réel et vient l’en hanter. Le problème n’est pas qu’une politique soit préventive, mais qu’elle ne soit plus que préventive, si hallucinante que tout en mirage, à force de tant s’en prémunir d’avance qu’en présumer au point de créer tout autre chose que ce qui peut réellement exister et à identifier tel.

Dès la crise de 1929, le capitalisme semblait en faillite et n’a pu être sauvé que par les théories keynésiennes faisant intervenir l’État et par l’industrie de guerre, mais non sans avoir à se mesurer, non seulement à ses propres limits, mais aussi autant au socialisme qu’au corporatisme. Ce dernier resurgit du Moyen-Âge, s’inscrit dans la doctrine sociale de l’Église catholique, exige une réforme autant sociale de sous son économie que de l’esprit en regard de la matière (au lieu de s’y faire réifier) et s’expérimente par divers régimes politico-économiques démocratiques/autoritaires, selon une tout autre géopolitique métamorphique à la sous-jacente fantaisie protéiforme que sa résultante trumpienne7. S’y révèle que la teneur géopolitique n’a pas à se réduire à ce qu’en laisse transparaître le chaos trumpien semblant pour le moment prévaloir.

Par exemple, Victor Barbeau considérait en 1938 que le corporatisme social (d’inspiration catholique traditionaliste l’en faisant resurgir du Moyen-Âge et l’adaptant) permettait de s’attaquer au désordre social sous-jacent au devenir économique alors en cause, car dit offrir « une solution supérieure à l’État-Machine des libéraux et à l’État-Dieu des socialistes ». Notez Dieu anéanti en l’État-Machine libéral et sa résurgence du peuple (s’y trouvant déjà réduit à l’état automate) en État-Dieu socialiste, alors dit communiste et fort athée (car l’État doit tenir lieu de ce qui risquerait tant d’être autrement Dieu que l’en médiatiser via quelque Église s’instaurant à même quelque société organique (famille, corporation, etc.)). Au ressort du tout, la massification populationnelle urbanisante faisant que tout un chacun en est rendu anonyme dès la société, de sorte que le sens commun y est laminé en un On général (déjà fort malignement génial depuis Descartes avant de devenir la volonté générale rousseauiste censée s’imposer avec, par et via l’espace public comme contrat social), tandis que l’économie libérale n’en émerge (à la façon d’une main invisible) qu’en marchandisant l’humain depuis ce qui peut en devenir automate sous contrôle gestionnaire l’instrumentalisant d’autant en son travail que sa géopolitique en est alors fort connivente. Tout un chacun se pourfend entre gestionnaire et automate, mais il s’agit de s’en garder le beau rôle (le gestionnaire) et de n’en constituer l’autre du sein de soi qu’en l’y refoulant comme d’où ne le faire opérer inconscientement que l’en projeter et vicarialiser tel en autrui (l’automate). Comme Trump, être une « very instinctive person » exige que nul autrui ne puisse être autre qu’automate, car l’instinct (gestionnaire) est censé si bien cibler la réalité que celle-ci s’y conformer automatiquement. Recette présumée infaillible Art of the Deal.

Pourquoi automate (mot forgé en français par Rabelais en son Tiers livre)? Pour que le réflexe, en se trouvant conditionné et fait automatisme, s’avale partout quelque autoréflexivité que ce soit, surtout que, depuis Ficin, révélée se constituer du sein de Dieu et se communiquer au ressort de la forge de l’esprit en son sens de soi en l’âme jusqu’en son inscription en la matière. Du moins, hormis ce qui s’y lamine et y vire en inconscient l’en pulsant depuis le Ça nietzschéo-freudien non plus tant en sens de soi que de ses seuls Ego et SurEgo. Ce dernier radicalise leur commun tréfonds individualiste (du libéralisme au libertarisme) et constitue d’où alimenter le raidissement de toute idéation et de sa logique en idéologie d’où soi-disant légitimer, en toute géopolitique si métamorphique, ce qui s’y fait hégémonie, voire domination, par instrumentalisation fort gestionnaire de tout ce qui est censé lui être automate pour lui correspondre. Bref, la réduction de tout un chacun en son sens même de soi, dès l’autoréflexivité le générant, à ses réflexes sous-jacents d’où n’en être plus qu’automate toujours plus uniquement inconscientement pulsé au gré de Ça au ressort de l’Ego et du SurEgo, telle est ce qui sous-tend l’émergence toujours plus proliférante des idéologies. Certes, l’individu s’accentue depuis les Cités (Polis) antiques, mais est récente toute cette réduction du sens de soi aux pulsions de Ça en Ego et SurEgo s’en viralisant, a fortiori sa transposition neuropharmacologique sous-jacente au déploiement fantaisiste narcissique trumpien, sinon gérée par son ministre de la santé plutôt formé pour assister non plus tant psychiquement (à la façon de la freudienne psychanalyse du fantasme en cause) que physiquement (par implants, etc.) les dysfonctions érectiles. Les évangéliques pro-trumpiens à 80% semblent fort préoccupés par cette dilatation érectile qui se poursuit en celle de l’ego si narcissique trouvé en la fantaisie trumpienne incarnant Fantasyland, voire y conforte tant la suregoïque idéologie si individualiste que non plus tant libérale que libertarienne et assoiffée de s’imposer mondialement telle. Bref, le réflexe se conditionne au point d’en être fait automatisme, en faisant s’associer un stimulus avec un autre devenant apte à déclencher la même réponse (Pavlov) ou en faisant qu’un geste découvert produire tel effet désirable en soit répéter en un environnement créé tel à cette fin (par conditionnement opérant issu de Skinner). Un tel réflexe automatisé s’avale le sens de soi de tout individu pour le rendre automate (et, de là, si aisément externalisable en robot) au point que s’impose la géopolitique idéologisante de qui s’avale qui et l’en gère, en particulier en contrôlant des plateformes numériques algorithmiquement rythmées conditionnant en faisant autant viralement s’associer tel stimulus avec tel autre en vue d’une même réponse que s’opérer à répétition tout acte digital consommateur. Sans réification en automate (doublé du robot), cette idéologisation géopolitique, à la merci de sa sous-jacente fantaisie emportée par ses affections, ne pourrait trouver en le réel, si tronqué et réifié soit-il, cela seul qui peut lui correspondre.

La société anonyme est-elle la quintessence du capitalisme, comme l’avance Victor Barbeau? La société anonyme émerge plutôt d’abord de la sous-jacente urbanisation massifiant les populations et les lui rendant ainsi anonymement disponibles, dès le libéralisme tout à son laissez-faire, mais a fortiori lors du libertarisme s’en présumant et prétendant d’emblée gestionnaire, comme si rendant présente en toute transaction ladite main invisible s’en mettant à s’opérer et surtout à en être tant monopolisée par lui seul que seul l’automate peut lui correspondre. Le fait que la société anonyme s’avale tout un chacun en la masse formée et ne possède que des organes digestifs (selon qui s’avale qui, à savoir du gestionnaire à l’automate) surgit depuis au moins le Gargantua de Rabelais. S’y met au jour ses racines Gar/got qui s’énoncent extérieur/intérieur, mais de façon soit silénique (grugeant l’os de l’extérieur vers l’intérieur pour qu’en surgisse de l’intérieur vers l’extérieur la substantifique moelle), soit lubinique (dichotomisant extérieur et intérieur comme qui s’avale qui, du sein de soi laminé en Ça au ressort de ses Ego et SurEgo jusqu’en a fortiori autrui, au fur et à mesure que ne se privant de conscience qu’en l’en privant à son tour au profit de l’inconscient d’où ne plus l’en mobiliser et gérer que comme automate s’ébranlant en sa fantaisie qui s’en met à fantasmer et fantomiser tous azimuts8). Or, « La corporation, dit Wilfrid Lebon, est un organisme, et non pas un mécanisme. Son impulsion doit venir de l’intérieur plutôt que du dehors »9 et ce, ajoutons, de façon consciente et donc silénique plutôt qu’inconsciente et lubinique. Pour ce faire,

« Le « corporatisme social », prôné par l’Église, ne doit pas être confondu avec le « corporatisme politique » des pays fascistes. Ce dernier n’est qu’un moyen supplémentaire pour l’État de s’ingérer dans tous les domaines de la société, y compris la famille, et de restreindre les libertés des personnes. Mais le corporatisme social reste d’essence démocratique. Les dirigeants de la corporation devront être élus par les membres, et non pas désignés par l’État. Ce que le corporatisme enlève à l’individu, écrit Hermas Bastien, il le restitue à la personne. Le libéralisme économique ne procure à l’ouvrier que la « liberté de crever de faim », alors que le corporatisme protège la liberté du travail en organisant l’économie. »10

Je souligne, car à garder à l’esprit, des États-Unis au Canada, en considérant la trudeauiste libérale et individualiste Charte des droits et libertés tronquant l’humain du social (envoyé en clause dérogatoire) et ayant parasité la québécoise Charte des droits et libertés de la personne pour se constituer en se constitutionnalisant telle. Ce libéralisme, d’économique en politique, peut s’exacerber sous Carney face au libertarisme trumpien. Il ne s’agit plus tant de corporatisme advenant dans l’entre-deux du libéralisme et du socialisme assimilé au communisme, que de l’humain qui, plutôt que d’être pourfendu entre les deux en une incessante divergence systémique, n’est jamais individuel que d’emblée aussi social, par sa trajectoire de vie à travers des institutions qui sont toutes des synchronies intersexuantes et intergénérationnelles se diachronisant telles (dès la famille, puis aussi l’école, face au travail autonomisant plutôt qu’aliénant et donc à l’économie à organiser pour qu’il soit tel, surtout que se conjuguant avec le sexe au ressort de nouvelles familles rendues viables si pour être scolairement poursuivies, et face à la politique, du moins si soucieuse de sa sociodémographie et de la nation en cause sous-tendant l’État). Comment s’en sortir si le fédéral hypercentralise à l’encontre de la Constitution de 1867 :

« D’après L’Action nationale, le corporatisme social était donc compatible avec la liberté syndicale, la démocratie parlementaire et même, soutenait Maximilien Caron, avec le régime fédéral canadien, car il reposait juridiquement sur l’article 92.13 de l’Acte de l’Amérique du Nord britannique (1867), qui rattache la propriété et les droits civils aux compétences provinciales »11 ?

Si ce n’est par le corporatisme social, au moins par cet article 92.13 et l’humain en cause (individu d’emblée social) surgit la problématique géopolitique constitutionnelle canadienne et québécoise à interroger. Si le Canada anglais hors Québec est attaché au libéralisme, le Québec ne pourrait faire d’une réforme corporative sociale, voire plus largement communautaire, le levain de sa conscience sociale faite nationale qu’en tenant compte avec Arès que la réforme intérieure de tout un chacun est son préalable nécessaire12. Sinon, comme ici proposé, réforme du devenir socioinstitutionnel s’intégrant d’autant mieux les trajectoires de vie plus individuelle que selon la réforme intérieure, surtout si spirituelle13, de tout humain qui n’est jamais individuel que d’emblée social. Social à extirper de la clause annexe et dérogatoire trudeauiste et à retracer à même tout un chacun, par cette part de tout sens de soi qui ne se constitue qu’en s’acquérant avec autrui. La biasymétrie rappelle de sous l’individu si individualiste qu’annexant le social ce qui du même individu lui est au contraire d’emblée social. Elle s’instaure fonctionnellement et se vivifie siléniquement en sa géopolitique métamorphique d’emblée confrontée à sa sous-jacente fantaisie protéiforme qui l’impulse, à tout le moins la pulse. Sinon, ne reste, hors la mixte CAQ, que la persistante dichotomie lubinique entre fédéralisme fait assimilationniste et Québec indépendantiste, car, faute de pouvoir parvenir à s’y émanciper, il tend à s’en émanciper.

Le tout remonte à la fusion de l’individualisme issu de la Réforme et du libéralisme issu de la Révolution française, au gré du sous-jacent utilitarisme (ce qui m’est utile à titre individuel est bien et est censé être libérale source de richesse collective par PIB croissant). Ladite main invisible régulant le marché, selon Adam Smith, se conjugue alors avec ladite volonté générale rousseauiste fondant son contrat social en politique. L’humain y éclate entre l’individuel uniquement individualiste et le social uniquement libéral, mais fusionne abstraitement de celui-ci à celui-là en se faisant d’autant pure que virale collectivisation d’individus se grégarisant au gré de leur commune interface utilitariste (du gestionnaire à l’automate) en venant à se départager entre les deux au gré de leur connivence.

L’opportunité manquée de l’humain susceptible d’être considéré tel, à savoir jamais individuel que d’emblée social, se retrace par l’humaniste fil ficino-rabelaisien avant Descartes et a fortiori ledit devenir moderne. Ceci exige une culture renaissante plutôt que sautant du Moyen-Âge, voire de l’Antiquité gréco-latine prolongée en christianisme médiéval, au Classicisme (XVIIe siècle), aux Lumières (XVIIIe siècle) et à la Modernité qui s’en dépasse et s’élargit en se postmodernisant (depuis le XIXe siècle), mais qui peine d’autant à s’y articuler que sans s’apercevoir de cette sous-jacente résurgence renaissante se réintégrant cette Antiquité de sous et avec ce Moyen-Âge. De ces prémices renaissantes de la modernité peut surgir une processuelle renaissance mondiale au XXIe siècle, dont les affres s’éclairent entre-temps par et depuis ce qui est advenu au XXe siècle, surtout de la crise de 1929 advenue en l’entre-deux des guerres mondiales à la ressaisie capitaliste survivant à son propre effondrement et rebondissant et se transférant hégémoniquement de britannique en étatsunienne, mais en semant d’emblée les germes des nouveaux problèmes dorénavant à affronter. En particulier du fait d’avoir supplanté en maints pays, mais en particulier en Iran, l’essor démocratique de Mossadegh en 1953 et, faute de prévention politique, de se mettre à pratiquer une politique préventive fort agressive tous azimuts contre toute résurgence de son refoulé par dit droit de se défendre, a fortiori sous l’incitation d’Israël au XXIe siècle.


1 Le piège de Thucydide entre Athènes et Sparte n’a consisté en ladite tension entre une puissance déclinante en regard d’une puissance émergente que par le devenir tyrannique de la première ayant mené à faire appel à la seconde s’en étant alors d’autant mise à gagner en importance. Après Hérodote, Thucydide approfondit l’historicité en ses ressorts. L’erreur la plus courante, surtout dans les démocraties, est de ne retenir d’Athènes qu’elle a été le prototype antique de l’initiale idée de démocratie, tout en oubliant et même occultant que là aussi, comme partout ailleurs en Grèce, seuls les citoyens dûment attitrés en faisaient partie et que tous les autres étaient des métèques, sinon des esclaves. Or, Athènes, si démocratique ait-elle été, est devenue une tyrannie et Sparte, qui ne l’a jamais été (démocratique), est devenu le refuge pour y faire face et en s’y rattachant, créer une nouvelle force montante susceptible de la vaincre. Ledit piège de Thucydide s’éclaire.

2 L’antique dialectique du maître à l’esclave, jusqu’en démocratie faut-il le rappeler, s’est euphémisée en cartésien rapport instrumental (dominant) au corps-cadavre, à son tour poursuivi en libéral, puis libertarien rapport gestionnaire à l’automate, à la façon dont le Gaster rabelaisien met tout à feu et à sang (sang comme biblique véhicule de l’âme) et se fait obéir au doigt et à l’œil. Seul Rabelais fait apparaître sa fonction digestive et de là, sa propension à faire pression sur le monde comme d’où s’alimenter, non seulement de chair, mais aussi de sang (véhicule de l’âme), ce qui, de tout humain au Christ autour duquel se rassembler (et par qui, chez Girard, le mécanisme victimaire peut s’exemplifier et se révéler), se symbolise par le pain et le vin. Seul Rabelais se rappelle que là où un vivant organique est attendu et où n’apparaît pourtant qu’une mécanique automate (comme lorsque glissant sur une peau de banane), peut surgir le rire, sinon peut s’en trouver impulsé l’intellect pantagruélique en son examen de cette situation si fantaisistement digestive faisant se dégrader d’un coup le vivant organique en mécanique automate. L’humain, rieur, peut rester vivant jusqu’à s’apercevoir en son contraste si dissimilaire plutôt que s’en faire laminer d’emblée en l’automate au point de s’y faire identifier.

3 Y. Morin, Rabelais selon Montaigne. Vers la raison pure cartésienne et sa critique, de Kant au XXIe siècle, Paris, L’Harmattan (à paraître). Ici, soulignons surtout que, dans sa Critique de la faculté de juger, Kant traite depuis le sublime jusqu’à l’admiration que Descartes isole comme seule passion de son âme d’emblée pensante tout entière à son seul entendement sans mélange avec le corps, contrairement à ses autres passions, dont sa générosité liant un tel entendement avec l’imagination et les sens pour l’être avec le corps. Dès sa Critique de la raison pratique, Kant a aperçu dans la douleur ce qui suscite le respect jusqu’en tout un chacun autant d’autrui que du même coup, par le sentiment moral, de la loi morale, dès lors distincte de toute loi naturelle dont être informée. Donc distincte de la douleur dont l’âme se présumant d’emblée pensante cartésienne fait ce qui lui est le plus intime, comme sensation rattachable, via les sens (en son corps-cadavre) en conjointe combinaison avec l’imagination (dont son membre-fantôme), à l’entendement, mais égocentrique. Chez Kant, la douleur est apte à s’élargir de façon allocentrique et à instaurer une universalité plus qu’abstraitement et égocentriquement générale chez tout un chacun, car commune, éveillée aux mœurs et de là, incitation, non à la seule admiration, mais aussi autant au respect poursuivi en sentiment moral qu’à l’accord entre nos facultés en jugeant.

4 Voir Hannah Arendt, La crise de la culture, Paris, Gallimard, 1972. « Avant les Romains, rien de tel que la tradition n’était connu » (p. 38). « La découverte de l’antiquité à la Renaissance fut une première tentative pour rompre les liens de la tradition et, en allant aux sources elles-mêmes, pour consacrer un passé sur lequel la tradition n’aurait aucune prise. » (p. 39). « (…) l’origine politique et les expériences politiques sous-jacentes aux théories étaient oubliées, oublié le conflit originel entre la politique et la philosophie, entre le citoyen et la philosophe, non moins que l’expérience de la fondation où la trinité romaine de la religion, de l’autorité et de la tradition avait sa source légitime. La vigueur de cette trinité résidait dans la force liante d’un commencement autoritaire auquel les liens « religieux » rattachaient les hommes au moyen de la tradition. » (p. 164). « Car si j’ai raison de soupçonner que la crise du monde d’aujourd’hui est essentiellement politique, et que le fameux « déclin de l’Occident » consiste essentiellement dans le déclin de la trinité romaine de la religion, de la tradition et de l’autorité, et dans la dégradation concomitante des fondations spécifiquement romaines du domaine politique, alors les révolutions de l’époque moderne apparaissent comme des tentatives gigantesques pour réparer ces fondations, pour renouer le fil rompu de la tradition, et pour rétablir, en fondant de nouveaux corps politiques, ce qui pendant tant de siècles a donné aux affaires des hommes dignité et grandeur. » (p. 183).

5 Arendt, ibidem. « Le mot auctoritas dérive du verbe augere, « augmenter », et ce que l’autorité ou ceux qui commandent augmentent constamment: c’est la fondation. Les hommes dotés d’autorité étaient les anciens, le Sénat ou les patres, qui l’avaient obtenu par héritage et par transmission de ceux qui avaient posé les fondations pour toutes les choses à venir, les ancêtres, que les Romains appelaient pour cette raison les maiores. » (…) « L’autorité, au contraire du pouvoir (potestas), avait ses racines dans le passé, mais ce passé n’était pas moins présent dans la vie réelle de la cité que le pouvoir et la force des vivants. » (pp. 160-161).

6 Ces juristes traditionalistes étatsuniens se limitent à la seule origine étatsunienne et donc, manque de culture, faute de remonter jusqu’à l’origine plutôt romaine de l’idée même de tradition qu’ils prétendent mettre en jeu. Le même problème se répercute un peu partout. Par exemple, le pape Léon XIV excommunie les deux consécrateurs et les quatre évêques traditionalistes catholiques consacrés de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X pour le refus de reconnaître la primauté de Rome sous prétexte de revenir aux rites d’avant le Concile Vatican II, certes, mais ils coupent aussi court aux patres romains s’étant poursuivis en Pères de l’Église au ressort de la tradition à partir de laquelle le catholicisme s’est forgé. Bien sûr, ces Pères étaient latins, mais cela veut-il dire pour autant que la messe ne soit dite qu’en latin, sans s’apercevoir que ce n’était autrefois le cas uniquement parce que le latin était la langue commune, tout en occultant qu’il y a dorénavant maintes langues communes, inspirées mais autres que le latin, surtout si le catholicisme, signifiant universel, est pour vraiment se constituer, selon l’ouverture créée par le Concile Vatican II? On aperçoit comment se génèrent les antagonismes schismatiques issus de traditionalistes tronquant cela même qu’est la tradition… depuis les Romains, donc les Latins. Le sens de la tradition s’y perd en se coupant de son origine première païenne et romaine pour ne s’en réclamer qu’une fois devenue catholique selon ses propres traditions.

7 Le siècle de Mgr Bourget (1840-1960), toute la section sur le corporatisme social, pp.332 et suivantes.

8 Par exemple, en ne lui offrant tel ou tel produit qu’en étant censé suscité en lui la compulsion autant de se subordonner à sa production que de l’acheter. Il s’agit de s’assurer que le marché puisse se fluidifier, au gré d’une croissante capacité productive dont émerger et, par-delà la plus-value prélevée entre-temps, selon ce qui peut subsister du pouvoir d’achat, si pas trop plombé par l’inflation (grugeant une toujours plus grande part du revenu salarié en regard d’une quantité relative de biens dits disponibles, mais moins accessibles par leur prix plus élevé). Le tout survient en haute phobie de l’inverse qu’est la stagflation à tendance anticapitaliste par effondrement tout aussi mécanique du capitalisme sur lui-même, par moindre capacité productive doublée d’inflation.

9 Dupuis, ibidem.

10 Dupuis, ibidem.

11 Dupuis, ibidem.

12 Le communautaire insère l’individu en la société, mais par les corps intermédiaires de la famille et de la corporation de métiers pouvant impliquer l’Église et en médiatiser l’État, par une sorte de relent des médiévaux Ordres sociaux (clergé, noblesse, Tiers État) de sous les classes sociales, ayant émergé du Tiers État avec la bourgeoisie commerçante en regard du reste du peuple regroupant paysans, artisans, etc. Ces classes sociales ne s’imposent et se généralisent politiquement à l’échelle de toute société dite occidentale qu’au XVIIIe siècle, alors que s’imposent les Lumières et que la religion naturelle se met à prévaloir avec la raison humaine là où la religion révélée s’imposait avec le clergé, alors que l’État déborde la simple noblesse féodale. Par la bourgeoisie commerçante, la propriété mobilière s’impose jusqu’à la propriété immobilière et la fait basculer de communale en privée, en particulier par les enclosures si pervasives en Angleterre et au ressort du refoulement de populations allant peupler ce qui devient les États-Unis, avant d’en faire tout autant par la Conquête du Canada laurentien, cœur de la Nouvelle-France, au gré de ce qui devient le Canada de l’AANB. Par catholicisme traditionaliste, faire resurgir les corporations de métiers s’inspire et renouvelle son idée médiévale, mais implique les Ordres sociaux communautairement constitués de sous les classes sociales axées sur la présomption individualiste censée valoir chez tout un chacun et laminer toute différence autant intra-individuelle qu’interindividuelle quant à l’état de son devenir individuel.

13 Toute réforme intérieure peut être strictement intérieure et s’en dire spirituelle, voire s’en débattre à la frontière entre la philosophie et la théologie en ayant émergé et ce, du grec et du latin au chrétien dès Augustin, mais peut aussi ne l’être que s’apercevoir ne se constituer telle qu’en étant aux prises avec l’extérieur engageant d’y agir, ce qui seul peut être politique. La dichotomie entre philosophie et politique se ramène à ceci: « La dichotomie entre la vision de la vérité dans la solitude et le retrait, et le fait d’être pris dans les rapports et la relativité des affaires humaines a fait autorité pour la tradition de la pensée politique. » (Arendt, ibidem, p. 152). Or, la philosophie comporte à son tour une métaphysique dont se dégage la théologie et qui, depuis Descartes ayant été le tout premier à se distancier d’Augustin au point de se démarquer de sa théologie pour en autonomiser la philosophie jusqu’à la plus métaphysique, s’y reconquiert et s’en démarque à son tour en sens inverse. La philosophie de type métaphysique censée commencer avec l’étonnement que ce qui est soit et soit tel qu’il l’est a pu se théologiser au point de se monothéiser par la prévalence de Dieu qui s’est énoncé exodiquement « Je suis qui (ou ce que) je suis » sous la figure de YHWH et qui s’est christianisé sous la figure de Jésus (Jeschouah, intégrant en YHWH un schin signifiant un souffle cosmique faisant s’ouvrir aux nations et en particulier des Juifs aux Gentils), puis qui a glissé en l’énoncé cartésien d’une âme présumée demblée pensante selon laquelle je pense, donc je suis ce que je suis par l’âme par laquelle je suis ce que je suis. Or, cette certitude intérieure se confronte à ses conditions extérieures de possibilité et s’en révèle problématique comme s’en est aperçu Kant. Plus encore, « Les faits et les événements sont choses infiniment plus fragiles que les axiomes, les découvertes et les théories – même les plus follement spéculatifs – produits par l’esprit humain. » (Arendt, p. 294), voire « (…) les faits n’ont aucune raison décisive d’être ce qu’ils sont » (Arendt, p. 309). Comme Mallarmé s’en était aperçu en ses Notes, jusqu’à la métaphysique cartésienne est à réancrer, via sa morale par provision, en sa si humaine contingence, a fortiori en étant aux prises avec la factualité et par là, l’exigence d’agir, au sens politique, autant que possible avec prudence, d’où une certaine persistance philosophique, mais d’une raison demblée pratique davantage que théorique. Dès les Romains, le droit oral (jus) s’est fait ensemble de lois écrites, publiques et laïques (lex) et c’est bien par une loi, celle de 1905 en France, que la laïcité s’instaure comme principe juridique proprement politique distinct de toute manifestation spontanée du libre arbitre aperçu strictement intérieur à la façon de l’esprit du christianisme augustinien, de sorte que la sacralité isolée du lien social par l’ecclésiastique organisant les croyances a pu de nouveau renouer avec le fait social jusque des sociétés les plus archaïques, selon lesquelles la construction du lien social est le sacré même à la source jusque du religieux. Voir Jacques Ducol, Et enfin la laïcité. De la domination du religieux contestée à l’émancipation laïque réalisée, Paris, L’Harmattan, 2026.


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Écueil de la prévention politique sombrant en politique préventive


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